- Revue de presse N° 235 à 251

- 2020 - {2003-2020 – 17ème année}

- Articles du 22 Août 2020 au 7 septembre 2020



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https://algerie1.com/actualite/un-cimetiere-de-chouhadas-oublies-sur-l-ile-sainte- marguerite-en-france-video-634


Un cimetière de chouhadas oubliés sur l’île Sainte Marguerite en France (vidéo)


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Par Khidr Ali | 20 Aout 2020 | 15:33


Entre 800 et 1000 combattants algériens ont été déportés sur l'île Sainte Marguerite (France), avec leurs familles, entre 1840 et 1880, en majorité des membres de la Smala de l'Emir Abd el-Kader. Beaucoup sont morts et enterrés sur l'île, la plus grande des quatre îles de Lérins, située en face de la ville de Cannes.

L'île Sainte Marguerite est séparée du continent par un détroit de 1.100 m. Elle est couverte par une forêt et s'étend d'Ouest en Est sur une longueur de 3 km, et sa largeur est de 900 m environ.

Dans ce cimetière sont enterrés environ 600 corps de prisonniers algériens décédés au fil du temps. Les tombes sont reconnaissables encore aujourd'hui aux cercles de pierres qui les entourent.

"Seront traités comme prisonniers de guerre et transférés dans un des châteaux ou forteresses de l’intérieur pour y être détenus, les arabes appartenant aux tribus insoumises de l’Algérie qui seraient saisis en état d’hostilité contre la France."

Cet arrêté du Maréchal Soult, ministre de la Guerre français, en 1841, allait créer les conditions de l'internement d'Algériens sur le sol français, jusqu'au début du XXe siècle indique Sylvie Thénault dans son étude intitulée « Une circulation transméditerranéenne forcée : l'internement d'Algériens en France au XIXe siècle. »

Désignés par l'arrêté de "prisonniers de guerre", ces Algériens transférés en France sont ceux pris "En flagrant délit d'insurrection, les conspirateurs armés, les chefs devenus suspects à cause de leurs relations avec l'ennemi ou de leur résistance persévérante à la domination française."

A partir de 1843, date de la prise de la Smala de l'Emir Abd el-Kader, plus de 500 hommes, femmes et enfants arrivèrent dans l'île. La tenue des registres laissant à désirer, différentes sources avancent carrément le double soit un millier de prisonniers qui ont été détenus dans cette île.


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Selon l'historien Xavier Yacono, entre juin et juillet 1843, 49 hommes, 113 femmes, 89 enfants et 39 domestiques ont été débarqués sur l'île, escortés d'un contingent de soldats. Ils constituent la smala de l'émir Abd El-Kader. Un chef de guerre qui a résisté longtemps à l'armée coloniale française. Ses trois épouses, ses deux fils, sa famille, ses proches et ses subordonnés ont vécu plusieurs années dans la prison du fort.


" Vingt par cellule dans le fort "


Selon Jacques Murisasco, président de l'Association de défense du patrimoine historique de l'île, beaucoup de ces prisonniers sont morts sur l'île, notamment les enfants car les conditions de vie étaient particulièrement difficiles : « Au début, ils étaient à l'intérieur du fort, à vingt par cellule. Ils ne sortaient pas et dormaient sur des paillasses. Il y avait beaucoup de maladies à cause de l'eau qui venait des gouttières et était stockée dans des citernes. »

En 1842, alertées par un médecin, les autorités ont amélioré leur sort. « Un mur de 5,60 m de haut a été construit autour de la cour pour les laisser sortir. Et ils pouvaient prendre l'eau du puits » raconte encore Jacques Murisasco.

Le cimetière musulman de l'île témoigne encore aujourd'hui de cette partie méconnue de l'histoire de l'île.


Des cercles de pierres

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Ce carré de sous-bois cacherait environ 600 corps de prisonniers musulmans décédés au fil du temps. Les tombes sont reconnaissables encore aujourd'hui au cercle de pierres qui les entoure. C'est la tradition chez les Algériens. Ils protégeaient ainsi les corps de l'appétit des charognards ».

Autre curiosité, la stèle patriotique à la mémoire des soldats morts pour la France qui trône dans le cimetière musulman : « Il n'y a aucun soldat ayant combattu pour la France ici. Et pourtant, les anciens combattants viennent tous les ans déposer deux gerbes » ironise jacques Murisasco.


Ouverture d'autres centres de détention


La surpopulation de l'île, consécutive à l'arrivée massive de "prisonniers de guerre" en 1843, allait entraîner l'ouverture d'autres centres de détention : le fort Brescou, au large du cap d'Agde, puis, en 1844-1845, les forts Saint-Pierre et Saint-Louis à Sète. À Toulon, où débarquaient les prisonniers d'Algérie, le fort Lamalgue, lieu de transit, tendait à devenir permanent. Chacun de ces forts avait une capacité d'une centaine de places, de 83 à Saint- Pierre jusqu'à 180 à Lamalgue. En 1847, tous étaient saturés. Les fonctionnaires du ministère de la Guerre pensèrent alors à l'île de Ré puis à l'île d'Aix, prévoyant la réfection de bâtiments sur place.

Les envois, par ailleurs, débordèrent ponctuellement des lieux prévus. En 1857, par exemple, un homme, « auteur de troubles et de désordres », fut envoyé pour trois ans à l'île de Ré36. En 1872, de même, celle de Porquerolles figurait dans la liste des destinations à donner, en sus de celles habituelles, à plus d'un millier d'« otages » de la province de Constantine, pris dans la répression de l'insurrection déclenchée par El-Mokrani. L'appropriation du château d'If fut aussi mise à l'étude. C'est dans ce contexte que des Algériens arrivèrent en Corse. En mars 1859, lors de la première désaffection de Sainte Marguerite, trente-sept hommes repérés comme « dangereux pour l'ordre public » furent en effet transférés à la caserne Saint-François d'Ajaccio. Puis, en 1864, alors que l'insurrection des Ouled Sidi Cheikh venait de débuter, la citadelle de Corte s'y ajouta. Elle compta jusqu'à 320 internés, avant d'être abandonné en 1868

; la caserne d'Ajaccio avait de même cessé d'être utilisée. Puis l'insurrection d'el-Mokrani en 1871 entraîna le réemploi momentané de la citadelle de Corte, ainsi que l'usage de la citadelle

de Calvi. En 1883, enfin, le « dépôt des internés arabes » de Calvi déménagea de la citadelle au fort Toretta. Ce fort devint le dépôt exclusif des internés d'Algérie l'année suivante, en 1884, au moment où Sainte Marguerite fut définitivement abandonnée. Les effectifs diminuèrent fortement avec la fin des insurrections. Alors que 500 hommes environ étaient présents au fort Toretta fin 1871, ils n'y furent jamais plus de 70 à 80 à la fois par la suite.

Le lieu d'inhumation des 24 internés morts à Calvi, identifiables dans les registres d'état civil de la commune, reste toujours inconnu.


Mohamed Belkhir et Cheikh Douina


En dehors des archives publiques, un seul témoignage nous est parvenu : celui de Mohamed Belkheir. Âgé d’une soixantaine d’années au moment de son internement, en 1884, Mohamed Belkheir fut interné à Calvi pour son incitation et sa participation à la révolte dans ce Sud- Oranais que les Français peinaient à soumettre. Si la durée de son internement reste discutée, il est sûr qu’il en revint avant de mourir vers 1905

« À Calvi exilé, avec Cheikh Ben Douina, nous voilà otages ! Quand agiras-Tu, Créateur, sauveur des naufragés entre deux océans ? J’étouffe et veux fuir du pays des roumi chez les musulmans.»

« Je suis en exil à Calvi, banni de mon pays en compagnie de Cheikh Douina, comme gages. Dieu qui m’a créé, quand pourrai-je me préparer (à partir d’ici) ? Ô Toi qui délivres ceux qui sont dans une impasse, délivre-nous des deux mers. Je me sens oppressé et voudrais décamper d’une terre d’infidélité et me rendre en terre d’Islam », lit-on aussi pour son incantation calvaise.

D'autres transferts d'Algériens ont eu lieu au XIXe siècle, en particulier vers les prisons. Celles de Nîmes, d'Aniane et de Montpellier recevaient ainsi, dans les années 1840, les condamnés d'Algérie à des peines supérieures à un an, en raison des insuffisances des structures pénitentiaires dans la nouvelle colonie en cours de conquête. Le procès des insurgés de Marguerite, au tout début du XXe siècle, s'est également tenu dans la région, à Montpellier. Ces flux contraints d'Algériens vers le sud de la France, pendant plus d'un demi- siècle, renvoient à une histoire plus large, dont Jocelyne Dakhlia a déploré l'absence et qu'elle appelle de ses voeux : celle de la présence « musulmane » en France. Les traces laissées par ces internements d'Algériens en France au XIXe siècle sont ténues – ainsi il reste des tombes à Sainte Marguerite.


3.300 prisonniers

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On sait que les prisonniers les plus importants, comme les plus proches parents d’Abd El Kader, ont été emprisonnés sur l’île Sainte-Marguerite, au large de Cannes. A Sète, il semble que la plupart des prisonniers aient été capturés au cours des combats postérieurs à la prise de la Smala d’Abd El Kader, qui a eu pour conséquence immédiate la mise en détention de plus de 3.300 personnes réparties dans toutes les prisons disponibles sur le littoral méditerranéen. Certaines ont été dirigées vers le fort Ratonneau, près de Marseille, où 520 prisonniers étaient déjà incarcérés. D’autres ont été conduites au fort de Brescou, au large d’Agde.


200 martyrs enterrés à Marseille


Les registres municipaux d’état civil mentionnent un premier décès dès le 23 août 1845, soit cinq mois après l’emprisonnement de ces hommes à Sète. Ce premier décès enregistré est celui de Ahmed ben Sebah, âgé de 40 ans, originaire de Mascara. Entre 1845 et 1856 suivent 192 autres décès. Les causes de toutes ces morts sont inconnues. Tous ces prisonniers ont toutefois reçu des soins et leurs fins de vie ont été déclarées à l’ Hôpital Saint-Charles. Leurs dépouilles ont été ensevelies dans le cimetière communal, voisin des forts, dont la célébrité est devenue retentissante, à partir de 1945, après l’inhumation du poète et académicien local Paul Valéry en souvenir duquel ce cimetière est devenu le «Cimetière Marin».

Dans les années qui suivirent la prise de la Smala d’Abd El Kader par le duc d’Aumale, entre 1846 et 1855, à Sète, de ces proscrits, il en est mort 192. Le plus jeune avait 20 ans ; il s’appelait Salem Ben Meftah, fils de Meftah et de Aïcha ; il était né à Médéa et était journalier. Le plus vieux avait 89 ans ; il s’appelait Ben Youssef ben Saïd ; les archives ne disent rien d’autre que son numéro matricule : 189. Premières victimes de la première guerre de la France en Algérie, premiers martyrs des premiers combats des Algériens pour l’indépendance, tous ces laissés-pour-compte de l’histoire ont fini «à la fosse commune du temps» qu’évoquait dans ses chansons le poète sétois Georges Brassens, sans penser à leur tragique destin. La «Rampe des Arabes» est désormais leur mémorial.

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Ni anciens combattants ni tirailleurs sénégalais

L'un milite, convaincu qu'il abrite des tirailleurs sénégalais. D'autres y honorent la mémoire d'anciens combattants... qui n'en sont pas. Quelle est la vérité?

Il a frappé à toutes les portes. Convaincu du bien fondé de sa démarche. Depuis sept ans qu'il a découvert son existence, Boubou Sow, président de l'association France-Sénégal de Cannes multiplie les démarches en faveur du cimetière musulman de Sainte-Marguerite. Une nécropole occupant environ 1 000 m2, au nord de l'île. Son objectif ? « Réhabiliter ce cimetière qui abrite des tirailleurs sénégalais. »


La réponse du ministère français de la Défense


Pour ce faire, le président Sow a écrit au député-maire, au sous-préfet, à madame l'ambassadeur du Sénégal en France et jusqu'au ministère de la Défense et des anciens combattants qui lui a répondu : « Il ne s'agit pas d'un cimetière sénégalais, mais d'un cimetière musulman. Ce site accueille les corps des fidèles de l'émir Abd el-Kader faits

prisonniers à la prise de la Smala en 1843 et décédés sur place. Ce cimetière n'abrite donc pas des militaires morts pour la France, seul critère qui fonde la compétence du ministère de la Défense et des anciens combattants. » Et de regretter « de ne pouvoir réserver une suite favorable » à cette demande. Donc pas de tirailleurs sénégalais dans ce cimetière.


« Une violence à la vérité historique »


Mais qui sont en fait les musulmans enterrés au petit cimetière qui jouxte celui de Crimée se demande Nice matin qui a fait sa propre enquête « Ce sont des prisonniers algériens que l'autorité coloniale a fait déporter entre 1840 et 1884, pour des motifs essentiellement politiques », affirme Michel Renard, historien, qui a consacré un ouvrage au site sous le titre "Enquête ethnographique sur une nécropole musulmane oubliée". Pour Jacques Murisasco, « ce sont essentiellement des membres de la Smala d'Abd el-Kader. »

Reste un mystère : pourquoi la stèle érigée au centre du cimetière porte-t-elle l'inscription « A nos frères musulmans morts pour la France » ? « C'est une violence à la vérité historique, déplore Michel Renard, les musulmans enterrés ici sont morts " par " la France et non " pour " la France. » Et pourtant chaque 1er novembre, la ville de Cannes, le Souvenir français et l'association « les Amis des îles », viennent, chacun, déposer une gerbe au pied de la stèle. « Et ça dure depuis 1965 ! », souligne Jacques Murisasco.


« Certains n'en démordent pas ! »


Alors qui a fait graver cette stèle et pourquoi se demande Nice Matin. En fait, et bizarrement, personne ne le sait. Ni le service des cimetières, ni les archives, ni plusieurs historiens consultés. Pas même le Souvenir français, ainsi que confirment son président le général Morel, son vice-président René Battistini, et sa présidente honoraire, Geneviève de Bustos.

Pourquoi déposer une gerbe sur un site qui n'abrite pas d'anciens combattants ? « Par habitude », évacue l'un. « J'ai essayé de dire que ce n'était pas logique, invoque un autre, mais certains n'en démordent pas ! »

« Simplement, peut-être, par méconnaissance", relative Michel Renard. "Quoi qu'il en soit, c'est un endroit émouvant, alors pourquoi ne pas imaginer faire de Sainte-Marguerite, un lieu de réconciliation ? » espère l'historien.

(Cet article a déjà été publié dans notre édition du 29 août 2016 et celle du 18 août 2019, dans l'attente que les autorités algériennes consentent à s'occuper de ce pan de notre histoire)


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http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18692190.html


Bande-annonce Des hommes : Depardieu traumatisé par la guerre d'Algérie chez Lucas Belvaux

Par Vincent Formica — 21 août 2020 à 17:00


Le cinéaste Lucas Belvaux est de retour derrière la caméra avec un drame autour du traumatisme de la guerre d'Algérie : Des hommes.

Découvrez les premières images de ce film porté par Gérard Depardieu.


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Trois ans après Chez nous, qui explorait l'ascension d'une jeune femme dans un parti politique extrémiste, Lucas Belvaux est de retour avec Des hommes. Le metteur en scène s'empare à nouveau d'un sujet sensible avec la Guerre d'Algérie. Le drame par de ces hommes qui ont été appelés en Algérie au moment des "événements" en 1960.


Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d'autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais parfois il suffit de presque rien, d'une journée d'anniversaire, d'un cadeau qui tient dans la poche, pour que quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.


Des hommes est l'adaptation du roman écrit par Laurent Mauvignier paru en 2009. L'oeuvre sonde les blessures et les traumatismes que la guerre engendre. Le conflit en Algérie est un sujet extrêmement délicat en France et les longs-métrages revenant sur cette période sont très peu nombreux. Récemment, Qu'un sang impur, d'Abdel Raouf-Dafri, osait déjà explorer cette période sombre de l'Histoire hexagonale.


Le long-métrage de Lucas Belvaux traite le sujet différemment, se concentrant sur deux époques distantes de plus de 40 ans.


Gérard Depardieu incarne Bernard, appelé en Algérie à 20 ans. "Il va y découvrir à la fois la beauté du monde et de l’amour mais aussi l’horreur dont l’humanité est capable. Il ne s’en remettra jamais", confie Lucas Belvaux. Selon le cinéaste, l’histoire de l’Algérie passionne Depardieu qui la connaît très bien. "Il est trop jeune pour avoir fait la guerre mais, enfant, adolescent, il a connu des appelés, il les a vus revenir, cassés. En plus, c’est un provincial. On peut imaginer qu’il a connu Bernard. Il n’a pas eu à l’inventer. Il pouvait faire appel à ses souvenirs et à son talent !"


Catherine Frot et Jean-Pierre Darroussin complètent le casting de ce drame qui sortira en salles le 11 novembre prochain. À noter que Yohan Zimmer et Edouard Sulpice campent les versions jeunes de Depardieu et Darroussin. Le film fait partie de la Sélection Officielle Cannes 2020.

