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Pierre Gerby revient sur la fusillade du 26 mars 1962 rue d'Isly à Alger

 
DR

«Il faut en parler ! »
C'est avant tout ce qui pousse Pierre Gerby à témoigne
r.


L'association dont il fait partie en fait d'ailleurs son leitmotiv en reprenant une citation de Jean Brune, « la seule défaite irréparable c'est l'oubli ». C'est en racontant cette histoire, son histoire, que le Gapençais semble trouver un peu de soulagement.

50 ans après, la blessure est encore à vif, dans maison familiale surplombant Gap, si loin de la terre de son enfance. Pierre Gerby avait 13 ans au moment des événements de 1962.
L'âge de comprendre ce qu'il se passait autour de lui, pas celui pour se retrouver au-devant des barricades au côté de son père et son oncle, ce 26 mars 1962, dans la rue d'Isly à Alger.
Un lundi, il y a tout juste 50 ans, qui a vu des manifestants civils et non armés se faire tirer dessus par le 4e régiment de Tirailleurs de l'armée française. Son père a survécu, pas son oncle.

"Mon oncle est mort par la France et non pour la France"
 

Ces manifestants - des Français partisans du statu quo de l'Algérie française -étaient réunis pour s'opposer au siège de Bab El Oued, quartier d'Alger et bastion de l'Organisation de l'armée secrète, dans lequel l'armée française cherchait les responsables des meurtres de six appelés du contingent.
« C'était une manifestation pacifique avec des civils, sur qui on a tiré à l'arme lourde et aux balles explosives.
Nombreux ont été abattus dans le dos. On est en droit de se dire que c'était un guet-apens ». Le bilan est lourd, entre 46 et 62 morts et 150 blessés selon différentes sources.
Sept jours après le cessez-le-feu du 19mars 1962, "officialisant la fin de la guerre d'Algérie".
Une date qui a d'ailleurs du mal à passer pour Pierre Gerby. « Ce cessez-le-feu a été le début du cauchemar et se révèle une date maudite. Elle rappelle ce qu'il y a de plus honteux et de plus douloureux pour la France, pour la communauté pied-noir, tous les harkis et leurs familles, dans le drame franco-algérien.
Elle a marqué l'accroissement des massacres et enlèvements de plusieurs dizaines de milliers de personnes et surtout « qu'il y a eu plus de morts, après le 19 mars 1962, qu'en huit ans de guerre. »
L'association des Familles des victimes du 26 mars a obtenu, en 2010, que les noms des victimes figurent sur Je mémorial national de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie au Quai Branly. Une reconnaissance relative qui n'efface pas la peine et les questions qui restent encore en suspens sur cette tragique journée.


Le nom des victimes figure sur le mémorial du Quai Branly


« Je pense pouvoir dire que les familles des victimes comme moi ne pardonneront pas ce crime odieux. Mon oncle a été assassiné lâchement par une section de l'armée française.
Ce pays même pour lequel il a combattu et a reçu des médailles. Mon oncle est mort par la France et non pour la France », s'indigne Pierre Gerby, les larmes aux yeux.
La douleur ne passera donc pas, même après 50 ans, même après son voyage en 2007 sur les terres de son enfance.
Aucun rapport officiel n'est encore sorti de la bouche de la grande muette et ses archives concernant ces événements ne seront disponibles que 100 ans après ce 26 mars 1962.
Il n'a que pour seule réponse un stock d'articles de presse, de livres et de témoignages de survivants.
Un travail d'archives qu'il continue à réaliser. « J'ai contacté des médias nationaux et internationaux.
Et certains ont été touchés par mon histoire et ont fait la démarche d'ouvrir leurs archives pour m'envoyer des copies de documents photos et d'écrits de l'époque. »
Cet amas de témoignages, il le compilera dans son discours, aujourd'hui devant le mémorial, du Quai Branly.

Puisqu'en parler reste le moyen de ne pas oublier.


