Lettre ouverte du Cercle Algérianiste au Maire de Paris Bertrand Delanoë
     
 

Monsieur le Maire,

Vous avez mené, de manière incontestable, au cours de ces dernières années, l’une des actions mémorielles les plus fortes en hommage aux victimes de la guerre d’Algérie.
L’inauguration d’une rue du 19 mars 1962, d’une place du 8 février 1962 en mémoire des victimes de la manifestation de Charonne, d’une stèle en mémoire des victimes de l’OAS, d’une plaque en mémoire des victimes de la manifestation FLN du 17 octobre 1961 à Paris, sans oublier le Festival du film parisien sur la guerre d’Algérie...en sont les illustrations.

Comment ne pas souligner votre action dans ce domaine ?

Oui, mais voila, Monsieur le Maire, toutes ces initiatives, toute votre démarche ne visent malheureusement qu’un seul objectif : saluer inlassablement les mêmes victimes de la guerre d’Algérie dans une vision hémiplégique de l’histoire.
En effet, vous semblez ignorer que, dans cette guerre, il n’y eut pas qu’une seule souffrance, qu’un seul drame, qu’une seule catégorie de victimes.

Vous avez sans doute, vous qui vous qualifiez très souvent d’humaniste, considéré que les souffrances et les drames de dizaines de milliers de Harkis et de Pieds-Noirs assassinés dans d’ignobles conditions, après le 19 mars 1962, notamment par ceux-là mêmes dont vous louez l’action, n’étaient pas dignes d’un hommage de la Mairie de Paris et de son premier magistrat.

Oui Monsieur le Maire, il n’y a rien de plus détestable que de considérer que toutes les souffrances ne se valent pas et que certaines victimes sont plus honorables que d’autres.

Comment qualifiez-vous le massacre de plus de 100 000 de nos compatriotes Harkis
assassinés dans les conditions que l’on sait ?

Quelle appréciation portez-vous sur l’enlèvement et l’assassinat de plusieurs milliers de Français d’Algérie, femmes, hommes et enfants innocents qui croisèrent un jour la haine sur leur chemin et dont les familles, toujours en souffrance, ne connaissent, cinquante ans après les faits, toujours pas le lieu de leur dernière sépulture ?

Enfin, vous n’avez jamais eu un mot de compassion pour le dramatique exode de plus d’un million de vos compatriotes arrachés à leur terre natale, accueillis bien souvent dans des conditions insupportables par une métropole qui voulait, suivant le mot du maire socialiste de Marseille Gaston Deferre “les rejeter à la mer”.

Alors, Monsieur le Maire, sortez de votre approche dogmatique, considérez de manière égale toutes les souffrances, c’est à ce prix là que vous serez véritablement l’humaniste que vous prétendez être.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Maire, l’expression de mes cordiales
salutations.

Thierry Rolando - Président national du Cercle Algérianiste