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https://www.tsa-algerie.com/gerard-depardieu-dans-un-nouveau-film-sur-la-guerre- dalgerie/


Gérard Depardieu dans un nouveau film sur la guerre d’Algérie


Culture, Médias, Technologies Par: Riyad Hamadi 22 Août 2020 à 09:14


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L’acteur français Gérard Depardieu va jouer le premier rôle dans un film sur la guerre d’Algérie qui sortira en salles en novembre prochain. Réalisé par Lucas Belveaux, le film

« Des hommes », traite un sujet particulièrement sensible en France : les militaires qui ont été appelés en Algérie au moment des événements de 1960.


Cette période cruciale de l’avenir de la présence française en Algérie a laissé des traces indélébiles dans la mémoire de ces appelés, qui ont assisté à des événements denses et sanglants.


Dans ce film, Gérard Depardieu, qui a déclaré à maintes reprises son attachement à l’Algérie, va incarner Bernard, rappelé à l’âge de 20 ans en Algérie. Le film traite deux époques différentes. D’abord, les événements de 1960 en Algérie, et dix ans après, après le retour des appelés en France, où il ne suffit de presque rien pour que le passé douloureux et le traumatisme de la guerre d’Algérie ressurgisse.


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https://www.elwatan.com/edition/culture/un-deni-de-justice-qui-dure-encore-22-08-2020

Un déni de justice qui dure encore | El Watan

R. H. Sahnouni 22 août 2020 à 9 h 30 min


VICTOR HUGO ET L’ALGERIE


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Levons d’entrée une ambiguïté. Nous ne parlons pas de l’immense poète, de celui qui a incarné la conscience humaine dans ce qu’elle a de plus noble et qui l’a célébrée dans des vers inoubliables. Nous nous intéressons à l’homme Hugo et son rapport à la conquête de l’Algérie.

Nous avons conscience d’évoluer sur un terrain miné mais le hiatus est trop grand entre le poète et l’homme ; il interpelle et pousse à souligner le contexte de conspiration du silence qui s’est imposé à tous les acteurs de la tragédie qui a débuté un certain juillet 1830.

Victor Hugo est né l’année où le général Bonaparte, Premier consul, a rétabli l’esclavage dans les colonies, notamment à l’île de Saint Domingue, devenue Haïti, traquant celui qui lui a tenu tête, «le Spartacus noir», le chef rebelle devenu gouverneur de Saint Domingue, Toussaint Louverture, né en 1743 et qui finira ses jours dans une sombre cellule, plutôt un cachot, du fort de Joux, dans le Doubs, en 1803. Un an plus tard, Bonaparte est sacré Empereur des Français sous le nom de Napoléon 1er. En 1830, Hugo est élu à l’Académie française.

Il connaît les circonstances de la conquête de l’Algérie. Il lit les comptes rendus des correspondants de presse et il participe aux débats sur les méthodes exposées par les stratèges génocidaires, de Saint Arnaud à Lamoricière en passant par Bugeaud et Pélissier et autres incendiaires dont le dénominateur commun est le mépris de la victime au nom d’un préjugé de race : on se proclame seigneur et on règne sur des serfs.

Voici un extrait éloquent de la doctrine exposée par Bugeaud dans un ouvrage de 1842 intitulé De l’Algérie, des moyens de conserver et d’utiliser cette conquête et dont Hugo avait connaissance : «C’est peu de traverser les montagnes et de battre une ou deux fois les montagnards ; pour les réduire, il faut attaquer leurs intérêts.

On ne peut y parvenir en passant comme un trait ; il faut s’appesantir sur le territoire de chaque tribu ; il faut s’arranger de manière à avoir assez de vivres pour y rester le temps nécessaire pour détruire les villages, arracher les récoltes, vider les silos, couper les arbres fruitiers, brûler ou fouiller les ravins, les roches et les grottes, pour y saisir les femmes, les enfants, les vieillards, les troupeaux et le mobilier ; ce n’est qu’ainsi qu’on peut faire capituler ces fiers montagnards.» Hugo a lu Saint-Augustin et La Cité de Dieu. Il a lu L’Ane d’or ou les Métamorphoses d’un certain Apulée de Madaure. Il a lu les récits des combats menés par Massinissa contre Carthage, puis contre Rome. Il a lu La Guerre de Jughurta de Salluste.

Il sait que L’Afrique du Nord a donné des papes à l’Eglise catholique et des empereurs à Rome. Il a dû lire L’Histoire des Berbères d’Ibn Khaldoun dans la traduction de De Slane dès 1852. Comment pouvait-il justifier la conquête d’un pays qui avait produit des sommités intellectuelles et de valeureux chefs de guerre et dont l’histoire a précédé celle de la Gaule ? Comment pouvait-il soutenir que cette terre était vide d’habitants ou de civilisation ? Comment pouvait-il écrire : «Prenez ce pays, il n’appartient à personne !»

Sans doute était-il sous l’effet d’une envolée lyrique, mais bien dommageable, à l’image du mage de La Légende des siècles ! (Il est vrai que cette contrée a attiré les conquérants depuis l’Antiquité. L’honnêteté intellectuelle eût consisté à reconnaître qu’en ce cas d’espèce, la conquête de l’Algérie par la France s’inscrivait dans la continuité des conquêtes précédentes.) Le communiqué du maréchal Randon adressé aux populations de Kabylie au lendemain de la défaite de 1857, ne sonne-t-il pas comme une réponse à Hugo ? Il y était implicitement reconnu l’existence en Kabylie de structures étatiques et d’une organisation sociale des plus élaborées (le général Hanoteau n’était pas loin). Le 10 juillet 1857, Randon déclarait : «Vous pouvez, comme par le passé, vous choisir des amis, mais ils devront être reconnus par la France. Vous pouvez même garder vos institutions politiques de village pourvu que vos chefs sachent vous maintenir en paix.» (C’est nous qui soulignons.)

Mais Hugo persiste et signe. Victime de son «complexe du spectaculaire», il se découvre des talents de stratège militaire et élabore un plan de colonisation pour l’Algérie!

A ce propos, retenons deux dates significatives données par Franck Laurent qui rapporte à propos d’Adèle Julie, femme de Hugo :


– Janvier 1841 : «Hugo académicien rencontre chez les Girardin Bugeaud que Louis-Philippe venait de nommer gouverneur de l’Algérie. Bugeaud est très hostile à la présence française, affirmant qu’elle bloquait l’armée hors des frontières et que, du reste, la mise en valeur de l’Algérie par la colonisation était une chimère, son sol étant infertile.» Réponse de Hugo : «Le grenier de Rome ne peut être infertile.» Et il ajoute : «La colonisation militaire doit couvrir la colonisation civile comme la muraille couvre et enveloppe la cité… Mettez le soldat en avant du colon comme vous mettez un fer au bout d’une lance.»

-1846 : Bugeaud, gouverneur de l’Algérie, retrouve Hugo devenu pair de France. Bugeaud, désormais converti aux bienfaits de la colonisation, parlant de son projet pour la Mitidja, expose sa doctrine : «Il prit pour comparaison une lance, le manche serait un civil, la flèche, la troupe.» (sic). Et Franck Laurent ajoute à propos de cette image de la lance et de la flèche qu’«Adèle l’ignorait puisqu’elle n’était pas présente lors de la rencontre. C’est donc son mari qui lui en aurait fait part.»

On s’étonne que Hugo, tout le temps qu’il était à l’Assemblée nationale, n’ait pas consacré de discours à la conquête dans ce qu’elle avait d’abject parce qu’inhumaine et dégradante pour les victimes, mais davantage pour les bourreaux. Nous pensons que ce silence traduit la mauvaise conscience de l’auteur des Orientales et des Châtiments. Il a préféré occulter ce thème comme on fuit une idée obsédante. Sinon, comment interpréter les silences de celui qui se définissait comme «l’écho sonore de [son] siècle» ? Il y avait pourtant urgence à parler.

Nous citerons un exemple parmi d’autres, doublement significatif ; il concerne une femme, une combattante au parcours riche en symboles, Lalla Fadhma n’Summer. Elle a conduit la lutte contre l’occupant à la tête des «volontaires de la mort» lors de la conquête de la Kabylie, en 1854 d’abord puis en 1857, mené le combat pendant deux mois (juin-juillet 1854), remportant la bataille de Summer (d’où son surnom) face à Mac-Mahon, mais perdant celle d’Icherrid en (juin 1857). Son courage et son sens du commandement lui étaient enviés même par ses ennemis. On notera à ce propos que la commune d’Etterbeek, près de Bruxelles, a honoré sa mémoire en juillet 2020 par une plaque commémorative.

Voici ce qu’on peut y lire : «Née à Ouerdja (région de Aïn El Hemmam, wilaya de Tizi Ouzou), en 1830, morte en 1863, en captivité à Tablat, wilaya de Médéa, Lalla Fadhma n’Summer est une résistante à l’occupation française de l’Algérie et a combattu les troupes coloniales de 1854 à 1857». Hugo, proscrit après le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte (Napoléon III), s’était réfugié à Guernesey. N’était-ce pas le moment pour lui de célébrer cette icône de la résistance à l’occupant, cette nouvelle vestale (elle avait fui le foyer conjugal le jour de son mariage), cette Antigone des temps modernes, ou encore cette «Jeanne d’Arc du Djurdjura» pour reprendre un symbole que l’auteur de Notre-Dame de Paris connaît bien ? Libre de ses mouvements après le désastre de Sedan face aux Prussiens et la chute de

«Napoléon le petit», Hugo, auréolé de son statut de résistant à l’oppression, aurait pu s’insurger contre la répression qui a suivi l’échec de l’insurrection commanditée en 1871 en Kabylie par El Mokrani et Cheikh Aheddad ; il n’en fut rien. Pis encore, Hugo acceptait d’«être un peu barbare parmi ces sauvages» (Discours sur le Rhin). «Un peu barbare», quel euphémisme ! Il a pourtant lu les récits sur les oreilles sanguinolentes arrachées avec les boucles qui y pendaient ou ceux concernant les têtes coupées «pour boucher les conduites d’eau».

Il a aussi entendu les récits des enfumades faits par les auteurs de ces atrocités… N’a-t-il pas entendu les rapports faits à la tribune de l’Assemblée nationale par les agents d’un génocide qui ne disait pas son nom ? Pourtant, le général Bugeaud ne s’en était pas caché, Saint-Arnaud non plus. Et c’est Hugo lui-même qui rapporte les propos ci-après : «L’armée – faite féroce par l’Algérie. Le général Leflô me disait hier soir, le 16 octobre 1852 : ‘‘ʺDans les prises d’assaut, dans les razzias, il n’était pas rare de voir des soldats jeter par les fenêtres des enfants que d’autres soldats en bas recevaient sur la pointe de leurs baïonnettes.


Ils arrachaient les boucles d’oreilles aux femmes et les oreilles avec, ils leur coupaient les doigts des pieds et des mains pour prendre leurs anneaux. Quand un arabe était pris, tous les soldats devant lesquels il passait pour aller au supplice lui criaient en riant : ‘‘cortar’’ [?] cabeza. Le frère du général Marolles, officier de cavalerie, reçut un enfant sur la pointe de son sabre. Il en a du moins la réputation dans l’armée, et s’en est mal justifié. Atrocités du général Négrier. Colonel Pelissier, les Arabes fumés vifs. Et encore, une dizaine d’années plus tard, ces notes laconiques et terribles : Zaatcha – Tlemcen – Médéah – Pélissier etc. Négrier, etc. – L’armée en Afrique devient tigre.» Hugo célébrait l’arrivée de la «civilisation» à Alger, comme s’il y était :


«Des calfats et des matelots allaient et venaient du bateau à terre, débarquant des colis sur lesquels étaient fixés tous les regards de la foule. Sur le débarcadère, des douaniers ouvraient les colis, et à travers les ais des caisses entrebâillées, dans la paille à demi écartée, sous les toiles d’emballage, on distinguait des objets étranges, deux longues solives peintes en rouge, une échelle peinte en rouge, un panier peint en rouge, une lourde traverse peinte en rouge dans laquelle semblait emboîtée par un de ses côtés une lame épaisse et énorme de forme triangulaire. – Spectacle [plus ?] remarquable en effet que le palmier, l’aloès, le figuier et le

lentisque, que le soleil et que les collines, que la mer et que le ciel : c’était la civilisation qui arrivait à Alger sous la forme d’une guillotine.»


La civilisation a pris un nom, la guillotine. Faut-il un dessin ? S’il lui arrivait de dénoncer les abus d’une conquête qui table sur l’extermination des populations autochtones, c’était en réalité beaucoup plus parce que cette barbarie dont les auteurs étaient connus risquait d’être transposée en métropole par ces mêmes agents que par un élan d’humanité.

En somme, il craignait que, par un «effet boomerang», la «barbarie coloniale» ne déferlât sur le territoire français. En effet, la réalité de la colonisation avait de quoi inquiéter l’auteur des Misérables. On peut dire qu’une véritable omerta s’est imposée à toute l’intelligentsia de l’époque et de celles qui ont suivi, une sorte de tropisme qui a obnubilé les cerveaux, compromettant toute analyse rationnelle, par un parti pris délibéré.


De ce point de vue, on peut dire que Hugo (tout comme Tocqueville ou Jules Ferry) était

«l’homme de son temps», comme on l’a dit plus tard de Charles de Foucault. C’est, mutatis mutandis, le comportement des dirigeants actuels et les rapports de force en vigueur de par le monde. Le déni de justice est toujours le critère qui régit la conduite des affaires du monde.

Rappelons que, du fait que l’histoire est écrite par les vainqueurs, on ne peut espérer qu’ils fassent preuve d’objectivité, encore moins d’humilité ou de repentance. Histoire falsifiée ? Il est temps de donner voix aux sans-voix. En effet, le principe de base du phénomène colonial est de dévaloriser «l’indigène» pour justifier ses propres turpitudes. Le terme même d’«indigène» nous interpelle. Pourquoi le colon en a-t-il fait un concept péjoratif alors que, dans son sens original, le vocable réfère à la personne qui vit sur les lieux où elle est née. Ainsi, le Français est indigène en France, tout comme l’Ecossais et le Gallois en Grande- Bretagne ou le Texan dans son pays.


Or, le colon, qui s’assimile au Blanc, oublie qu’il a d’abord été Noir, la couleur de la peau ayant mué à cause d’un manque de mélanine, faute de soleil dans la partie nord de la planète, et il s’arroge le droit d’abaisser le colonisé en niant jusqu’à son entité d’homme, en l’enfermant dans une sorte de ghetto et en décidant pour toujours que tout ce qui se rapporte à lui, à ses habitudes de vie ou de pensée est frappé d’ostracisme et relève de «l’ethnique», terme synonyme de bizarre, de curieux, voire d’étrange, pour ne pas dire d’arriéré. Voici d’ailleurs, à titre d’illustration, la définition du vocable «ethnique» du dictionnaire Larousse (2004) : «Ethnique (sens 3) : se dit de ce qui relève, par sa nature ou son inspiration, d’une culture autre qu’occidentale. Pourtant, «ethnie», dont il est dérivé, désigne tout peuple, qu’il soit européen, africain ou autre. On dit que «le diable est dans le détail».


Il y a là une définition hautement significative de la persistance de l’esprit colonial jusqu’en lexicographie. N’y a-t-il pas dans cette définition les indices d’un jugement délibéré qui scelle pour toujours le statut de l’indigène et renvoie l’ensemble de ses agissements au folklore, à des pratiques exotiques, jamais considérées, encore moins vécues, comme les manifestations d’une culture élaborée, car on l’enferme délibérément et définitivement dans un statut d’être inférieur ? Que dire aussi des gestes apotropaïques, destinés à conjurer le mauvais sort, qui sont encore en usage dans une grande partie de l’Europe, tels que le fait de «toucher du bois», de «ne pas passer sous une échelle» ou de «croiser les doigts» ? Que dire encore de toutes les manifestations liées au folklore breton, auvergnat, corse, sarde, teuton, catalan, tyrolien, etc., ? Que dire d’Halloween qui gagne maintenant l’Europe ? Tous ces gestes ne relèvent-ils pas de

«l’ethnique» ? Il est donc tout à fait naturel de parler non seulement des indigènes de l’Auvergne ou de la Bretagne, mais aussi des «tribus d’Occident» pour reprendre une formule de Mouloud Mammeri.

L’histoire étant écrite par les vainqueurs, disions-nous, on ne peut s’attendre à ce qu’ils ouvrent leur cœur aux réalités des pays dominés. Jack Goody (1919-2015) dénonce cette constante de l’Europe dans Le vol de l’histoire, un ouvrage qui fera date et dans le sous- titre duquel il précise : «Comment l’Europe a imposé un récit de son passé au reste du monde».


