La smala d'Abd El-Kader sur l' île de Sainte-Marguerite

         
 
 

L'île Sainte-Marguerite est la plus grande des quatre îles de Lérins, en face de Cannes. Elle a servi de prison au légendaire Masque de fer.

Elle est séparée du continent par un détroit de 1 100 m peu profond. Elle s'étend d'ouest en est sur une longueur de 3 km, et sa largeur est de 900 m environ. On y trouve de très beaux bois d'eucalyptus, les plus anciens d'Europe, et de pins. La majorité de l'île est couverte par la forêt, domaine protégé appartenant à l'État ; c'est la deuxième forêt la plus visitée de France.
Bâti par Richelieu, il a été renforcé par les Espagnols puis par Vauban et servit de prison d'état, puis, après la révolution, de prison militaire. Il accueille désormais le Musée de la Mer présentant des collections d'archéologie sous-marine

   
         
 


La smala d'Abd El-Kader
a été emprisonnée
au fort
de l'île Sainte-Marguerite
de 1843 à 1848.

 

 
 
   

La smala d'Abd El-Kader a été emprisonnée au fort de l'île Sainte-Marguerite de 1843 à 1848.

L'image est insolite. Des hommes en djellaba se chauffent au soleil dans une cour du fort de l'île Sainte-Marguerite entourée de hauts murs. Les femmes et les enfants sont à l'intérieur des baraquements. Venus d'Alger, ce sont des prisonniers de la guerre de conquête de l'Algérie.

Selon l'historien Xavier Yacono, entre juin et juillet 1843, 49 hommes, 113 femmes, 89 enfants et 39 domestiques ont été débarqués sur l'île, escortés d'un contingent de soldats. Ils constituent la smala de l'émir Abd El-Kader. Un chef de guerre qui a résisté longtemps à l'armée coloniale française. Ses trois épouses, ses deux fils, sa famille, ses proches et ses subordonnés ont vécu plusieurs années dans la prison du fort.

" Vingt par cellule dans le fort "

« Il y avait aussi des mamelouks égyptiens et des insurgés criminels algériens, environ 350 personnes en tout » précise Jacques Murisasco, président de l'Association de défense du patrimoine historique de l'île.

Beaucoup de ces prisonniers sont morts sur l'île, notamment les enfants car les conditions de vie étaient particulièrement difficiles : « Au début, ils étaient à l'intérieur du fort, à vingt par cellule. Ils ne sortaient pas et dormaient sur des paillasses. Il y avait beaucoup de maladies à cause de l'eau qui venait des gouttières et était stockée dans des citernes. »

En 1842, alertées par un médecin, les autorités ont amélioré leur sort. « Un mur de 5,60 m de haut a été construit autour de la cour pour les laisser sortir. Et ils pouvaient prendre l'eau du puits » raconte encore Jacques Murisasco.

Le cimetière musulman de l'île témoigne encore aujourd'hui de cette partie méconnue de l'histoire de l'île.

Des cercles de pierres

Ce carré de sous-bois cacherait environ 600 corps de prisonniers musulmans décédés au fil du temps. Les tombes sont reconnaissables encore aujourd'hui au cercle de pierres qui les entoure. Mais, selon Jacques Murisasco, il y en a des fausses et des vraies : « Le cimetière a été refait en 1979 par l'ONF. Ils ont déplacé les pierres de la plupart des tombes. Les vraies, une dizaine, sont celles dont le cercle est rempli de pierres. C'est la tradition chez les Algériens. Ils protégeaient ainsi les corps de l'appétit des charognards ».

Autre curiosité, la stèle patriotique à la mémoire des soldats morts pour la France qui trône dans le cimetière musulman : « Il n'y a aucun soldat ayant combattu pour la France ici. Et pourtant, les anciens combattants viennent tous les ans déposer deux gerbes » ironise jacques Murisasco.

P.V

 

En 1882, les nudistes qui faisaient scandale à Sainte-Marguerite !

 

Car vous ne le saviez peut-être pas, nous non plus : à la fin du 19e siècle des prisonniers arabes de Sainte-Marguerite se baignaient tous les jours dans le plus simple appareil !

Les résidants de l'île (en fait, les résidantes surtout !), en étaient, paraît-il, tout retournés... Et même les pêcheurs refusaient d'embarquer leurs femmes qui, habituellement, les aidaient.

La situation était telle que plusieurs plaintes ont été rédigées au sous-préfet de Grasse...

 
Image insolite que ces hommes en djellabah au bord de l'eau... Quand leur prenait l'envie de se baigner, c'était dans le plus simple appareil !
 

Ce récit, vous l'aurez deviné, ne date pas d'hier. En réalité, il est acté de 1882

Et le sous-préfet prit la plume

Revenons à ce scandale de 1882... La situation était devenue tellement insoutenable que le 8 juillet, le sous-préfet de l'époque se décida à tremper la plume dans l'encre pour écrire en ces termes au préfet de Nice : « Monsieur, j'ai l'honneur de porter à votre connaissance que les Arabes prisonniers de l'île Sainte-Marguerite se baignent chaque jour dans un état de complète nudité, commettant ainsi le délit d'outrage à la pudeur. Les personnes qui résident sur Sainte-Marguerite se plaignent vivement et à juste raison de cet état de chose. Je vous serais très reconnaissant de bien vouloir signaler le fait à l'autorité militaire afin qu'elle prenne des mesures pour le faire cesser. »

La réponse des autorités ne tarda pas à arriver

C'est ce que le préfet fit. Et la réponse des autorités militaires ne tarda d'ailleurs pas à arriver. Voici donc ce qu'a écrit le général Bellemare, commandant la 29e division d'infanterie, le 24 juillet : « Monsieur le préfet, j'ai l'honneur de vous informer que les Arabes internés sur l'île ont été pourvus de caleçons nécessaires pour servir à la baignade. »
(1) Ce sont des prisonniers de guerre de la conquête d'Algérie. 49 hommes, 113 femmes, 89 enfants, 39 domestiques, ils constituaient la smala d'Abd El Kader.