DR Pierre MOMBOISSE - Dauphiné Libéré


L'association des Familles des victimes du 26 mars a obtenu, en 2010, soit 48 ans après, que les noms des victimes figurent sur le mémorial national de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie située au Quai Branly à Paris. Aucun discours officiel n'est prévu. 19 MARS ET 5 DÉCEMBRE
Le 19 mars 1962, le cessez-le-feu était proclamé en Algérie par le général Ailleret. Cette date du 19 mars est défendue par de nombreuses associations d'anciens combattants (comme la Fnaca) et notamment les appelés du contingent, pour commémorer la fin de la guerre d'Algérie.
Mais une autre date commémorative officielle a été choisie sous le mandat présidentiel de Jacques Chirac : celle du 5 décembre. Elle est notamment défendue par ceux qui dénoncent les crimes commis après les Accords d'Évian du 18 mars.
 
       
 
 

Le comité de la Fnaca des Hautes-Alpes a souhaité réagir au récit effectué par M. Gerby des événements de la rue d'Isly, une semaine tout juste après l'accord de cessez-le-feu. Comme nous l'avions expliqué dans notre article, une manifestation s'était formée ce jour-là dans cette rue, afin de protester contre le siège du quartier de Bab-el-Oued, décrété par l'armée afin de retrouver les membres de l'OAS ayant assassiné six jeunes appelés du contingent quelques jours plus tôt.

Les anciens combattants rappellent que la manifestation à laquelle s'était joint l'oncle de Pierre Gerby, avait été organisée avec le soutien de l'OAS, organisation de l'Armée secrète, et qu'elle avait été interdite.
Malgré cela, la foule s'était réunie et les manifestants avaient bousculé des tirailleurs.
Là, les récits divergent selon les historiens qui ont enquêté sur cette affaire et les différentes parties.

La Fnaca soutient que le feu a été ouvert par des mitrailleurs de l'OAS, et que l'armée a alors riposté. Au final : un bilan très lourd avec 54 morts et 140 blessés selon la Fnaca (l'association des victimes du 26 mars annonce 62 tués).

"La volonté de conserver la mémoire de toutes les victimes est parfaitement légitime, mais il n'est pas acceptable que des associations d'anciens sympathisants de l'OAS utilisent la mémoire et le chagrin pour tenter de réhabiliter une organisation qui a voulu renverser la République par tous les moyens, et c'est bien le contingent qui a sauvé cette République en faisant échouer le putsch en avril 1961 " estime le comité départemental de la Fnaca.


« L'ignorance est un crime quand elle est le résultat de l'indifférence pour la Vérité. Ecoutez donc, lisez, profitez, réfléchissez et travaillez, dans le respect des seules Vérités ; alors oui, vous en serez pleinement satisfait »

Monsieur le Président local de la FNACA, Messieurs les membres du comité départemental. Messieurs les signataires de l'article en question,

Je viens, vers vous, après votre réponse apportée au reportage consacré, par le Dauphiné Libéré, au massacre de civils innocents, par une unité de l'armée française, le 26 mars 1962, à Alger.

Fernand GERBY, mon oncle, figurait au nombre des dizaines de victimes décomptées, après ce carnage. Plusieurs dizaines de victimes que vous n'osez pas ou ne voulez pas 'comptabiliser' comme suit :
- celles du jour même,
- celles décédées, par la suite, consécutivement aux monstrueuses blessures occasionnées,
- celles dont les corps ont été soustraits aux familles, toujours, par des militaires, dans la nuit du 26 au 27 mars, pour être enterrés, 'à la sauvette', dans plusieurs cimetières d'Alger.
Nombre sur lequel, aussi, vous manifestez un absurde procès mais, ceci, sans surprise, dans la continuité de vos illusions.
Ainsi, selon votre pittoresque démonstration, c'est l'OAS qui est à l'origine de l'assassinat de tous ces martyrs, dont mon Oncle.
Alors, dissertons, quelques lignes, sur votre spéculation.
Au demeurant, vous êtes détenteurs d'une carte d'ancien combattant.
Encore, faut il préciser, à tout destinataire de ce courrier « que dans une forme juridique la plus simplifiée, 'cette fameuse carte est attribuée à l'ancien combattant ayant servi en Afrique du Nord, à condition d'avoir été présent durant 4 mois ou 120 jours entre le 31 octobre 1954 et le 2 juillet 1962. pour l'Algérie' ».
Ce statut et sauf à ne pas remplir de telles conditions d'octroi, aussi rigoureuses et sauf à avoir rejeté le port de l'uniforme, du drapeau tricolore, d'une arme et de son utilisation vous a, donc, imposé d'être militaire, sur un terrain de guerre.
Militaire, maniement et instruction des armes vont ensemble et sauf à déconsidérer tout ce que vos instructeurs ont pu vous apprendre, alors, oui, les tireurs de l'OAS sont de sacrés virtuoses de la gâchette, doublés d'une extraordinaire maîtrise et de plus détenteurs d'un exceptionnel équipement militaire.
Car abattre des civils, au moyen d'armes lourdes, à grand rayon d'action, à partir des toits et des terrasses, (tout en récupérant, minutieusement, chaque douille, car aucune ne fut trouvée, sur ces lieux, au terme de la fusillade) ceci, sous couvert des militaires, gendarmes et autres amis barbouzes, observateurs se trouvant sur ces mêmes lieux, sans tuer ni blesser un seul militaire, relève, tout simplement d'une admirable dextérité ou tout simplement, chez vous, d'un fantasme né d'une école d'endoctrinement politique plutôt que d'une école militaire.