Il insiste notamment sur un déficit de clairvoyance, sur une carence manifeste, à savoir l’absence de dimension anthropologique qui préside aux rapports entre les cultures et les civilisations qui se côtoient sur terre et qui forcent à l’humilité en interdisant tout jugement de valeur. En somme, les Européens sont victimes de leurs ignorances, de leurs préjugés et de leur position dominante. Il est temps pour nous, peuple sorti de la période coloniale, de retrouver les valeurs qui ont présidé à la survie de la communauté depuis des millénaires et de les revivifier en les dépoussiérant pour leur redonner leur fraîcheur initiale, tout en les ouvrant sur la modernité. Il faudra détruire le mur de l’ignorance et lutter contre les forces obscurantistes en redonnant à la raison et à l’intelligence du cœur la place qui doit être la leur, face aux trois fléaux dénoncés par les analystes avertis parce qu’ils déterminent les rapports internationaux, caractérisés par la rapine, la violence et le non-droit : ce sont l’argent, la compromission et l’ego.


L’arrogance, la cupidité et l’impunité des grands de ce monde, associées à la complicité des potentats des pays du tiers-monde, ont transformé le monde en une jungle. Et les voix de la conscience peinent à être audibles. Jusqu’à quand ces grands continueront-ils à agir (et à régir le monde) impunément ? Y a-t-il espoir d’un renouveau, d’un sursaut des consciences pour mettre fin à «l’injustice systémique du colonialisme» que dénonce le penseur indien Rajeev Bhargava ? L’enjeu est de taille, mais force est de constater que les mentalités coloniales n’ont pas changé outre-Méditerranée. Des personnalités politiques ou culturelles ne cessent de s’en prendre à l’Algérie et aux Algériens dans des médias publics.


Il est toutefois permis d’espérer que le déni de justice finira par prendre fin et que les critères d’émancipation des peuples, de liberté d’expression ou d’opinion, de justice et d’équité sociales soient un jour reconnus partout dans le monde, ce qui permettra à tous les êtres humains de se définir comme frères en humanité, comme on est frères en religion. Entendons les appels en ce sens d’Edgar Morin, «le rêveur sacré» (métaphore chère à Hugo, le poète). Non seulement «l’homme-siècle» nous y incite, mais il nous le commande.


Par R. H. Sahnouni


Inspecteur de l’enseignement secondaire à la retraite Enseignant, ENS Bouzaréah


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https://www.letemps.ch/culture/saturne-sarah-chiche-deuil-devenir-un-lieu-splendeur- decriture


«Saturne» de Sarah Chiche, ou comment le deuil peut devenir un lieu de splendeur et d’écriture


Eléonore Sulser Publié vendredi 21 août 2020 à 19:33

Modifié vendredi 21 août 2020 à 19:34



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Saturne, le dernier roman de Sarah Chiche est traversé d’oxymores. Il diffuse son obscure clarté sur la rentrée littéraire, propage, comme le font les corps célestes et les souvenirs, des fulgurances nées de lumières éteintes. Il est question de deuils perpétuels mais apaisés, de clairs-obscurs, de haines nées de l’amour, d’une quiétude aussi, finalement rejointe, mais qui demeure dans le qui-vive de l’écriture. «Tout est perdu, tout est sauvé. Tout est perdu. Tout est splendide», sont les derniers mots de Saturne.


Les origines, l’enfance, l’histoire – la guerre d’Algérie et l’exil des pieds-noirs – sont les thèmes où l’oxymore, où l’ambiguïté, où de terribles merveilles se déploient. Saturne est en deux parties, «comme les deux faces d’une même planète», commente Sarah Chiche, dont le visage se dessine sur l’écran d’un portable – lien électronique entre une villégiature normande et la rédaction de Lausanne et qui rend possible l’entretien. «La première est l’histoire d’une famille, sa splendeur, sa magnificence, dit-elle. C’est le versant maniaque, l’hubris d’une trop grande richesse matérielle qui n’est pas une force aventureuse mais une force de mort. Une force qui vient tant bien que mal masquer le cadavre de la perte, la perte de l’Algérie et d’un fils. A cela s’oppose la deuxième partie du livre: l’histoire d’une enfant et d’une jeune fille – une histoire qui a été la mienne il est vrai, celle d’une hantise, d’une dépossession, d’une dépression mélancolique.»


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https://www.liberte-algerie.com/actualite/la-guerre-dalgerie-est-importante-dans-la- societe-francaise-344265


Raphaëlle Branche, historienne

“La Guerre d’Algérie est importante dans la société française”


P206#yIS1 © D. R.

Spécialiste de l’histoire de la guerre d’indépendance de l’Algérie, Raphaëlle Branche a mené l’enquête sur les anciens appelés de l’armée française, un sujet encore tabou en France. Dans cet entretien, elle analyse aussi les enjeux du contentieux mémoriel entre l’Algérie et la France.


Liberté : Après les questions de torture, de violence et de guerre coloniale, vous traitez sous la forme d’une enquête inédite un autre sujet sensible, celui des anciens appelés. Le livre “Papa qu’as-tu fait en Algérie ?” sortira début septembre. Pourquoi avez-vous éprouvé le besoin de l’écrire ?


Raphaëlle Branche : Je me suis rendu compte depuis que j’ai commencé à travailler sur la guerre d’Algérie dans les années 90 que le sujet des conscrits et des appelés du contingent n’était pas simple à aborder, surtout dans les familles des concernés où il est souvent considéré comme un tabou compte tenu de ce qui s’est passé. Les appelés ne parlaient pas de ce qu’ils ont vécu et fait en Algérie car les conditions d’écoute n’existaient pas. Les familles ne voulaient pas ou n’étaient pas intéressées de savoir ce qui s’est passé.


Comment avez-vous conçu votre enquête ?


Mon enquête se base sur des témoignages familiaux. Elle englobe la période qui a précédé le départ des appelés en Algérie et celle qui suit leur retour. Beaucoup pensaient partir faire leur service militaire, mais revenaient très mal dans leur peau ou pas contents de ce qu’ils ont fait. Leur récit de la guerre d’Algérie s’est ensuite adapté pendant les décennies suivantes à l’évolution des contextes familial et social. Mon livre montre à quel point l’expérience de la guerre d’Algérie est importante dans la société française, même si elle est assez invisible.


La honte est-elle une des raisons qui expliquent l’omerta autour de l’histoire des appelés

? Certains pouvaient ne pas parler de leur expérience pour ne pas être associés aux violences de l’armée française en Algérie...


Cette vision des choses pourrait s’appliquer aux quinze dernières années, très marquées par les révélations sur les pratiques de torture et sur les exactions qui n’avaient pas été très visibles auparavant par la société et par les familles. Mais après l’indépendance de l’Algérie, les appelés étaient plutôt perçus comme étant du côté des vaincus, embarqués dans une guerre dont l’issue était inéluctable.


À cette époque, beaucoup ont trouvé aberrant d’avoir envoyé des jeunes gens défendre l’Algérie française alors que la page de l’empire colonial était en train d’être tournée. Aujourd’hui, deux idées cohabitent. Les anciens appelés sont considérés comme des victimes, mais en même temps, il y a l’inquiétude de certaines familles qui veulent savoir si leurs proches ont été responsables de crimes de guerre.


Nous avons tendance à penser qu’il existe deux catégories d’anciens appelés : ceux qui ont pris part aux violences et ceux qui les ont rejetées au point de déserter. Qu’en est-il réellement ?


Ces deux catégories existent, mais il manque tous les autres, ceux qui ne se sont pas révoltés ou qui n’ont pas vu le problème et ceux qui n’ont pas connu de manière permanente les violations. Ces appelés représentent le plus gros de la troupe. Ils sont très jeunes, peu politisés et ont été élevés dans une société habituée aux discriminations.

Les violences quotidiennes de la colonisation vont choquer un certain nombre, mais d’autres ne verront pas le problème car on leur a appris qu’en Algérie, on peut faire un certain nombre de choses, arrêter des gens, les torturer, voler dans les mechtas… Dans mon livre, certains reconnaissent avoir rapporté des objets provenant de pillages, sans avoir conscience encore aujourd’hui qu’ils avaient commis des vols.


Votre livre a-t-il pour vocation d’éclairer davantage sur ce qui s’est passé en Algérie pendant la guerre d’indépendance ?


Il y a une dimension assez intéressante qui consiste à savoir qui était cette armée française et de quoi elle était faite, de gens souvent ordinaires qui n’étaient pas des professionnels de la guerre et qui ne connaissaient presque rien de l’Algérie. On est loin d’une représentation à la Bigeard ou à la Massu. La société française a, par exemple, refusé pendant longtemps de voir que les gens qui pratiquaient la torture en Algérie étaient des hommes ordinaires.

Une des clés du silence des appelés autour de leur expérience en Algérie provient justement de leur difficulté de se penser dans la lignée de leurs parents et de leurs grands-parents qui ont pris part aux Deux Guerres mondiales. Les anciens combattants ne vont, d’ailleurs, pas reconnaître les soldats revenus d’Algérie.


Vous êtes parvenue à recueillir des témoignages à un moment ou, paradoxalement, l’accès aux archives sur la guerre d’Algérie devient compliqué pour les historiens. Comment réagissez-vous à cela ?


Il faut savoir que l’ouverture des archives publiques dépend théoriquement d’une loi votée en 2008 et qui rend accessible depuis 2012 tous les documents de la guerre d’Algérie, à l’exception des procédures judiciaires. Cela nous a permis de travailler dans des conditions d’ouverture inégalées. Mais aujourd’hui, les choses ont de nouveau changé.

Une instruction interministérielle appliquée de manière abusive rend, encore une fois, inaccessibles les documents sensibles de la guerre d’indépendance de l’Algérie. Selon l’instruction interministérielle, les documents portant la mention “secret” doivent être déclassifiés individuellement avec de nouveaux tampons.


S’agit-il d’une mesure bureaucratique ou politique ?


La circulaire est appliquée de manière bureaucratique. Lorsque nous posons la question en tant qu’historiens, on nous répond que c’est une procédure purement technique. À la suite de notre mobilisation, l’État a reconnu que le double tamponnage est un peu absurde et chronophage.


Il a donc décidé de remplacer le tamponnage des documents par celui des cartons qui les contiennent. Mais cette nouvelle procédure s’applique uniquement aux archives d’avant-1954.


Ce qui est étrange et pose question.

Ce verrouillage n’est-il pas en totale contradiction avec les préconisations du président Emmanuel Macron sur l’ouverture des archives sur la guerre d’Algérie ?


C’est effectivement contradictoire. Il y a une partie de l’État qui fait exactement le contraire de ce que dit l’autre partie. Le président de la République a donné un signal très clair et très fort en septembre 2018 concernant l’ouverture des archives.

Mais d’un autre côté, les services de l’État, en particulier le Premier ministère, le secrétariat général pour la Défense nationale et la Sécurité élaborent une instruction ministérielle qui ralentit l’accès aux documents. Tout le monde peut être frappé par le fait que la parole présidentielle n’ait pas autant de force que ce qu’on pourrait penser.


Peut-on conclure que certaines parties au sein de l’État français veulent taire encore aujourd’hui des choses concernant la guerre d’Algérie ?


Certains secteurs, pour des raisons historiques, ne sont pas très désireux qu’on dise les choses, des parties de l’armée par exemple. Mais c’est minoritaire à l’échelle de l’État. Je pense que globalement, des avances ont été réalisées. Les déclarations de M. Macron sur l’accès aux archives, mais surtout sur la reconnaissance de l’État des pratiques illégales de l’armée ont été plutôt consensuelles.


L’historien Benjamin Stora a été missionné par le président Macron pour élaborer un rapport qui lui permettra d’éclaircir les questions du contentieux mémoriel avec l’Algérie. Êtes-vous optimiste ?


Des rapports qui font des propositions, on en a vu d’autres. Cependant, la publicité faite autour de cette mission, le calendrier très court donné à Benjamin Stora pour faire des recommandations et le contexte politique laissent penser que le président Macron ne va pas se contenter de paroles et va prendre des décisions.


Tout ce qui va dans le sens d’un apaisement dans les relations entre l’Algérie et la France est important. Il est important aussi que chacune des deux parties écoute l’autre en se retenant d’asséner sa propre vérité.


Doit-on s’attendre à d’autres gestes de la part de l’État français ?


Oui, je pense. Même si les gouvernements algériens successifs ont placé la barre à un niveau tellement haut qu’il n’est pas atteignable. Concernant la question des archives par exemple, il me semble personnellement plus pertinent d’améliorer les conditions d’accès des chercheurs algériens aux archives au lieu de continuer à demander une restitution qui, techniquement, sera difficile à réaliser. Nous avons eu côté algérien, pendant des années, une surenchère dans les revendications.


En discuter médiatiquement au lieu de les exposer par voie diplomatique n’était pas la meilleure des méthodes. Actuellement, les régimes politiques des deux États se mettent en scène en bons termes. Cela a été notamment le cas concernant la restitution des ossements des combattants algériens du 19e siècle. Ce geste est extrêmement fort. Il est d’ailleurs étonnant que l’État algérien ne se soit pas saisi de l’affaire des ossements au moment où elle a été dévoilée par une pétition il y a quelques années.


Entretien réalisé à Paris par : SAMIA LOKMANE-KHELIL


Par Samia LOKMANE KHELIL le 23-08-2020 10:30


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https://www.bvoltaire.fr/en-souvenir-de-la-provence-1944-pas-detat-dame-quand-il- sagit-de-bouter-lennemi/


23 aout 2020


En souvenir de la Provence 1944 : pas d’état d’âme quand il s’agit de bouter l’ennemi


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Le général de Lattre de Tassigny


Une nouvelle fois, le Covid-19 aura eu bon dos en empêchant les cérémonies habituelles qui ont lieu traditionnellement autour de Cavalaire et Saint-Raphaël pour commémorer le débarquement des troupes françaises (largement pieds-noirs et d’Afrique du Nord) commandées par le général de Lattre de Tassigny, le 15 août 1944. Une occasion de rappeler un haut fait de nos armes et une période glorieuse de notre histoire a été perdue.


Pourtant, notre pauvre pays sur lequel soufflent bien des vents contraires aurait besoin de se souvenir des moments où il était grand et où il ne se posait pas de faux débats de conscience. La France était occupée. Il fallait bouter l’ennemi. En 1944, comme à Bouvines ou comme du temps de Jeanne d’Arc. En tous points ! Pas d’état d’âme contre les sauvageons du temps et autres incivils !

Et pour moi qui ait eu la chance de côtoyer, dans ma jeunesse, nombre d’anciens de cette épopée, comment ne pas voir qu’il y avait chez eux un légitime motif de fierté. Ils étaient fiers d’avoir accompli leur mission, fiers de s’être dépassés. Faut-il rappeler que cette génération qui avait 20 ans sur le front de Provence, et à peine plus quand elle atteignit Colmar et les Vosges avant de franchir le Rhin, était celle qui allait donner aussi à la France les « Trente Glorieuses » ?


Oui, une France fière et forte ! Des Français qui en voulaient. Et qui entreprenaient. Une France sûre d’elle-même et de sa mission comme on souhaiterait la retrouver actuellement. Il n’y a pas à chercher très loin les exemples. Regarder, pour ceux de ma génération, nos pères et, pour ceux qui ont trente ans actuellement, leur grand-père. Ce n’est pas seulement dans les siècles passés que la France fut grande, c’est aussi il y a quelques dizaines d’années. Pas de repentance alors, ou alors si, une ! Celle d’avoir perdu la guerre en 1940. Un affront à effacer et ce fut l’épopée des nouveaux héros. Ils eurent le droit de signer l’armistice, le 8 mai, à Berlin. L’honneur était revenu. La France pouvait être reconstruite.

Voilà ce que ceux qui nous gouvernent – mais encore faudrait-il qu’il aient quelques connaissances historiques – auraient pu rappeler en commémorant le débarquement de

Provence. Cela aurait pu leur redonner des idées de grandeur et leur rappeler que les populations d’outre-mer ne demandent qu’à participer à la gloire de la France quand un véritable idéal leur est proposé.


Voilà un temps à retrouver et encore plus un état d’esprit. Celui des vainqueurs. Celui de ceux qui ont confiance dans leur pays, dans son histoire, dans son destin. Cet esprit a été perdu au début des années 1980, quand une nouvelle génération est arrivée au pouvoir. Formée dans le confort et avide de jouir de tout, immédiatement et sans réfléchir, comme des enfants perdus, cette génération s’est jetée dans les mirages de fausses idéologies. Elle a préféré détruire tout ce qui existait, à commencer par les institutions, la justice, l’éducation, l’industrie, car elle n’était plus assez forte pour se regarder dans le miroir des anciens. En trente ans, l’œuvre de destruction est immense. Il appartiendra à une nouvelle génération de reconstruire l’édifice.

De reconstruire la France, telle qu’on l’aime dans nos frontières et au-delà. Celle du modèle de civilisation, seul barrage face aux barbares, avant-avant-hier anglais, hier nazi, demain…


P296#yIS1 Philippe Montillet Historien et juriste


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https://present.fr/2020/08/24/contre-une-nouvelle-loi-memorielle/


Contre une nouvelle loi mémorielle

Publié le 24 août 2020 par Francis Bergeron


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« Mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie » Les harkis n’en veulent pas

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Oui, il faut espérer que nous pourrons accroître nos liens avec l’Algérie, en dépit de tout le sang qu’a fait couler le FLN. 130 années d’histoire commune ne se balaient pas d’une pichenette. C’est leur intérêt et c’est le nôtre. Mais l’idée de constituer une commission sur

« la mémoire », de fixer en quelque sorte une mémoire commune officielle, est une folie, et la composition de cette commission dont les deux représentants, le Français et l’Algérien, sont dans le même camp, de fait, est un crime. La communauté des anciens harkis monte au créneau, car c’est, une fois de plus, ceux qui avaient choisi la France qui auront le plus à perdre.


