Visite de Hollande en Algérie vers des relations apaisées pas pour les Français d'Algérie
   
 

Comité de Liaison
des
Associations Nationales de Rapatriés.

 

       VISITE D'ETAT DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE EN ALGERIE


Vers des relations apaisées entre la France et l'Algérie ?

            Le chef de l'Etat se rend en Algérie, en visite d'Etat, comme l'avaient fait, avant lui, le Président Chirac en 2003 et le Président Sarkozy en 2007.

Le Président de la République veut normaliser les relations entre l'Algérie et la France.

On ne peut que s'en réjouir. Les deux pays sont si intimement liés que l'histoire de leurs relations ne ressemble à aucune autre ; comme nous l'avons souvent dit, la relation entre la France et l'Algérie ne relève pas seulement des Affaires étrangères, elle relève aussi des affaires intérieures. Les deux pays ont l'obligation de s'entendre.      
            S'il ne s'agissait que des peuples, la question serait réglée depuis longtemps ; le peuple de France n'a aucune difficulté à s'entendre avec le peuple d'Algérie et vice versa.
            Malheureusement, il n'en va pas tout à fait de même entre les gouvernements des deux pays où le calcul et les combines de politique intérieure,  des deux côtés, prévalent. Rien ne peut jamais se faire spontanément, tout doit toujours attendre le moment favorable à l'échange.
            Quand sortira-t-on de ce cercle vicieux ? Quand cesseront donc les atermoiements ? Quand laissera-t-on enfin les peuples se rencontrer ?
            Rien, en fait, ne sera possible sans l'expression claire de la vérité. Il ne s'agit pas seulement de dire que l'on va « tenir un langage de vérité »,  il s'agit de la dire, et de la dire vraiment.
            Ce n'est que lorsque cette vérité sera vraiment dite qu'il sera possible d'espérer.
            Pour préparer sa visite d'Etat, le Président de la République a « accompli des gestes » susceptibles de satisfaire les autorités algériennes, mais que ne demande pas la population, infiniment désireuse de « tourner la page ». Prise de position à propos des événements du 17 octobre 1961, vote, suscité par l'Elysée, de la loi faisant du 19 mars une journée nationale du souvenir.
            Que recevra-t-il en échange ? Obtiendra-t-il une garantie de protection et de respect des cimetières chrétiens et juifs d'Algérie régulièrement profanés et dévastés ?

Obtiendra-t-il que les Français nés en Algérie puissent disposer enfin de leurs archives d'Etat civil ?

Obtiendra-t-il que ceux-ci - y compris, évidemment, les Harkis –  puissent librement circuler entre la France et l'Algérie, et ce sans avoir à requérir un visa ? Obtiendra-t-il, surtout, des informations sur les Disparus ?
            Les Disparus ! Le sujet tabou ! Des milliers de personnes ont disparu pendant la guerre d'Algérie - civils et militaires - pour leur immense majorité à partir du 19 mars et jusqu'au-delà de la proclamation de l'indépendance. De dizaines de milliers de Harkis on ne sait plus rien à partir du jour où ils ont été désarmés sur ordre du gouvernement français.
            Le Gouvernement français pourra-t-il, un jour, dire clairement ce qui s'est passé ? pourra-t-il un jour dire aux familles ce que sont devenus ceux dont ils n'ont plus jamais eu de nouvelles ? L'Etat aura-t-il le courage d'admettre sa propre responsabilité dans les drames survenus après le 19 mars 1962, dans l'abandon des populations qu'il avait le devoir de protéger.
            La France est le seul pays du monde occidental à demeurer dans le silence absolu, voire dans le déni, sur ces questions.
             
             De réelles bonnes relations d'Etat à Etat ne peuvent se construire seulement par le truchement de cadeaux respectifs et d'actes de repentance qui n'ont aucun sens et qui, de surcroît, pourraient laisser supposer qu'il n'y eut de torts que d'un seul côté.

            Les relations entre les Etats français et algérien ne pourront être normalisées que lorsqu'aura été fait, honnêtement, ce nécessaire travail de vérité, et ceci ne peut passer que par la constitution d'une commission mixte « Vérité et réconciliation » ; une commission qui, bien sûr, ne serait pas  constituée uniquement de représentants des Etats. Il est grand temps de donner aussi la parole à la société civile.
 Denis Fadda