Et quelles explications donnez vous à l'exécution, à bout portant, ou, par traitrise, dans le dos, de certains de nos martyrs ; sans doute des balles perdues en provenance de ces fameux toits et terrasses ! ! ! ! !

Peut être que seuls, des tireurs de l'OAS, infiltrés, cette fois-ci, aussi, parmi les manifestants, se sont livrés à cette basse et vile besogne scélérate, devant témoins.
Ah, comme vous, je m'y perds ! ! ! ! !
J'oublie, la présence de vos frères d'armes, ces fameux éléments du 4ème RTA.
Sans doute, tout simplement, eux aussi, des observateurs indifférents et des acteurs passifs, uniquement, là, pour justifier l'expression : « la fleur au fusil ».
Quant à l'exceptionnel équipement militaire détenu par l'OAS, n'est il pas celui que vos camarades, voire vous-même, ont recherché, pendant plusieurs jours, dans le quartier de Bab El Oued, tout en se livrant à de répugnantes scènes sanglantes et de pillages, parmi les habitants de ce quartier, dans une démesure totale, aidés, en cela, par l'aviation et les blindés.
Est-ce à dire que la vingtaine de morts, européens dont deux enfants, décomptés, au terme du passage des forces armées, n'a servi à rien car si ces armes lourdes avaient été récupérées, il n'y aurait, alors, pas eu de meurtres, dans la rue d'Isly ! ! ! ! !

Encore une fois, votre théorie est infâme.

Quoique vous en pensiez, mémorisez bien et faites le savoir, au contraire de vos spéculations, que le 26 mars 1962 est un événement historique honteux et doit, à ce titre, être défini comme un crime contre l'humanité, comme la plus infâme et la plus lâche fusillade de l'histoire de France contemporaine, comme un immonde massacre d'innocents civils, non armés, perpétré par des soldats portant l'uniforme et des armes français.

Jamais une Nation n'a commis un tel crime envers ses nationaux.

C'est, là, la seule certitude incontournable.
Il vous faut laisser, de côté, sur ce sujet, votre approche sectaire et votre doctrine idéologico-politique.
Vous n'avez aucune connaissance ou compétence, pour disserter sur ce crime d'État dont, seuls, des militaires français et Charles De Gaulle, leur guide suprême, portent l'entière responsabilité.
Vouloir traiter de cette tuerie n'est pas permis à tout le monde car il est trop facile de donner, à cet assassinat de masse, comme, d'ailleurs, vous l'avez si bien fait, une interprétation 'grotesquement historique'.
Votre caricature des événements tragiques de cette terrible journée a, déjà, été mise à défaut par un grand nombre d'experts, y compris militaires dont, au demeurant, vous ne faites pas partie.
Pour terminer ce sujet, j'espère que Monsieur Maurice PASCAL vous a tenu destinataire des conclusions consécutives, à cette boucherie, tirées, dans le dernier numéro de Paris Match, par François Pédron, journaliste, historien du XVle siècle et écrivain français.
C'est pourquoi, face au constat que vous ne représentez que le vide et la méconnaissance de l'histoire de notre Pays, je clos ce tragique souvenir.