Camille Galic, dans Présent du 25 juillet, avait indiqué qui était cet Abdelmadjid Chikhi désigné par la dictature algérienne pour mener le « travail mémoriel » avec Stora (dont nous connaissons les engagements), côté français, sur la colonisation, l’Algérie française, et les événements de 1954 à 1962. Alain Sanders en avait ajouté une couche dans Présent du 29 juillet. Il avait notamment rappelé pourquoi se mettre autour d’une table avec un (voire deux !) représentant(s) du dictateur népotiste Tebboune est plus qu’une erreur. Sur l’idée même de cette commission, sur le contexte, et sur la qualité des « historiens » nommés, tout a donc été dit, ou presque, dans nos colonnes.


La suite semblait déjà inscrite : nouvelle repentance française, et, à la clé, des revendications de dédommagements financiers, sur le modèle des allocations allemandes payées à Israël pour les exactions nazies.


Reprise en main par l’Etat de l’histoire de la colonisation


La première réaction sérieuse, susceptible de troubler la quiétude de la commission, vient de l’association Générations Harkis : pour elle, c’est « une reprise en main par l’Etat de l’écriture de l’histoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie ». Générations Harkis rappelle les dangers à construire une histoire officielle dont toute critique sera considérée comme du révisionnisme, et, pourquoi pas, condamnable par simple élargissement des lois mémorielles actuelles.

L’association a donc saisi le Conseil d’Etat d’un recours en annulation de la décision personnelle de Macron de confier la mission à Stora. Le recours a été déposé le 16 août. L’argument qui est mis en avant est celui de « l’atteinte au principe d’indépendance de la recherche universitaire, tout comme l’atteinte à la liberté de l’enseignement des historiens ». Malheureusement, ces principes sont violés depuis longtemps, très exactement depuis la loi qui porte le nom d’un député communiste et qui est en effet une loi digne d’un pays communiste où n’existe qu’une vérité historique officielle valant dogme.


Mais c’est un début. On l’a vu sur les questions sociétales, si le coup d’arrêt n’est pas donné très vite et très fort, la dérive aboutit au pire. Pour le sociétal, c’est par exemple, désormais, l’avortement possible à la veille de la naissance. Cela s’appelle un infanticide, en bon français. Dans le domaine de la « mémoire franco-algérienne », on en viendra à devoir payer pour le coup d’éventail ! Ou pour ces routes, hôpitaux, lignes de chemin de fer, ces aéroports, que nous avons construits et qui ont dégradé leur bilan carbone…


Soult mohamed.djafour.2020@gmail.com

Francis Bergeron, 24 aout 2020


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https://www.lesinrocks.com/2020/08/25/cinema/actualite-cinema/trailer-des-hommes-le- traumatisme-de-soldats-francais-revenus-dalgerie/


“Des hommes”, le traumatisme de soldats français revenus d'Algérie

ParLouise Vandeginste - 25/08/20 14h46


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"Des hommes" (Copyright Ad Vitam Distribution)

Cinéma 25/08/20 14h46

Lucas Belvaux signe un film au sujet d'envergure, ici, la guerre d'Algérie.

Un drame classique avec des acteurs poids lourds : Depardieu, Frot et Darroussin.

En 2017, le cinéaste belge se penchait sur le milieu de l'extrême droite française (et, sans le nommer, le FN/RN). Aujourd'hui, il nous revient avec un drame sur les traumatismes de la guerre d'Algérie (côté français) avec les grands Gérard Depardieu, Catherine Frot et Jean- Pierre Darrroussin. Adapté du roman éponyme de Laurent Mauvignier (Les Editions de Minuit, 2009), le film raconte l'histoire d'anciens soldats français qui, quarante ans plus tard, ne sont toujours pas remis de ce qu'ils ont vu et vécu en 1960 en Algérie.


Un sujet tabou...


Même si elle fait l'objet de plus en plus d'œuvres de fiction (Qu'un sang impur, L'Ennemi intime, la fin de Hors-la-loi), la guerre d'Algérie est encore un sujet épineux en France. À l'époque, seuls des cinéastes radicaux tels Jean-Luc Godard avec Le Petit soldat (1963) et Gillo Pontecorvo avec La Bataille d'Alger (1966) avaient d'ailleurs osé l'aborder de front. Deux films censurés à leur sortie tant la mémoire de ces massacres pose problème en France.


...qui passionne Depardieu


Gérard Depardieu y incarne Bernard, un ancien jeune soldat traumatisé par la guerre. D'après les propos du cinéaste recueillis par Allociné, "Il va y découvrir à la fois la beauté du monde et de l’amour mais aussi l’horreur dont l’humanité est capable. Il ne s’en remettra jamais". Un rôle parfait pour celui qui, selon Lucas Belvaux, était trop jeune pour faire cette guerre mais a croisé des hommes brisés de retour d'Algérie. "On peut imaginer qu’il a connu Bernard. Il n’a pas eu à l’inventer. Il pouvait faire appel à ses souvenirs et à son talent !" poursuit-il.

Rendez-vous le 11 novembre 2020 dans les salles obscures pour découvrir ce film, labellisé "Cannes 2020".


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https://www.midilibre.fr/2020/08/26/le-memorial-aux-harkis-est-en-bonne-voie-selon-ali- laidaoui-9034695.php


Le mémorial aux Harkis est en bonne voie selon Ali Laidaoui


Publié le 26/08/2020 à 05:06 / Mis à jour le 26/08/2020 à 05:13 S'abonner


C’est un peu l’homme de l’ombre mais qui se bat depuis longtemps pour "l’honneur dû aux Harkis". L’Anglois, Ali Laidaoui, président de l’association des Rapatriés anciens

combattants d’Afrique du Nord (Araca), région Sud France, après de longs mois de problèmes de santé, reprend ses activités.


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À St-Laurent-des-Arbres sur un terrain d’un hectare


Il a tenu à aborder le sujet qui lui tient à cœur : le mémorial des Harkis à Saint-Laurent-des- Arbres. "Nous avons érigé une stèle depuis 2015 mais nous avons souhaité que l’on puisse faire revivre la dure vie des soldats harkis et de leurs familles qui ont vécu dans des conditions hors du commun entre 1962 et 1976 dans ce camp. Il fallait une reconnaissance nationale et un monument à la hauteur." L’homme qui a reçu la médaille d’Officier de l’Ordre national du Mérite des mains du Premier ministre de l’époque, Manuel Valls, est satisfait de l’évolution de ce projet "Il y avait un problème majeur sur ce lieu. L’agrandir pour y faire un vaste édifice d’accueil, d’expos, de documents de mémoire avec un grand parking nécessitait l’acceptation par l’armée de céder un terrain."


Un problème qui traînait en longueur et qui trouvait son épilogue fin 2019, à la suite d’une concertation entre la municipalité, le président de l’Agglo M. Rey, le député Anthony Cellier et les représentants de l’armée. Près d’un hectare était donc affecté à la construction de l’ensemble financé par le conseil général avec l’accord du préfet.


Aujourd’hui, Ali Laidaoui se félicite de l’avancée de ce projet : "Pendant mon absence mon beau-frère, Moussa Mesherf, aidé de la secrétaire générale Fatiha Gasmir ont fait un beau travail.


Les plans sont établis en début 2020 et une seconde réunion est programmée à la rentrée."


Malgré la fatigue, il se plaît à souligner avec une certaine émotion, un événement dont il veut laisser une trace. "Nous avons parmi nous Nadia Gouafred une chercheuse qui a découvert dans des archives à Nîmes que 12 enfants de Harkis avaient été enterrés à côté en forêt à Saint-Maurice l’Ardoise lors de l’évacuation du camp.

Nous ne pouvons oublier cela surtout pour les familles. Le mémorial en témoignera."


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https://www.algeriepatriotique.com/2020/08/26/commission-algero-francaise-sur-la- guerre-dalgerie-ce-quen-disent-les-harkis/


Commission Stora-Chikhi sur la Guerre d’Algérie : ce qu’en disent les harkis

août 26, 2020 - 10:05


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Lors d'une manifestation des harkis à Paris. D. R.


Par Mohamed K. – Les harkis s’opposent à la constitution de la commission sur le travail mémoriel confié à Benjamin Stora et Abdelmadjid Chikhi. Ils ont exprimé leur refus en recourant carrément au Conseil d’Etat pour demander l’annulation de la décision du président français, Emmanuel Macron, de mettre en place cette instance. «Cette initiative présidentielle est perçue par les héritiers des différentes mémoires issues du conflit algérien comme une reprise en main par l’Etat de l’écriture de l’histoire de la colonisation et de la Guerre d’Algérie», souligne l’association Génération harkis.


«L’écriture officielle de l’histoire est dangereuse pour les libertés, notamment dans les secteurs de la recherche et de l’enseignement où elles ont vocation à s’exprimer», relève l’association présidée par Mohamed Djafour, qui justifie la saisine du Conseil d’Etat par

«l’atteinte à différents principes de protée constitutionnelle, notamment l’atteinte au principe d’indépendance de la recherche universitaire, tout comme l’atteinte à la liberté d’enseignement des historiens».


Par ailleurs, le Collectif national Justice pour les harkis et leurs familles estime qu’«à peine lancée, la mission confiée par le président Macron à Benjamin Stora sur la colonisation et la Guerre d’Algérie suscite déjà beaucoup de critiques et d’interrogations». «Au-delà de cette nomination, nous devons surtout nous interroger sur la capacité de cette mission à mener à bien ce travail de vérité avec un délai de cinq mois qui lui est accordé», relève l’association,

en arguant que «Benjamin Stora affirme lui-même que le travail de l’historien se fonde sur des archives et des témoignages, sur le recoupement et la confrontation d’informations, surtout si l’on veut mieux comprendre tous les tenants et les aboutissants de cette histoire terrible que fut la colonisation et la Guerre d’Algérie».


«Pouvons-nous être sûrs que les différents acteurs iront jusqu’au bout de [la] reconnaissance entière de part et d’autre sur l’histoire si particulière de ces supplétifs enrôlés à tours de bras au côté de l’armée française ?» s’interroge le collectif selon lequel «la guerre dans la guerre entre [le] FLN et le MNA […] a contribué grandement à l’enrôlement de ceux que l’on nommera communément harkis, avec tout ce que cela comporte d’insultant, aujourd’hui encore, dans la bouche de beaucoup d’Algériens voire ici, en France».


«Vouloir restituer le passé dans toute sa vérité suppose un travail historique d’une grande rigueur et une totale objectivité», souligne cette organisation, en ajoutant que «ce travail de vérité est d’abord conditionné à un véritable courage politique, sans arrière-pensée et dans le respect des groupes mémoriels concernés».


  1. K.


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    https://elmoudjahid.com/fr/actualites/158456


    Jean-Paul Sartre et la guerre d’indépendance : Le digne engagement de l’intellectuel français

    «Maintenus par un système oppressif au niveau de la bête.» PUBLIE LE : 27-08-2020 | 0:00

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    Le combat de Jean-Paul Sartre en faveur de l’indépendance de notre pays ne fut pas seulement une «bataille de l’écrit». Engagé, l’intellectuel le fut, et sur tous les fronts que lui

    commandèrent les événements. Il intervint dans plusieurs meetings pour la paix en Algérie (en juin 1960 et, en décembre1961, à Rome par exemple) ; il participa à la manifestation silencieuse du premier novembre 1961 consécutive aux massacres du 17 octobre, à celle du 13 février protestant contre la répression meurtrière du métro Charonne ; il témoigna à plusieurs procès de «porteurs de valises», dont celui, emblématique, de septembre 1960, connu sous le nom de réseau Jeanson. «Utilisez-moi comme vous voulez», avait insisté Sartre, qui venait de signer le «Manifeste des 121», avant de s’envoler pour l’Amérique latine, où il sut, là-bas aussi, porter la cause de l’indépendance algérienne.


    Dès son premier article en 1956, Sartre insiste sur le silence des Français devant l’horreur, dans l’espoir de leur faire comprendre que le colonialisme engage leur responsabilité collective. Il martèle que la domination coloniale s’oppose aux idéaux dont la France se réclame — «Quel bavardage : liberté, égalité, fraternité, amour, honneur, patrie, que sais-je ? Cela ne nous empêchait pas de tenir en même temps des discours racistes, sale nègre, sale juif, sale raton» — mais, pis, en fait un synonyme de fascisme : «Il est notre honte, il se moque de nos lois ou les caricature ; il nous infecte de son racisme (…). Il oblige nos jeunes gens à mourir malgré eux pour les principes nazis que nous combattions il y a dix ans ; il tente de se défendre en suscitant un fascisme jusque chez nous, en France, notre rôle c'est de l'aider à mourir. Non seulement en Algérie, mais partout où il existe (…). La seule chose que nous puissions et devrions tenter — mais c'est aujourd'hui l'essentiel —, c'est de lutter à ses côtés pour délivrer à la fois les Algériens et les Français de la tyrannie coloniale». La mystification des gouvernants français profite de la complicité des médias désireux que les Français ne sachent pas ce qui se passe en Algérie : «Cacher, tromper, mentir : c'est un devoir pour les informateurs de la métropole ; le seul crime serait de nous troubler». L'ensemble apparaît aussi comme un signe de la décadence d'une civilisation : «Fiévreuse et prostrée, obsédée par ses vieux rêves de gloire et par le pressentiment de sa honte, la France se débat au milieu d'un cauchemar indistinct qu'elle ne peut ni fuir ni déchiffrer. Ou bien nous verrons clair ou bien nous allons crever.» Le philosophe utilise ce dernier verbe, qui abjure toute litote, pour réagir au cynisme criminel de dirigeants à qui il a fait dire : «Mollet, au nom de la Compagnie, a fait tomber la foudre sur ces fellahs insolents : qu'ils crèvent de misère pourvu que les actionnaires de Suez touchent leurs dividendes».


    «Maintenus par un système oppressif au niveau de la bête.»


    Parus entre mars 1956 et avril 1962, les textes de Sartre révèlent une vigueur polémique et un courage peu courants à notre époque ; la vie du philosophe était menacée, son appartement de la rue Bonaparte fut plastiqué à deux reprises par l'OAS. Et il ne s'agissait nullement des pseudo-provocations comme celles d'aujourd'hui, destinées à lancer la vente d'un ouvrage ou à déclencher des invitations à en parler dans les médias...


    En 1957, l'écrivain et essayiste tunisien Albert Memmi publie «Portrait du colonisé» précédé du «Portrait du colonisateur», dont les premiers extraits paraissent dans «Les Temps modernes» et dans «Esprit». Sartre en rend compte dans le numéro de juillet-août des «Temps modernes», dans un article qui servira plus tard de préface au livre d'Albert Memmi.


    Le texte revient largement sur la question de la violence, déjà développée en mars de l'année précédente dans «Le colonialisme est un système». Sartre y souligne notamment : «La conquête s'est faite par la violence ; la surexploitation et l'oppression exigent maintien de la violence, dont la présence de l'armée (...) le colonialisme refuse les droits de l'homme à des hommes qu'il a soumis par la violence, qu'il maintient de force dans la misère et l'ignorance,

    donc, comme dirait Marx, en état de «sous-humanité». Dans les faits eux-mêmes, dans les institutions, dans la nature des échanges et de la production, le racisme est inscrit».


    «Au couple oppresseur-opprimé récurrent dans l'ensemble des articles sartriens se trouve ici corrélé, implicitement, le couple du colonisateur et du colonisé», notera l'historien Mohamed Harbi. L'oppression coloniale parait à la fois économique et idéologique, et la thématique de la «sous-humanité» demeurera au centre des articles que Sartre consacrera à la guerre d'indépendance. Cette violence prend par conséquents divers visages oppressifs. Le philosophe y reviendra au lendemain des accords d'Evian, en avril 1962.Dans un article intitulé «Les somnambules» se lit son amertume, mais aussi sa colère encore vivace : »Il faut dire que la joie n'est pas de mise: depuis sept ans, la France est un chien fou qui traine une casserole à sa queue et s'épouvante chaque jour un peu plus de son propre tintamarre. Personne n'ignore aujourd'hui que nous avons ruiné, affamé, massacré un peuple de pauvres pour qu'il tombe à genoux. Il est resté debout. Mais à quel prix !»


    «Non récupérable», la voix de Sartre dérange encore…


    L'idée de la «sous-humanité» vient du fait que, pour Sartre, les colonisés ont été «maintenus par un système oppressif au niveau de la bête», lequel s'est traduit aussi bien par le déni de droit que par le déni de la culture, contraires au respect des «droits de l'homme» sans cesse invoqués par la France. Un texte fameux insiste particulièrement sur ces thématiques de la

    «violence» et de la «sous-humanité» : il s'agit de la préface qu'il rédige, en septembre 1961, pour «Les Damnés de la Terre» de Frantz Fanon, psychiatre martiniquais qui épouse très vite la lutte indépendantiste algérienne, membre du Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA), animateur d' El Moudjahid clandestin, Fanon s'est déjà fait connaître par les essais «Peau noire, masques blancs» (1952) et «L'an V de la révolution algérienne» (1959). La rencontre -intellectuelle mais aussi fraternelle- entre deux hommes qui deviendront amis marquera l'itinéraire sartrien.


    Fusillez Sartre !» scandèrent des mouvements d’anciens combattants au cours d’une manifestation, en octobre 1960. En juillet 1961 et en janvier 1962, son appartement fut plastiqué. «Où sont les sauvages, à présent ? Où est la barbarie ? Rien ne manque, pas même le tam-tam : les klaxons rythment «Algérie française» pendant que les Européens font brûler vifs des musulmans», écrivait Sartre dans la préface aux «Damnés de la Terre».


    «Non récupérable», la voix de Sartre dérange encore. Elle nous permet de regarder avec moins de honte cette période de notre histoire. Un intellectuel, fidèle à sa conception de l’engagement du clerc, mit sa plume et sa notoriété au service d’une cause qu’il estimait juste. Pour lui, comme pour Francis Jeanson d’ailleurs, cette bataille valait d’autant plus d’être menée qu’elle permettait aux Algériens de ne pas avoir pour toute vision de la France celle d’un Etat dont les parachutistes torturaient dans les prisons. La réconciliation franco- algérienne exigeait aux yeux de Sartre que les Français se confrontent à la réalité de leur histoire algérienne : «Vous savez bien que nous sommes des exploiteurs. Vous savez bien que nous avons pris l’or et les métaux, puis le pétrole des «continents neufs», et que nous les avons ramenés dans les vieilles métropoles (…). L’Europe, gavée de richesses, accorda «de jure» l’humanité à tous ses habitants : un homme, chez nous, ça veut dire un complice puisque nous avons tous profité de l’exploitation coloniale». Il n’est pas certain, que ces mots des plus jutes du philosophe français soient plus faciles à entendre aujourd’hui qu’en 1962. Et cela d’autant qu’une vague d’islamophobie doublée d’une recrudescence algérophobe ne cesse de

    prendre l’ampleur, amplifiée en cela par des médias de plus en plus féroces lorsqu’il s’agit d’évoquer notre pays.

    Kamel Bouslama


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    https://www.dna.fr/culture-loisirs/2020/08/27/diaporama-la-bravoure-des-turcos


    Il y a 150 ans, la guerre de 1870 La bravoure des turcos

    Dans l'armée française, en Alsace, en août 1870, ont combattu les turcos, autrement dit les tirailleurs algériens. Leur courage a marqué les esprits.


    Par Hervé de Chalendar et Jean-Marc Loos - 27 août 2020 à 05:00 -


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    1. le-camp-des-turcos-c-est-a-dire-des-tirailleurs-algeriens-a-strasbourg-lors-de-la-guerre-de- 1870-ils-etaient-une-attraction-pour-la-population-de-la-ville-dessin-d-emile-schweitzer- bnus-


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    2. sepulture-du-tirailleur-algerien-mohammed-ben-mansour-mort-le-3-fevrier-1871-des- suites-des-blessures


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    3. Dans l'armée française, en Alsace, en août 1870, ont combattu les turcos, autrement dit les tirailleurs algériens. Leur courage a marqué les esprits.


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    4. Dans l'armée française, en Alsace, en août 1870, ont combattu les turcos, autrement dit les tirailleurs algériens. Leur courage a marqué les esprits.


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    http://moroccomail.fr/derniers-jours-avant-lindependance-de-lalgerie/

    Derniers jours avant l’indépendance de l’Algérie

    admin 27 août 2020 Algérie


    Éléments de témoignage de Pierre Le Baut sur la période allant des Accords d’Évian, le 19 mars 1962, au 1er novembre 1962


    8e anniversaire du début de la guerre d’indépendance algérienne.


    Champignons sur lit de fumier


    J’ai entendu dire récemment que des champignons comestibles et savoureux naissaient, et se développaient sur un lit de détritus, de crottin de cheval par exemple. Cela ne rend pas comestible pour autant les détritus. On peut et on doit penser et dire que le système colonial était intrinsèquement pervers et qu’il fallait le combattre. Et l’on ne peut le défendre implicitement en soulignant qu’il a eu quelques effets positifs. Ce n’est pas pour autant la condamnation individuelle de tous ceux qui sont nés dans cette condition de colons.


    Brefs jalons biographiques


    En 1882, mes arrière-grands-parents maternels ont quitté leur petit village pauvre des Assions pour se joindre à un convoi de trente six autres familles de l’Ardèche convaincues d’aller trouver un meilleur sort en Algérie, une petite concession territoriale leur étant octroyée à condition d’y résider et d’y travailler personnellement la terre durant au moins cinq ans avant d’en devenir propriétaires.


    Ils s’établirent à Azazga, en petite Kabylie. Mon arrière grand-père, Alexis Roche, y est mort des fièvres en quelques mois. Ma grand-mère, Mathilde-Sophie, âgée de 14 ans était restée en France. Elle ne rejoignit sa mère qu’après avoir passé son Brevet et le concours des Postes en 1886. Affectée à Alger à sa demande, elle y rencontra mon grand-père, Urbain-François Estorc, originaire de l’Aude, qui, à la fin de son service militaire dans les transmissions (sémaphore) au Sahara, avait choisi de rester en Algérie, fonctionnaire aux PTT. Il y finit sa carrière comme Receveur des Postes à Blida.


    Ma mère, Jeanne, fit de brillantes études secondaires et supérieures à Alger où elle obtint une licence de sciences en 1919.


    Mon père, Joseph, Breton de la région de Quimper, après son service militaire et quatre années de guerre, de 1911 à 1918, passa en Sorbonne deux licences de Lettres (français-latin- grec) et d’Histoire-Géographie, à la suite de quoi il fut nommé à Blida, où il rencontra ma mère, où naquirent mon frère Yves en 1923 et moi en 1925. Nos parents furent bientôt, en 1928, nommés à Philippeville – Skikda où ma mère devint directrice du Collège de jeunes filles et mon père professeur au Collège Colonial de garçons.


    Ma mère mourut en 1938 à l’âge de 39 ans, de maladie de cœur[1]. À sa demande, mon père fut nommé à Alger pour se rapprocher de nos grands-parents maternels retraités. Mon frère passa le concours de l’Ecole Navale, entra dans la marine, et moi, avec une licence de

    philosophie passée par précaution sur insistance de mon père, je rejoignis les dominicains de Paris pour huit années de noviciat et d’études de philosophie et de théologie, couronnées par une licence de philosophie scolastique et un lectorat de théologie.


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    Au terme de ces études j’eus la surprise et la joie d’être assigné au couvent d’Alger, alors que le Père Congar [2] m’avait fait entreprendre l’étude du russe pour le seconder dans son apostolat œcuménique. À 30 ans me voici de retour à Alger, benjamin d’un couvent d’une quinzaine de religieux, prédicateurs de leur métier dans l’Eglise : “Frères prêcheurs” est leur dénomination officielle.

    C’était en 1955, au début donc de la guerre d’Algérie. Je commençai par y être aumônier du lycée Émile-Félix Gautier (Omar Racim aujourd’hui) où j’avais fait mes études, où mon père avait enseigné, puis aumônier de la Paroisse Universitaire où je retrouvai certains de mes anciens professeurs.


    À Alger, les dominicains étaient alors politiquement à peu près tous dans la mentalité des Français d’Algérie, à savoir … pas très proches de la révolte algérienne contre la colonisation

    !


    Après les événements du 13 mai 1958, l’hystérie du Forum, notre Prieur, que nous venions d’élire pour trois ans, homme très libéral, venant des Editions du Cerf à Paris, ne supporta pas l’atmosphère ni de la ville, ni du couvent, et demanda à être relevé de ses fonctions “pour raisons de santé”. Il fallut procéder à de nouvelles élections, car chez les dominicains, ordre très démocratique, tous les supérieurs sont élus, pour trois ans, renouvelable une fois. J’étais le plus jeune, 33 ans, et le seul “pied-noir” de la communauté.


    Lorsqu’il fut question de m’élire, je déclarai au Père Provincial, mon supérieur, que je ne pourrai jamais assumer cette responsabilité avec un certains nombre de Pères plus âgés et par trop impliqués dans la mentalité Algérie française. Il me promit de leur donner une nouvelle assignation si j’étais élu.


    Et je fus élu le 15 octobre 1958. Le Provincial m’envoya un mot me félicitant et m’assurant qu’il tiendrait parole. Dans les jours qui suivirent, les cinq Pères “ingouvernables” par moi furent assignés à d’autres couvents en France.


    Me voici donc, supérieur de la communauté, “Prieur” et chargé entre autres de la Prédication du dimanche à la Messe radiodiffusée d‘Alger.

    J’assumerai cette prédication pendant une bonne dizaine d’années – j’ai conservé le texte de 250 sermons de cette période – avec tous les problèmes qu’elle pouvait soulever de fidélité au message de l’évangile, mais aussi de témoignage dans une situation compliquée, avec un auditoire considérable et dans l’ensemble hostile à l’idée d’indépendance, hostile également aux positions de l’archevêque, futur Cardinal Duval, dont j’avais la pleine confiance.


    Durant toutes ces années, mon père vivait seul dans son appartement du centre ville, rue Hoche. Très sincèrement pieux et ouvert au nom de l’évangile à l’émancipation de l’Algérie et des Algériens. Il faisait partie des Conférences Saint Vincent de Paul, visitait les malades et blessés à l’Hôpital de Mustapha, condamnait toutes les violences, dont celles de l’OAS !


    Il continuait ses activités ordinaires, faisant tous les jours son marché à Clauzel ou à Meissonnier, se rendant au Marché de Chartres chez les brocanteurs et libraires d’occasions, et chaque semaine sur la tombe de ma mère au cimetière de Saint Eugène. Il restera à Alger tant que sa santé le lui permettra, jusqu’en 1966.


    Âgé alors de 75 ans il se rapprochera de la belle famille de mon frère, à Nantes. Depuis des années, il tenait son Journal qu’il appelait son diaire, très régulièrement une page de sa fine écriture régulière sur des Agendas, type agendas des grands magasins : Bon Marché, Galeries Lafayette, etc. J’en ai récupéré une vingtaine. Il y rapportait les événements quotidiens.


    C’est une source rare par sa continuité et un repère pour nos mémoires défaillantes.


    De mon côté, au Couvent, je tenais une Chronique quotidienne comme c’est la coutume dans presque tous les couvents, relatant les événements marquants de la communauté, les différentes prédications des Pères et de l’actualité très mouvementée de cette période. On peut donc y suivre, au jour le jour, la vie algéroise pendant ces années tumultueuses de la guerre d’Algérie.


    J’y noterai plusieurs événements significatifs. Ce sont là deux sources distinctes et convergentes qui permettent de revivre cette période.


    Relevé dans le diaire de mon père :


    Samedi 17 mars : Vers 5 heures, 4 explosions dans le voisinage. Grève généralisée après les attentats d’El-Biar (école). Pharmacies particulièrement visées (préparateurs musulmans, précisera la radio à midi). Postant mes lettres à la Poste de la rue Meissonnier après un tour à Clauzel, abordé par un Kabyle qui me félicite de mon geste de charité pour un mendiant indigène. Le cessez-le-feu est toujours en pénible gestation. Que va-t-il en résulter ?


    Geste rare, en effet, et sans doute “choquant” pour certains prétendus bons chrétiens…


    Le dimanche 25 mars Monseigneur Duval prêche à la radio. À son arrivée plusieurs fidèles (une cinquantaine) n’entrent pas à la chapelle ou en sortent. L’Archevêque n’ose pas lire le télégramme qu’il vient de recevoir du Vatican, qui disait :


    « Les événements douloureux qui ensanglantent l’Algérie viennent altérer la satisfaction que nous avions ressentie à la signature des accords qui annonçaient la paix tant attendue. STOP. À la pensée des nouveaux deuils frappant les populations de cette terre qui nous est si chère et

    où tant d’énergies se sont heureusement dépensées, nous supplions Dieu de ramener la concorde dans les esprits. Que les cœurs s’ouvrent aux exigences de la conscience et que cessent ainsi les combats fratricides. STOP. Invoquant la divine miséricorde sur toutes les victimes, nous vous envoyons ainsi qu’aux familles et à tous vos fils en Dieu une très paternelle bénédiction apostolique. JEAN XXIII, pape. »


    On ne pouvait plus clairement condamner, bien qu’en termes ecclésiastiques, les tenants de l’OAS et rappeler à une conscience chrétienne les tenants du système colonial.


    Le futur Jean XXIII, cardinal Roncalli, Nonce Apostolique à Paris était venu à Alger en 1950 et avait prêché à la messe radiodiffusée de Sainte Elisabeth. Mon père y était et s’en souvint. J’en ai une photo.


    Vendredi 13 avril : Je suis assez soucieux de la cotisation OAS qu’un collecteur est venu récemment demander, en mon absence. Un tract dans ma boite aux lettres fixe la cotisation familiale à 20 NF par mois. Je suis fermement décidé à la refuser, mais ne suis pas tranquille sur les conséquences. … Je vais à la Poste Meissonnier pour acheter des timbres. A mon retour, grosse foule autour d’une auto où vient de se faire un attentat, puis, pendant ma sieste, vers 15 h. 4 coups de feu. Nouvel attentat sur une auto occupée par des musulmans rue Michelet.


    Samedi 28 avril : Vers 11 h.15, 5 détonations toutes proches me font sursauter et m’écrier : “Pitié mon Dieu pour la victime de ce nouvel attentat ajouté à tant d’autres”. Dans la rue, Jean-Claude Vénézia qui me raconte la mort de sa cousine, tuée mercredi à son balcon par une balle, lors d’une opération des CRS dans son quartier (Champ de manœuvres), la quarantaine, non mariée, vivant avec son père, 92 ans. Pitié !


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    Archives personnelles


    Dimanche 29 avril : A Ste Elisabeth, puis avec Pierre au couvent, où 140 carreaux ont été brisés et les portes endommagées par le plastiquage d’une villa voisine… A la Conférence Saint Jean de Dieu, Mr Casso m’apprend que notre confrère Garcia a été tué hier de balles dans la tête. Il est à la morgue. J’y vais aussitôt. Il a la tête bandée. Famille en pleurs. Il est revêtu de la robe franciscaine qu’il avait recommandé à son fils Gabriel de demander à Mr Zipcy s’il lui arrivait malheur. C’est lui pour qui j’ai crié hier : “Pitié mon Dieu” en entendant les coups de feu dans le voisinage. Qui l’a tué ? Personne n’ose même le demander. FLN ou plutôt OAS !


    Jeudi 3 mai : Messe à 7 h. Bilan catastrophique de la journée d’hier, la plus meurtrière de la “guerre d’Algérie” : 120 morts et autant de blessés, la plupart dockers, touchés devant le Centre d’embauche par l’explosion de la voiture “infernale”, qualificatif employé par le Haut Commissaire Christian Fouchet dans son allocution de ce soir où il donne un sérieux avertissement aux “Français et chrétiens d’Algérie”.


    Samedi 5 mai : Passant rue Michelet j’aperçois un rassemblement au dessus de la rue Pichon : j’ai le pressentiment d’un attentat, et de fait, au milieu de la rue, lamentable, un pauvre corps de musulman qui vient d’être abattu et dont personne n’ose s’approcher.


    Ce que mon père n’écrit pas là, mais qu’il m’a dit, ce jour-là ou un autre, c’est qu’il avait eu le geste (je dirais presque le courage, en fonction de l’attitude des autres passants) de s’agenouiller en pleine rue devant le corps d’une victime musulmane de l’OAS…


    Relevé dans la chronique conventuelle.


    Dimanche 27 mai : Pendant le week-end, 21 écoles d’Alger ont été incendiées : c’est sans doute ce qu’on appelle la défense du bien commun ! Cet après-midi, les jeunes de notre paroisse, fils des meilleures familles ( !) devant partir le lendemain en métropole sont venus saccager et détruire le foyer paroissial installé cet hiver, “pour qu’il ne tombe pas entre les mains des fellouzes”. Cela en dit long sur la mentalité collective algéroise (et l’efficacité de notre prédication).


    samedi 9 juin : Il ne reste rien des 500.000 volumes de la Bibliothèque des facultés et le bâtiment central de l’Université est détruit à peu près totalement. Depuis 15 jours 48 écoles à Alger ont été incendiées.


    Je note ici une anecdote très personnelle que je n’avais pas signalée dans la Chronique du couvent.