Maintenant, permettez-moi, de reprendre, d'autres événements inclus dans le reportage consacré, à ma demande, par le Dauphiné Libéré et au titre desquels votre silence m'a frappé.
Pourquoi taire cette funeste période de l'après 19 mars 1962 au titre de laquelle certains militaires français et le pouvoir gaulliste portent la responsabilité de tant d'hécatombes.
Commençons, avant tout, par la date du 19 mars, si chère à la FNACA et aux terroristes du FLN, date des « pseudos accords d'Evian et du cessez le feu »!!!!!

Commémorer le 19 mars, comme vous le faites, c'est célébrer une date funeste, véritable jour de honte, pour notre Pays, c'est faire insulte à la mémoire de toutes les victimes civiles et militaires et à leurs familles, c'est cracher sur tous les morts de l'après 19 mars 1962.
Que pensent, aujourd'hui, les familles de ces jeunes français de métropole qui ont offert leur vie pour répondre à l'appel de la République face à l'état de guerre, du choix de cette date fêtée, en Algérie, comme le symbole de la capitulation politique de la France.
En résumé « c'est, tout simplement, manifester sa soumission totale envers l'ennemi ». C'est humilier les combattants français qui ont, militairement, gagné cette guerre.

C'est indigne de camarades combattants qui oublient les quelques 300 soldats français prisonniers du FLN, à cette date et pour lesquels le pouvoir gaulliste d'alors n'a rien fait.
Comme il est indigne de faire croire que le cessez le feu unilatéral du côté français a été un arrêt des combats et des horreurs, chez nos adversaires terroristes.

Retenons, maintenant, parmi tant, deux monstruosités, des lendemains du 19 mars.

L'abandon des soldats Français Harkis et leurs familles qui furent livrés au génocide le plus barbare de l'Histoire de France.

Qui d'entre vous a trahi les ordres du pouvoir gaulliste et ou de ses supérieurs quand il a fallu les désarmer pour mieux les livrer à leurs futurs bourreaux ?

Qui d'entre vous est sorti de son cantonnement pour les secourir tant leurs souffrances rapportées étaient horribles de cruauté ?

Qui d'entre -vous a trahi les ordres du pouvoir gaulliste et ou de ses supérieurs pour assurer leur survie et leur rapatriement sur une terre qui leur devait tant ?

Le je-m'en-foutisme et l'inaction des soldats français demeurés, dans leurs casernes, l'arme aux pieds, sur commandement de l'admirable et fidèle général Katz alors que des milliers de civils étaient sauvagement assassinés, le 5 juillet 1962 et les jours suivants, à Oran.

Qui d'entre vous a trahi les ordres du pouvoir gaulliste et ou de ses supérieurs pour prendre la direction d'un lieu de déportation et d'exécution sommaire, pour les européens, situé, à Oran, au quartier du Petit Lac ; à proximité immédiate d'une caserne française ?

Qui d'entre -vous a trahi les ordres du pouvoir gaulliste et ou de ses supérieurs pour secourir des familles entières d'européens suppliciés dont les cris d'horreur et d'épouvante arrivaient aux oreilles des militaires français et couvraient le son du clairon, chaque jour à la levée des couleurs françaises ?

Qui d'entre-vous a trahi les ordres du pouvoir gaulliste et ou de ses supérieurs pour
QUI?
QUI ?
QUI?

J'arrête là car la question c'est de ne pas demander trop c'est de demander juste.

Mes propos, dans le Dauphiné Libéré, en ce cinquantième anniversaire de ce drame, avaient, pour seul but et uniquement cela, de rappeler, à tous, devoirs de mémoire et responsabilité.
Votre réponse, dans le Dauphiné Libéré, en ce cinquantième anniversaire, a eu, pour seuls effets, ceux de fuir mémoire et réalité, cette dernière, certes détestable, mais réalité quand même.

C'est là, ma conclusion.
Veuillez agréer mes sincères salutations.Pierre GERBY


Mis en ligne le 27 mars 2012