    Il est des jours, en effet, où des écailles vous tombent des yeux. Ce fut le cas pour moi le 5 juillet 1962, fête nationale de l’indépendance algérienne, après le référendum du 2 juillet. Dans l’euphorie de cette paix et pour participer à la liesse populaire, dans la matinée, je décidai d’aller me mêler à la foule algérienne et de parcourir la ville. Je descendis donc des hauteurs du chemin Laperlier et en arrivant au Carrefour Télemly Saint-Saëns, en haut de la rue Claude Debussy, je fus doublé par un camion débâché, empli de jeunes filles algériennes, arborant des drapeaux vert et blanc et lançant à gorge déployées leurs youyous triomphants. Je dois dire que j’étais en costume dominicain, c’est-à-dire en grande robe blanche, rappelant

    celle des Pères Blancs, et donc symbole d’une mission de conversion. En me voyant, ces filles enthousiastes me gratifièrent d’un immense et collectif “bras d’honneur” qui disait bien ce qu’il voulait dire ! Le coup fut tel pour moi, vêtu surtout de ma bonne conscience d’européen libéral, que je réalisai en un instant ce que signifiait objectivement mon costume et que j’étais l’incarnation du troisième des trois M qui symbolisent la conquête coloniale :


    Militaires, Marchands, Missionnaires ou les trois C : Conquête, Commerce, Conversion.


    Aussitôt, je revins sur mes pas, remontai au couvent et m’habillai en civil. Je redescendis en ville et traversai tout Alger de la rue Michelet à la Place du Gouvernement et la basse Casbah, entrainé par une foule rayonnante de joie et de fierté.


    Le lendemain je notai seulement dans la Chronique conventuelle:


    Vendredi 6 juillet : Hier soir message en français du Pape présentant ses vœux à l’Algérie indépendante. Dans la nuit la statue équestre du Duc d’Orléans, de la Place du Gouvernement, a disparu[3] ! Ce matin la Cathédrale a été envahie par un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants musulmans qui en ont fait le tour à l’intérieur avec quelques youyous. La force locale les fait évacuer. Hier la statue de Jeanne d’Arc, près de la Poste, était revêtue d’un voile blanc, coiffée d’un foulard vert et brandissait le drapeau algérien ! La statue du Maréchal Bugeaud, place d’Isly a été, elle aussi, enlevée.


    Jeudi 19 juillet : La Loi électorale de la Constituante est publiée ce matin. Sur 196 députés il y aura 16 députés européens, dont 3 pour Alger. Chez les européens seront électeurs les natifs d’Algérie ou ceux qui y séjournent depuis au moins 20 ans. Dans la communauté dominicaine seuls seront concernés le Père Chavanes et moi-même.


    [Ultérieurement, pour avoir droit à la nationalité algérienne au titre des Accords d’Evian, il faudra et suffira d’avoir été inscrit sur les listes électorales. Le Père Chavanes et moi-même en ferons la demande et obtiendrons ainsi la double nationalité.]


    Mardi 24 juillet : Hier soir, fusillade en ville en divers points. Affolement dans la population européenne. Les plus accrochés à l’Algérie songent à partir si le désordre continue.


    Mercredi 25 juillet : Déclaration épiscopale à la radio : Mgr Duval proteste contre les elections à l’encontre des européens.

    Vendredi 3 août : Arrivée “délirante” de Ben Bella et du Bureau politique à Alger sous les applaudissements, les youyous et les cris de Ben-Bella-Ya-Ya.


    Jeudi 16 août : Les journaux publient un appel du Pape pour la paix en Algérie.


    Vendredi 17 août : nous recevons l’abbé Schiano, curé de Staouéli, desservant la paroisse de Guyotville depuis que son presbytère a été détruit par l’OAS et son église pillée par les musulmans !


    Mercredi 29 août : Le Père Le Baut déjeune chez Mgr Mercier, évêque du Sahara. Dans l’après-midi, fusillade en Casbah entre patrouille de la willaya IV et commando de Yacef Saâdi. Couvre feu à 20 heures. Manifestations populaires sur le ton de “Ça suffit”.

    Vendredi 31 août : Meeting populaire organisé par l’UGTA sur le thème : “Sept ans de guerre, ça suffit !”


    Mardi 4 septembre : Arrivée massive au Couvent de locataires musulmans pour nos chambres d’étudiants. 8 depuis hier. Demain nous afficherons “complet” avec 21 ou 22 locataires (dont un seul européen), mais pour la plupart de ces messieurs qui ne travaillent pas encore ou ne sont pas encore payés, reviennent du maquis ou sortent de prison, il faudra diminuer le prix de la location…


    Mercredi 5 septembre : la crise politique algérienne est (provisoirement ?) terminée : Alger, ville démilitarisée, les willayas réconciliées, le Bureau politique réinstallé.


    Jeudi 20 septembre : Elections à la Constituante (liste unique FLN) et référendum donnant ses pouvoirs à cette assemblée.


    Mercredi 3 octobre : Mgr Jacquier communique “sub secreto” au Père Prieur, le 1er volume des schémas de constitutions qui seront soumis au Concile, pour avoir son avis éclairé de théologien.


    Jeudi 11 octobre : Ouverture du 2e Concile du Vatican.


    Samedi 3 novembre : Hier, l’ancienne Cathédrale d’Alger est redevenue Mosquée (Ketchaoua). On y a célébré solennellement la prière du Vendredi.


    Il faut se souvenir que la Cathédrale d’Alger avait été construite à l’emplacement et avec les matériaux d’une mosquée. Juste retour des choses donc !


    Samedi 10 novembre : Les journaux annoncent l’assassinat de la Supérieure des sœurs missionnaires de Marie, à Hydra. Le motif semble être le vol…


    Le 4 décembre, le Père Chavanes inaugure une série de 5 conférences sur le thème : Islam et christianisme.


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    Lettres du Cardinal Duval à Pierre Le Baut

    Après mon élection comme Vicaire Provincial du Monde Arabe. Archevêché d’Alger.

    Rome, le 10 avril 1970. Mon bien cher Père,


    Je regrette que vous abandonniez la responsabilité des émissions. Je reconnais cependant que vous êtes extrêmement chargé de travail ; à cause de cela seulement je n’insiste pas. Je vous parlerai de votre remplacement à mon retour de Rome. En attendant, je vous confie que nous avons pensé au Père Claverie. Vous me direz si ce choix aurait votre agrément.


    Il est de mon devoir de vous dire la reconnaissance de l’Eglise d’Algérie et ma reconnaissance personnelle pour ces 12 années de dévouement à nos émissions catholiques. Vous avez su, en notre situation particulièrement délicate, unir une discrétion nécessaire à un authentique témoignage. Un désir : que vous acceptiez que votre successeur vous conserve dans la liste des prédicateurs, dans la proportion que vous souhaiterez.

    Bien votre affectueusement en N. S.

    † Léon Etien. Duval.

    Deux mois après mon départ d’Alger, lettre au Père Voreux, nouveau supérieur des dominicains d’Alger.


    Archevêché d’Alger.

    Alger, le 26 novembre 1972. Mon bien cher Père,

    … Je garde pour notre ami commun toute mon estime, ma reconnaissance et une affection sincère ; je lui demeure uni par la prière ; en toutes circonstances il pourra compter sur moi.


    Veuillez agréer, mon bien cher Père, l’expression de mon cordial attachement en N.S.

    † Léon Etien. Duval.


    Sept mois après mon mariage.


    Archevêché d’Alger. Alger, le 20 avril 1973. Bien cher ami,


    Aujourd’hui je reçois cette lettre qui vous est destinée. Je m’empresse de vous la faire suivre. Je profite cde cette occasion pour vous dire que je vous garde une vive gratitude pour le bien que vous avez fait à Alger et en Algérie. Si nous avons eu – ce qui est normal – des points de vue différents, ce fut sur des points secondaires ; pour l’essentiel je me suis toujours senti soutenu par vous. Croyez que je vous garde une bien sincère affection, et que, au plan de la pensée, du cœur et de la prière, je considère qu’il n’y a rien de changé entre nous.


    Je vous souhaite une bonne fête de Pâques et vous présente, bien cher ami, l’expression de mes sentiments les plus cordialement dévoués.


    † Léon Etien. Duval.

    1. Plusieurs années après l’indépendance, son portrait était encore au mur du bureau de la Directrice du collège de jeunes filles de Philippeville et me fut rendu par le nouveau principal des deux collèges : Jean Delanglade.

    2. L’un des initiateurs de l’œcuménisme catholique, dont j’avais été l’élève et le disciple, expert au Concile Vatican II et futur cardinal.


    3. Cette statue est réapparue de longues années plus tard, à Neuilly, Place du Duc d’Orléans, installée par le Maire Achille Peretti en 1981 !


    Source : Pierre Lebaut


    Tags : Algérie, Guerre d’Algérie, guerre de libération, FLN, colonisation, indépendance,


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    Contributeur


    UN DOCUMENT D’HISTOIRE EXCEPTIONNEL

    Mission C. Histoire d’une répression

    Roger Le Doussal Fauves Editions


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    Année : 1961-1962. Alger, la deuxième ville de France (à l’époque) et Oran sont le théâtre d’un nombre considérable d’actions violentes ou terroristes plusieurs milliers de morts, blessés et disparus orchestrées, revendiquées ou non, par des forces redoutables : FLN, OAS, milices proches du pouvoir politique à Paris, et parfois éléments militaires.


    Aucun ouvrage n’a jamais évoqué, avec autant de précisions et de façon aussi clinique, ce climat de violence, notamment à Alger, qui fait encore frémir, rétrospectivement, ceux qui l’ont connu.

    Pour le réduire, le Général de Gaulle concentrera tous les moyens légaux et illégaux dans une lutte exclusive contre l’OAS. Malgré les succès obtenus par les services de police spécialisés agissant dans le cadre de la Loi (Mission C), il sera aussi fait recours à des méthodes particulièrement révoltantes et condamnables : enlèvements, tortures, meurtres, tribunaux exceptionnels, justice expéditive, fusillades.


    Cette dérive ira jusqu’à conduire cette frange du Pouvoir gaulliste à pactiser avec le FLN, l’ennemi de 8 ans, et surtout à absoudre cette organisation de tous les enlèvements et disparitions dont elle s’est rendue coupable dans les derniers mois de la présence française en Algérie.

    Avec l’analyse de documents et témoignages inédits en appui, Roger Le Doussal, haut fonctionnaire de police, profondément légaliste, condamne tous les terrorismes, regrette qu’ils n’aient pas été réprimés avec la même rigueur, et surtout, s’insurge contre le voile jeté par les autorités françaises et algériennes (encore aujourd’hui) sur les enlèvements et le tragique destin des disparus


    La "mission C" (éditeur)

    Alger, décembre 1961 - juin 1962

    De Gaulle contre l'OAS. Histoire d'une répression Roger Le Doussal

    DOCUMENT


    P673#yIS1


    La «mission C» (comme choc) est le service de police judiciaire qui, de décembre 1961 à juillet 1962, participa en Algérie à la lutte sans merci que le général de Gaulle conduisit contre l'OAS, en réplique à celle que cette organisation terroriste menait contre sa politique et sa personne.


    Restituant l'apocalyptique climat de guerre civile des derniers mois de la souveraineté française en Algérie, ce livre éclaire certains sujets qui continuent à faire polémique : la mission C a-t-elle torturé ? Quelle fut la nature de ses rapports avec les barbouzes ? Et avec le FLN, ennemi avant le cessez-le-feu du 19 mars 1962 et «allié» ensuite ? Pourquoi n'a-t-elle joué aucun rôle dans la recherche des quelque 1800 européens enlevés par le FLN à partir d'avril, en violation des accords d'Evian ?


    Roger Le Doussal


    Directeur de I'Inspection Générale de la Police Nationale en 1989, Roger Le Doussal a été dix ans commissaire de police en Algérie. Il a publié ses Mémoires aux éditions Riveneuve en

    2011. Il est président de la délégation « Guerre d'Algérie » de la Société Française d'Histoire de la Police.


    Broché - format : 15,5 x 24 cm

    ISBN : 979-10-302-0337-0 • 28 mai 2020 • 560 pages

    EAN13 : 9791030203370 EAN PDF : 9791030213379 EAN ePUB : 9791030217896

    Prix : Broché 30,00€


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    LE DOUSSAL (Roger)

    Directeur de l'inspection générale des services (préfecture de police) directeur, chef de l'inspection générale de la police nationale

    Né le 19 août 1929 à Lorient (Morbihan). Père mort pour la France en 1940. Maître d'internat. Licencié en droit (Faculté de Rennes - 1951). Diplômé d'études juridiques nord-africaines (Alger - 1953). Commissaire de police (12 mars 1952), affecté en Algérie, à Laghouat (1952), à Bou-Saada (1953), puis aux Renseignements généraux à Bône (1954-1960) et à la direction de la sûreté nationale en Algérie, à Alger (1er mars 1960).


    Commissaire principal (16 mars 1961).

    Affecté à la direction des Renseignements généraux de la Sûreté nationale : au siège à Paris (1er février 1962) ; au service des renseignements généraux à Toulouse (16 mars 1962) ; au 2ème groupe des "affaires politiques" - section politique générale - à la sous-direction de l'information à Paris (1er décembre 1963) ; chef du service départemental des renseignements généraux des Vosges à Epinal (16 janvier 1966) ; adjoint au chef du service des renseignements généraux de Menton - secteur Frontière - (1er septembre 1969), de Nice (1er septembre 1970).

    Commissaire divisionnaire (16 juillet 1973).

    Chef d'état-major de la direction centrale des renseignements généraux à Paris (27 juillet 1973). Commissaire divisionnaire à l'échelon fonctionnel (1er janvier 1976).

    Chargé de la sous-direction de l'information politique générale (22 septembre 1975). Contrôleur général des services actifs de la police nationale (10 décembre 1976).

    Sous-directeur des courses et jeux à la direction centrale des renseignements généraux (22 février 1982). Chargé de mission à la direction centrale des renseignements généraux (9 octobre 1984). Chargé de mission à l'inspection générale de la police nationale (1er avril 1985).

    Inspecteur général des services actifs de la police nationale (15 juin 1986). Directeur de l'inspection générale des services à la préfecture de police (2 août 1986) et adjoint au chef de l'inspection générale de la police nationale.

    Directeur, chef de l'inspection générale de la police nationale (17 août 1988). Admis sur sa demande à faire valoir ses droits à la retraite le 20 avril 1989. Ancien membre du conseil d'orientation de l'Institut des hautes études de la sécurité intérieure. Conseiller pour la sécurité au cabinet du directeur général de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (1989-1995).


    Sources : Annuaires du SCHFPN 1971, 1986 - Eléments fournis par R. Le Doussal -


    Photographie : cliché personnel fourni par R. Le Doussal (tous droits réservés)


    Ouvrages (dont il est l'auteur) : La sécurité à l'hôpital, Paris, éditions ESF, novembre 1992


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    Contributeurs


    28 aout 2020, Toulon


    RAPPEL - Jean-Marie Le Chevallier est sur le point de le baptiser un carrefour en hommage au général Raoul Salan qui participa au putsch d'Alger.

    Le 25 décembre 2000 Jean-Marie Le Chevallier, le maire de Toulon à moins de trois mois des élections municipales, il a décidé de baptiser un nouveau carrefour de la préfecture du Var du nom de Raoul Salan, ce général qui participa au putsch d'Alger, en 1961.


    Selon la mairie, l'inauguration du carrefour Raoul-Salan pourrait avoir lieu dès le mois de février 2001.


    Jean-Marie Le Chevallier a justifié son choix en expliquant que Raoul Salan avait participé à la libération de Toulon, en août 1944, alors qu'il était colonel dans l'armée du général de

    Lattre. A propos de son action en Algérie, le maire a fait valoir que l'officier supérieur, condamné à mort par contumace puis à la perpétuité, « a été amnistié en 1968, et rétabli en 1982 dans son grade et ses prérogatives par le président François Mitterrand». A cette époque, l'ancien président de la République avait dû mettre tout son poids dans la balance pour faire adopter par la majorité de gauche à l'Assemblée nationale l'amnistie totale visant à effacer les séquelles de la guerre d'Algérie.


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    https://laviedesidees.fr/Histoire-du-mot-musulman.html


    Histoire du mot « musulman »


    par Marie-Claire Willems , le 28 août


    Que désigne le mot « musulman » ? Une religion, une origine, une culture ? Pour envisager cette question complexe, il faut mesurer le poids historique du terme en contexte colonial, recouvrant stigmatisation et retournement du stigmate.


    D’après les chiffres qui circulent, il y aurait en France plusieurs millions de musulman.es, dont une majorité est de nationalité française, l’islam étant considéré comme la deuxième religion du pays


    . Cette affirmation, fréquemment relayée et commentée dans les médias, parait à première vue ordinaire. Mais qui au juste est ainsi comptabilisé ? Quantifier le nombre de musulman.es nécessite de savoir qui est représenté.e comme le ou la musulman.e en France, et il s’agit pour cela de pouvoir définir le terme. Être musulman.es, est-ce s’affilier — ou être affilié.es — à une religion, une culture, une origine ? Dès lors, sommes-nous bien certain.es de traiter d’islam ou plutôt d’assignations ethnico-raciales ?


    Rappelons-nous ce fameux « musulman d’apparence […] bien que catholique » mobilisé par Nicolas Sarkozy lors des meurtres perpétrés par Mohammed Merah


    ; il s’agissait de traiter d’une « apparence » c’est-à-dire de traits phénotypiques, et éventuellement d’une origine supposée qui n’était pas en lien avec une religion puisqu’ici l’individu était catholique. Durant mon enquête


    , « l’origine » et la religion ont souvent été mises en relation. « T’es un Arabe, t’es d’origine musulmane, c’est un tout, ça va avec », explique un enquêté lorsque je lui demande s’il se considère comme musulman. Pour lui, la foi individuelle ou l’athéisme n’ont aucune influence sur le fait d’être identifié en tant que musulman. « Les gens refusent de nous appeler des Français et c’est tout, donc on est toujours d’origine musulmane, fils de l’immigration, beurs ou musulmans, c’que vous voulez, et surtout quand on s’appelle Mohammed et qu’on a une tête d’Arabe. Mais dire qu’on est tout simplement Français, non, parce que de part et d’autre d’ailleurs, un Français ne peut être que, comme dit le Général de Gaulle, blanc, chrétien, de culture gallo-romaine et européenne. » Ces extraits d’entretien sont tirés de ma recherche doctorale effectuée entre 2010 et 2016 sur l’identité musulmane. En se centrant sur la signification du mot « musulman », elle propose une vision synchronique traitant des différentes mobilisations du qualificatif dans l’identification de soi en tant que musulman.es, et une autre diachronique analysant la trajectoire socio-historique de la catégorie et les significations du terme. On se propose donc ici de démêler les usages multiples et ambivalents du mot « musulman ». Sans chercher à en donner une « bonne » ou « vraie » définition, on envisagera un ensemble d’hypothèses quant à sa signification. À quels moments le mot est-il apparu ? Pourquoi un sens prévaut-il plutôt qu’un autre ? Tout au long de ce voyage socio- sémantique au cœur du mot « musulman », on interrogera les types de catégorisation construits historiquement, les évolutions du sens et des représentations.


    Remonter le fil de l’histoire


    Une étymologie questionnée ?


    « Musulman » est considéré comme la traduction courante de muslim/« ُﻢﻠﺳْ م » tiré du Coran ; il existe néanmoins une différence entre être muslim dans le Coran et être musulman tel que le terme est employé aujourd’hui en France. Muslim en langue arabe et coranique signifie

    « (celui) qui se soumet (à Dieu) » ou selon Jacques Berque « celui qui s’en remet ». Il est toutefois envisageable de rencontrer des individus en France qui se présentent ou sont présentés à la fois comme musulmans et athées. Par exemple, certaines personnes se définissent d’origine et/ou de culture musulmane alors que d’autres se caractérisent uniquement de religion musulmane. Un terme identique pour des significations différentes.


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    Revenons donc à l’étymologie du mot. Prenons deux extraits de traduction d’un même verset du Coran d’où est tiré muslim (Verset 78, Sourate 22) : « C’est Lui qui jadis vous a nommés Ceux-qui-se-soumettent » et « Lequel vous a Lui-même déjà nommés “les musulmans”


    ». Dans la première traduction, c’est la signification étymologique de muslim qui est mobilisée, contrairement à la deuxième qui choisit le qualificatif actuel de « musulman ». Se présenter comme faisant partie de « Ceux-qui-se-soumettent » oriente implicitement vers la question religieuse : à qui l’individu se soumet-il ? Comment et pourquoi se soumet-il ? À l’inverse, en utilisant directement le terme « musulman », le groupe se voit préalablement constitué et porte un nom : « les musulmans ».


    De l’impossibilité historique de traduire muslim


    Interroger la (non) traduction vient aussi mettre en lumière un mystère avec le qualificatif

    « musulman ». Alors que le terme « islam » est mobilisé sans traduction en français, nous pouvons nous demander pourquoi muslim ne l’est pas. Il s’agit de préciser dans le cas présent que ces deux termes sont directement employés en anglais ou encore en allemand. Cette translittération n’a jamais eu lieu ni en latin ni en français.


    D’un point de vue théologique, « être muslim » ne doit pas être considéré seulement comme un mot. En langue arabe et coranique, c’est un concept. Adam est un muslim et, selon la tradition religieuse, tous les êtres humains sont muslim/musulmans avant leur naissance, quoi qu’ils deviennent ensuite. Tous les prophètes cités dans la Bible ou dans la Torah sont muslim dans le sens de « s’en remettre (à Dieu) », autant que les éléments de la nature. De l’avis de certaines écoles religieuses, « être muslim » se situe au-delà d’une appartenance effective à une confession. Néanmoins, si le concept « muslim » porte sur le croire et est directement lié à

    Dieu dans le récit coranique, telle n’est pas l’interprétation qu’en ont faite les premiers commentateurs du Coran en Europe.


    Différentes étiquettes ethnico-raciales


    Alors que le terme « musulman » est aujourd’hui considéré comme la traduction de muslim apparu en langue arabe et coranique au VIIe siècle, il n’existe pas en français avant le XVIe. Pourquoi ce terme met-il neuf siècles à se manifester ? N’interprétons pas cette absence comme un vide. Divers qualificatifs sont venus catégoriser celles et ceux que l’on définit a posteriori comme des musulman.es.


    Au Moyen Âge, le terme « sarrasin » ne définit pas le groupe par son appartenance religieuse à l’islam. La catégorie « sarrasin » est avant tout une étiquette ethnique. Pour John Tolan,

    « islam » et « musulman » étaient quasi inexistants jusqu’au XVIe siècle : « Les auteurs chrétiens désignaient plutôt les musulmans par des termes ethniques : Arabes, Turcs, Maures, Sarrasins. Ils parlent souvent d’”Ismaélites”, les descendants de l’Ismaël biblique, ou d’Agaréniens (d’Agar, la mère d’Ismaël). Et pour désigner leur religion, de ”loi de Mahomet” ou de ”loi des Sarrasins”. »


    Il est très curieux que la manière dont se désignaient les personnes catégorisées en tant que

    « Sarrasins », et plus tard « Turcs, Ottomans, Maures » n’ait pas été considérée. Le terme

    « indigène » de muslim n’existera pas avant longtemps en France pour dire une affiliation religieuse à l’islam hors de tous présupposés ethnico-raciaux.


    Des musulman.es ou des mahométan.es ?


    « Musulman » apparaît au XVIe siècle en français


    Le mot « musulman » n’apparaît qu’au XVIe siècle en français. D’abord Montssolimans en 1551


    puis Mussulmans en 1553[[Ibid., Belon, Observations…, I.3, chap. 29, f◦.191.v◦ sur le portail Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales.]], il est décliné du turc müslüman ou du persan musulmãn, lui-même emprunt de muslim en arabe avec une adjonction de la terminaison persane « -ãn ». L’ancrage du terme musulman dans la langue française au XVIe siècle parait donc significatif d’un changement des représentations, mais lequel ?


    Plus proche du concept arabe « muslim », les conditions sociohistoriques de l’alliance franco- ottomane ont sûrement favorisé ce passage vers le français. Une majorité des définitions encyclopédiques datant du XVIe et XVIIe siècle font appel au traducteur Leunclavius (1541- 1594) et principalement en ce qui concerne l’histoire de la Turquie.


    Le terme « musulman » porte alors une particularité historique que ne possède aucun des qualificatifs exposés ci-dessus : il marque une plus grande reconnaissance de la nomination de soi. En effet, « musulman » est présenté dans les définitions encyclopédiques comme le nom que se donnent les musulman.es eux-mêmes. Pour le Dictionnaire Universel au XVIIe siècle,

    « C’est le titre que les Mahométans prennent abusivement, qui veut dire en leur langue, vray

    croyans, ou orthodoxe. Un Turc se fait grand honneur d’eftre appellé Musulman. Ce nom a été donné premierement aux Sarazins comme dit l’Eunclavius en ses Pandectes de Turquie


    . » On remarque que muslim y est traduit par « vray croyans », mais ce « vrai croyant » reste considéré comme une définition « abusivement » mobilisée par les « Mahométans » et les

    « Sarazins ». En 1694, dans le Dictionnaire des sciences et des arts, il s’agit du « nom qu’on tient avoir été donné premièrement aux Sarrazins et que les Turcs se font un grand honneur de porter ; il veut dire en leur langue vrai croyant » et dans le Dictionnaire étymologique ou origines de la langue françoise, « nous appelons ainsi un Mahumétan. C’est un mot Turc qui signifie un homme qui croit ce qu’il faut croire ».


    En ce qui concerne Mahométan, il est mobilisé dans la Cosmographie universelle de François de Belleforest en 1575 ou encore dans l’Histoire Universelle d’Aggripa d’Aubigné


    en 1626 avec ses déclinaisons « mahométisme » ou « mahométanisme ». Néanmoins, alors que le terme « musulman » naît en français durant les mêmes périodes historiques que celui de

    « mahométan », et alors que les deux coexistent dans un espace sociohistorique identique, le mot « mahométan » sera davantage utilisé que celui de « musulman ».


    Se représenter différemment la religion


    L’une des raisons de la non-reconnaissance de « musulman », plus proche de la nomination de soi, provient sûrement d’une conception singulière de la religion et souligne toute la difficulté de se représenter un autre différent du « nous ». En effet, « mahométan » est un mot qui dérive de Mahomet, nom donné au prophète de l’islam, il s’agit ici du même procédé que pour

    « chrétien », terme qui est construit à partir de Christ. Ainsi, « Mahométan » devient un terme plus compréhensible puisqu’il vient valider les représentations chrétiennes de la religion.

    Le contexte de la Révolution Française doit aussi être évoqué afin de mieux appréhender la définition confessionnelle donnée à « mahométan ». Alors que la signification de « turc » tend à se « nationaliser » pour ne décrire qu’une appartenance territoriale, les qualificatifs

    « mahométan » et « musulman » se confessionnalisent. Les représentations sociales sur la religion se distancent de celles sur la nation durant cette période historique. L’islam ne fut cependant pas concerné ni par l’Édit de Nantes, encore moins par les régimes concordataires ou par la laïcité de 1905 qui leur succédèrent bien plus tard. Au début du XIXe siècle débutent les migrations du territoire colonial vers la métropole s’accentuant tout au long du siècle, mais ce n’est qu’à partir du XXe siècle qu’arrive une représentation davantage homogénéisée du groupe « musulman ». Cette dernière va définitivement modifier le sens du mot devenant de plus en plus courant.


    Des significations coloniales encore très contemporaines


    Si la période coloniale est déterminante dans la multiplication des usages du mot

    « musulman », il ne faut pas pour autant effacer tout le passé/passif qui la précède. Beaucoup de mots continuent de coexister durant cette période. Le Comité de l’Afrique française en 1895 utilisera par exemple « musulman », « islamisme »


    et « population mahométane » comme des synonymes. Ces derniers sont inscrits dans la catégorie plus large des étrangers

    .


    Devenir « musulman catholique » ?


    Le droit colonial favorise l’émergence d’un sens nouveau au terme musulman et ce, principalement durant la colonisation de l’Algérie, singulière dans l’Empire colonial : elle seule sera divisée en trois départements et elle seule vivra une colonie de peuplement. Dans ce contexte, « musulman » ne décrit pas uniquement l’appartenance à l’islam, il fige les catégories du droit. En effet, les habitant.es « d’origine européenne » sont justiciables du

    « droit civil » et celles et ceux d’« origine musulmane » du « droit indigène ». Dès 1834, et avant le décret Crémieux, le système judiciaire clive deux groupes opposés que sont le groupe

    « musulman » et « juif » face à son autre « français » et « européen ». Paradoxalement, ces catégories ne sont pas symétriques en termes d’interprétation : « musulman » et « juif » se basent sur un référent religieux alors que « français » et « européen » sur un référent national et territorial. Dans ce contexte colonial, musulman va connaitre une signification unique au regard du champ lexical auquel il appartient depuis ses premiers ancrages dans la langue française. C’est en ce sens que la colonisation influe directement sur la réduction progressive des usages de « turc » et « ottoman » au profit de la mobilisation de plus en plus courante de

    « musulman » et « mahométan » en métropole et dans tout le territoire colonial.


    Fixer les catégories du droit


    Néanmoins, « musulman » revêt une signification plus ethnico-raciale et juridique que celle de mahométan. Selon la cour d’Alger en 1903, le terme « musulman » « n’a pas un sens purement confessionnel, mais désigne au contraire l’ensemble des individus d’origine musulmane qui, n’ayant point été admis au droit de cité, ont nécessairement conservé leur statut personnel musulman, sans qu’il y ait lieu de distinguer s’ils appartiennent ou non au culte mahométan » (Weil, 2004 : 354). Cette différenciation entre « des individus d’origine musulmane » et le « culte mahométan » reproduit la séparation entre « être musulman » (donc d’un statut ethnicoreligieux et politique) et « être mahométan ou non » (donc d’une confession). Les conversions religieuses vont singulièrement interroger ce droit : changer de religion, est-ce changer de statut juridique ? La réponse est donnée par le législateur : la conversion religieuse, notamment au catholicisme, n’a aucun impact du point de vue de la législation de l’État colonial. Peu importe la religiosité d’un individu, seule compte une représentation ethnique et raciale de l’appartenance dont les limites sont préalablement fixées.


    Dire « musulman » pour éviter d’autres mots


    La multiplication de l’usage du terme « musulman » cache en fait un autre mot : celui d’

    « Algérien ». Lorsqu’ « Algérien » est mobilisé, c’est uniquement dans son sens territorial, le seul acceptable pour l’État colonial : l’Algérie est française et l’État-nation Algérie n’existe pas. Pour Jacques Dusquesnes, le rapport est clair : « Sur leur propre terre, ils étaient ”les autres”. Et puisqu’on ne voulait plus les appeler Algériens — ce qui eût été reconnaître l’existence d’une Algérie sans liens avec la France, et dont les ”Européens” auraient été exclus — on les nommait ”musulmans”


    . » La France se présentera dorénavant comme une « grande puissance musulmane » en comptabilisant dans sa démographie les populations des territoires coloniaux. Dès la fin du XIXe siècle, une politique singulière nommée « politique musulmane » est directement destinée aux « indigènes », « arabes » et « musulmans », c’est-à-dire en fait en direction d’une

    « population musulmane », expression qui perdurera après les Indépendances. Mais il ne s’agit pas là du seul héritage de la colonisation. Durant la Première Guerre mondiale, le terme

    « musulman » vient caractériser des « soldats musulmans » en nommant une différence et en marquant les troupes coloniales composées d’hommes le plus souvent d’ascendance Nord- africaine et d’Afrique de l’Ouest.


    Cette distinction existe d’ailleurs dans un autre espace/temps et dans une autre langue, l’allemand. Dans les camps de concentration en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale, l’« état de “musulman” » est selon les nazis un « état voisin de la mort » selon les mots de Primo Lévi dans Si c’est un homme : « Tout est prévu, au camp, pour conduire l’individu à la désagrégation totale, à l’état de ”musulman”, terme employé par la plupart des KZ pour décrire le détenu à bout de forces, maigre et décharné, survivant dans un état voisin de la mort


    . » Cette réalité historique doit être soulignée, car dans ce contexte, « musulman » en allemand se présente comme un concept issu de l’univers concentrationnaire


    . La « musulmanisation » et l’« état de musulmanisme » décrivent alors les quelques jours précédant la mort.


    Disparition de « Mahométan »


    Si l’on s’attarde à présent à la nomination de soi, c’est à partir de l’entre-deux-guerres et principalement dans la littérature traitant de l’Indépendance algérienne que le terme

    « musulman » sera davantage mobilisé par les personnes se catégorisant elles-mêmes en tant que musulmanes. Par exemple, l’Association des Étudiants Musulmans Nord-Africains créée en 1928 reprend à son compte les signifiants de « musulman » et « nord-africain ».


    À mesure qu’avance le XXe siècle, de plus en plus d’institutions, d’associations et de fédérations mentionnent le qualificatif « musulman ». « Musulman » devient à la fois mobilisé par le groupe qui nomme l’autre « musulman » et par celui qui se nomme « musulman ». Dans ce contexte, « Mahométan » commence à disparaitre progressivement même si « Mahomet » reste encore d’actualité pour nommer le prophète Mohammed. Pourtant « Mahomet » n’est pas utilisé par les musulman.es, et le prénom Mohammed, aujourd’hui porté par de nombreux Français, est tout à fait accessible à l’entendement.


    Du post-colonial


    Après les Indépendances, le groupe des « Français Musulmans Algériens (FMA) » vient nommer une catégorie coloniale ancienne qui ne devrait plus faire sens : les individus sont soit Français soit Algériens. Mais bien que la catégorie n’ait plus lieu d’exister, a-t-elle vraiment disparu pour autant ?


    Un champ lexical diversifié


    Lorsque Valéry Giscard d’Estaing évoque la création des foyers Sonacotra, son objectif premier est de répondre aux problèmes de logement des « Français musulmans d’Algérie »

    . De « Français Musulmans Algériens » à « Français Musulmans d’Algérie » vers « Français musulmans », il n’y a qu’un pas. Dans le contexte post-colonial, cette expression ne désigne pas des pratiquant.es d’une religion, d’ascendance algérienne et de nationalité française. C’est une catégorie claire venant signifier que les individus sont des descendants des territoires coloniaux. Le qualificatif « musulman » continue inexorablement de rappeler l’histoire.


    Progressivement, les migrations issues des ex-colonies sont marquées par la singularité du mot « musulman ». Elles deviennent une nouvelle « main d’œuvre musulmane », les ancien.nes fonctionnaires spécialisé.es de l’administration coloniale, des spécialistes des

    « affaires musulmanes », des « conseillers aux affaires musulmanes », des « experts en affaires musulmanes ».


    À cette période, d’autres mots vont apparaitre dans le champ lexical du terme « musulman » comme celui d’ « immigré » se différenciant alors d’ « étranger ». Pour le premier, il s’agit de l’ancienne population des colonies devenue en contexte post-colonial des musulman.es mais aussi des Maghrébin.es. Pour le second, il nomme les Italien.nes, Espagnol.es ou Portugais.es. On assiste alors à l’ethnicisation et à la racisation des musulman.es en France.


    La figure du « Maghrébin », de l’« immigré » et de l’ « Arabe »


    En disparaissant, la catégorie des « Français Musulmans d’Algérie » se fond dans celle plus large des nouveaux « Français musulmans » ou « Français d’origine musulmane ». Ce glissement se vérifie par la signification explicite, à compter des années 1980, des expressions de « Seconde et Troisième génération de l’immigration » pour désigner majoritairement les générations descendantes des individus migrants d’Algérie, de Tunisie et du Maroc.


    L’association des musulman.es aux ascendances migrantes, pour la plupart issues d’Afrique du Nord, relève en fait de la construction historique du groupe. Elle vient lier définitivement la figure de l’« immigré », du « Maghrébin » et de l’ « Arabe » à celle du « musulman », au détriment de toutes les autres origines, qu’elles soient majoritaires ou minoritaires en France. Dans ce contexte, « musulman » se charge du poids de l’histoire. Tout le nourrit et tout y revient toujours.


    Ethniciser/raciser les musulman.es ou confessionnaliser les Arabes ?


    À compter des années 1980, le droit d’association élargi aux étranger.es favorise un foisonnement associatif lié à l’islam mettant en avant le terme « musulman » aux côtés de ceux de culte et de culture. En parallèle, l’institutionnalisation de l’islam progresse en France. L’usage du qualificatif revêt alors une signification plus religieuse, mais il s’agit toujours de considérer un religieux spécifique en direction d’une population singulière généralement affiliée aux anciens territoires coloniaux.


    Dans les décennies qui succèdent les années 1980, le terme va connaitre une extrême politisation dans le champ politico-médiatique. Les « problèmes de l’immigration », le

    « communautarisme » ou « l’islamisme » sont au cœur de l’actualité politique et médiatique en France : les débats sur les signes religieux à l’école, sur le voile ou sur la laïcité, sur l’intégration, sur le terrorisme ou la radicalisation reviennent inexorablement. Chargé historiquement et socialement, le mot « musulman » ne peut et n’a jamais pu décrire l’unique pratique d’un monothéisme. Cela empêche l’islam de prendre place en France au-delà du

    problème public. Le groupe « musulman » reste toujours cet éternel étranger, ce qui influe par ailleurs sur l’émergence d’un nouveau type de racisme.


    Musulman.es : confession, ethnicité et race ?

    Les étiquettes ethnico-raciales ont-elles cessé ?


    Lorsque Stefano Allievi étudie la conversion à l’islam en 1998, il précise que la conversion à l’islam fait passer dans le camp de l’étranger même lorsque la personne est autochtone

    . Ce même constat est formulé vingt ans plus tard par Juliette Galonnier qui analyse la manière dont l’individu considéré blanc en France et aux États-Unis devient racialisé à partir du moment où il/elle se convertit à l’islam. On peut donc se demander si l’association de l’islam à des étiquettes ethnico-raciales a cessé aujourd’hui. Pour cela, il faudrait néanmoins envisager que le religieux, la race et l’ethnicité se présentent comme les fils tressés de l’appartenance

    . Si la première partie de ma recherche présente un objectif de socio-sémantique historique du mot « musulman », l’enquête que j’ai menée par entretiens (59), questionnaires à visée qualitative (82) et observations participantes dans des associations cultuelles et culturelles, des centres de formation sur l’islam, des groupes militants ou politiques et divers lieux de culte (28), permet d’explorer les significations contemporaines du terme « musulman » en s’intéressant à l’impact des catégorisations sur l’identification de soi des musulman.es. On peut constater durant l’enquête que l’identification en tant que musulman.e est souvent interprétée en rapport avec la place perçue dans la société française. Pour certain.es enquêté.es, la figure du « musulman » s’oppose à celle du « blanc » ou du « français », euphémisme de « blanc ». Un enquêté me le mentionnera très clairement : « Tu vois à un moment donné, il y a une approche historique : forcément j’suis le musulman et toi t’es la catholique, tu restes blanche et pas moi ». Pour d’autres, « être blanc » ne relève pas uniquement d’un phénotype de « couleur », il s’agit davantage de nommer des dominant.es en France dont ne font pas partie les musulman.es. Néanmoins, cette opposition est au contraire vivement critiquée par d’autres enquêté.es, principalement lorsque pour elles et eux, être musulman.es se rapporte exclusivement à une foi et à une appartenance à l’islam en tant que religion.


    Être muslim aujourd’hui ?


    « Être musulman, c’est pratiquer l’Islam, croire en Allah et en son Prophète et ce n’est pas une origine, l’origine c’est plutôt le pays d’où l’on vient » précise une enquêtée. Alors que l’identification en tant que musulman.e.s peut être associée à l’origine, la culture voire la condition (ou les trois à la fois) ; elle peut aussi être exclusivement liée à une religion. Dieu se place au cœur de la signification puisqu’être musulman.es pour les enquêté.es, c’est croire en Dieu et en l’islam, quelle que soit l’origine ethnico-culturelle, nationale et la condition sociale. Un enquêté précise qu’il n’y a pas besoin du « prérequis d’être noir, arabe ou chinois. Mais il y a des Chinois musulmans, des arabes musulmans et des noirs musulmans. Les musulmans viennent du monde entier ! ». Être musulman.es, c’est être muslim. On assiste ici à un réinvestissement contemporain du sens coranique de « muslim ». « Pour moi, quand on est musulman, c’est ”muslim”, c’est l’Abraham du Coran ».

    Dans le cas présent, l’islam est présenté par les enquêté.es comme suffisamment universel, désethnicisé et acculturé pour pouvoir s’adapter à toutes cultures et origines. Cette interprétation du mot est alors vécue comme émancipatrice, car elle résulte pour les individus d’un choix en conscience, que l’individu ait ou non été socialisé dans l’islam pendant son enfance. On peut alors l’analyser en termes de processus de confessionnalisation.


    La construction des frontières de l’identité musulmane


    Lorsque le récit familial (histoire de la famille, origine ethnico-nationale et confessionnelle des ancêtres que la croyance et/ou la pratique religieuse soient effectives ou non) prend place au cœur de l’identification musulmane, celle-ci est associée régulièrement à la migration et à l’altérité. Pour une partie des enquêté.es, contrairement à ce qui est présenté ci-dessus, la confession réelle n’est pas le seul critère de l’appartenance. Cette dernière se construit à partir de traits phénotypiques supposés (le plus souvent Arabe en France malgré la grande multiplicité d’ascendances possibles des musulman.es), le territoire d’origine, la naissance, la langue, etc. Il ne s’agit pas uniquement d’une catégorisation d’autrui, mais aussi de l’appartenance à un « nous, les musulman.es » partagé. L’identification doit donc se penser au regard de la construction des frontières « Nous/Eux » et peut être analysée en termes d’ethnicisation.

    Néanmoins, plusieurs individus ont défini le terme « musulman » uniquement comme la résultante de la catégorisation d’autrui dont elles et ils ont conscience. Véritable identité en situation, être musulman.es peut alors relever d’un renversement du stigmate et devenir un véritable leitmotiv d’engagements militants. Certain.es enquêté.es parlent d’une « condition », d’autres même d’une « race » dans le sens où, pour elles et eux, les musulman.es sont – et ont été – uniquement caractérisé.es par autrui dans des rapports de pouvoir et de domination.

    « Musulman, c’est une manière de regrouper une majorité d’indigènes Noirs et Arabes. Le musulman religieux, ça m’intéresse pas. […] » précisera un enquêté. Dans ce cas, on peut analyser l’identité comme la résultante des processus de racisation/racialisation. La catégorisation n’est donc plus seulement issue de la croyance et de l’ethnicité.


    Pour conclure


    Nous arrivons au bout de ce voyage avec le mot « musulman ». On constate le poids historique que charrie le terme en France. Cette charge influence par ailleurs la manière dont on catégorise l’autre de musulman.es et dont on se catégorise soi-même en tant que musulman.es. Les frontières de l’appartenance ne cessent de bouger et montre toute la complexité de penser la signification du qualificatif.


    Néanmoins, une question reste en suspens : l’identification musulmane est-elle réduite à une ethnicité, voire une race ? Ou à l’inverse, s’agit-il de réduire l’ethnicité, le plus souvent arabe et maghrébine en France, à une religion supposée que serait l’islam ?


    Finalement, dans ce voyage au cœur de la signification, le mot « musulman » n’aura été qu’un symptôme, celui d’une réduction des appartenances qui se construit, comme le montre cet article, sur des impensés socio-historiques.


    par Marie-Claire Willems, le 28 août


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    https://www.la-croix.com/Famille/VIDEO-En-1962-lecole-enfants-realisaient-pas- dechirement-rapatrie-dAlgerie-2020-08-28-1201111179


    « En 1962, à l’école, les enfants ne réalisaient pas le déchirement du rapatrié

    d’Algérie »

    La-croix


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    « Est-ce que tu avais un chameau en Algérie ? Comment c’était de dormir par terre sous une tente ? » Les questions que Gilbert entend lors de sa rentrée scolaire en 1962 au Cours Cannois le sidèrent. Assis dans son jardin à Hyères, à 69 ans, il accepte de témoigner pour La Croix : « À 11 ans, je venais d’être rapatrié d’Algérie et je me demandais où j’étais tombé. J’ai tout de suite compris que les autres élèves ne réalisaient pas ce qu’était ma terre natale. Pour eux, c’était un pays d’Afrique, c’est tout. »

    De nombreux enfants rapatriés à la même époque firent la même expérience. « À Lille, les copines voulaient savoir si des lions se promenaient dans les rues d’Alger, se souvient Marie- Paule. C’était de la curiosité, certes un peu maladroite, commente Gilbert, mais ce n’était pas des insultes. »


    « Sale colon », les insultes dans la cour de récréation


    Gilbert s’avoue chanceux, durant ses premiers jours d’école à Cannes, il n’a pas eu à subir de remarques acerbes, contrairement à d’autres enfants pieds-noirs. Il se souvient juste d’un éclat de rire général lorsqu’il annonce la profession de son père. « J’ai dit qu’il était colon. Pour moi, ça voulait dire agriculteur. En Algérie, la maison des agriculteurs s’appelait la maison du colon », se défend-il.


    Pour d’autres, l’accueil fut beaucoup moins cordial. « Mes camarades de classe m’appelaient le bougnoule quand bien même j’avais des yeux bleus et une peau très blanche », se rappelle Jean-Max, scolarisé dans un collège varois après son rapatriement d’Algérie. Danielle a également en tête une rentrée des classes difficile : « J’ai appris ce qu’était le racisme. À la sortie de l’école, la mère d’une camarade m’a dit que nous n’étions pas chez nous. On

    n’oublie pas les regards. J’avais 9 ans et demi ». « L’accueil qui m’a été réservé à l’école primaire est toujours une blessure en moi, renchérit Ane, 67 ans. Dans la cour de récréation à Nice, je devais tourner en rond les mains sur la tête pendant que les enfants me traitaient de “sale colon”. »


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    Deux écolières à la sortie d’une école à Paris, le 17 septembre 1962. / -/AFP


    « Il fallait sans cesse se justifier et expliquer qu’on n’était pas des colons, ni des petits privilégiés, raconte Dominique arrivée à 9 ans en 1962 à Vanves en Île-de-France, certains enfants pensaient qu’on avait été des milliardaires en Algérie. »


    « On vous arrache à vos racines et vous ne pouvez pas le raconter »


    Dans son école cannoise, Gilbert se noue rapidement d’amitié avec les enfants pieds-noirs. « Ils me comprenaient, explique-t-il, avec les autres élèves je sentais un déphasage. Comment voulez-vous leur raconter, le départ en bateau, quand je vois mon père pleurer sur le quai, la sensation quand on vous arrache à vos racines… C’était le dernier de leurs soucis. » Dominique va plus loin : « On ne pouvait pas évoquer nos sentiments avec nos professeurs, ni même avec nos parents. À cette époque, personne ne faisait parler les enfants. La phrase préférée de ma mère, c’était : “ravale tes larmes”. »


    Si l’école n’est pas véritablement un refuge pour ces enfants déracinés, elle reste toutefois un point d’ancrage important dans leur nouvelle vie. « Durant mes trois premières années en France, l’école était le seul cadre que j’avais, conclut Gilbert dont les parents étaient restés en Algérie. C’était essentiel car c’était mon seul repère. » Quant à Jean-Max, scolarisé dans le Var, il jubile encore en évoquant ses bons résultats scolaires : « Devinez qui a obtenu la meilleure note en composition française au premier trimestre : le bougnoule ! »


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    https://www.paris-normandie.fr/loisirs/a-bois-guillaume-brahim-latrach-raconte-son- enfance-de-harki-dans-un-livre-LO17190487

    À Bois-Guillaume, Brahim Latrach raconte son enfance de harki dans un livre

    Livre. Brahim Latrach, habitant de Bois-Guillaume, revient sur un passé traumatique dans son ouvrage « La tragédie des sentiments ».


    Publié le 29/08/2020 à 13:33 Mis à jour le 29/08/2020 à 13:33


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    Brahim Latrach, auteur de « La tragédie des sentiments ». (Photo PN)


    «Mon psychiatre m’a dit un jour : ‘‘Vous, les enfants de harkis, vous devez écrire.’’ Ça fait trente ans que ça me trotte en tête. J’ai mis deux ans et demi à écrire ce livre. » Fils de harki, ancien combattant algérien pour l’armée française lors de la guerre d’Algérie, Brahim Latrach a été rapatrié, avec sa famille, dans le camp de Pignans (Var), où il a grandi de 1966 à 1973, avant de s’installer à Rouen quand il avait 9 ans. Son enfance, confondue dans la violence, le crime et l’alcool, est de celle que personne ne devrait jamais connaître. Un passé douloureux dont il se libère, enfin, dans son livre La tragédie des sentiments, sorti en août 2020 aux éditions Les Trois colonnes. « J’avais toutes ces choses à faire sortir de ma tête. À la mort de mon père, en janvier 2018, beaucoup de souvenirs sont remontés... J’avais besoin de prendre du recul et de faire ce travail entre la France et l’Algérie pour l’inscrire dans le temps, raconte Brahim Latrach. Le camp réunissait 25 familles. C’était un microcosme, comme un petit village. Et moi, j’étais une éponge qui absorbait les malheurs de tous ces pauvres gens, déracinés. Les parents cherchent toujours à protéger leurs enfants physiquement. Mais moralement, c’est primordial, et ça n’a pas été fait, constate-t-il. On n’était pas mélangés à la population française. On était considérés comme des réfugiés, alors

    même que nos parents avaient servi la France. Ce fut une grande erreur dans la politique de De Gaulle. »


    Si l’auteur y a laissé des plumes, il ne garde aucune rancune envers son pays, la France. L’écrivain s’adresse à tous, en particulier aux Français qui subissent le racisme, un résidu culturel du colonialisme qui se meurt peu à peu. « Je ne prends pas parti. Mais anti- colonialiste, je le suis, oui. Je tiens à rappeler aux descendants d’anciens colons que la bêtise humaine ne connaît pas de limite. »


    « Il est écrit avec les tripes »


    Désormais, sa thérapie passe par les mots. Une larme de son lecteur, c’est tout ce qu’il demande. « On a besoin des autres pour se reconstruire. J’ai eu une période de doutes. C’est un sentiment étrange d’être seul avec soi-même et de livrer son intimité. Fallait-il vraiment passer ainsi de l’ombre à la lumière ? Si ce livre plaît, c’est parce qu’il est écrit avec les tripes. La poésie et l’amour que j’ai pour ces gens-là, qui ont peuplé mon enfance, m’a donné le don de l’écriture. Mais on ne vient pas du fond pour remonter à la surface d’un coup, c’est impossible », conclut celui dont le passé traumatique n’a altéré ni la bonté ni la modestie.


    La tragédie des sentiments », Brahim Latrach, édition des Trois colonnes, 246 pages, 22 €.


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    https://www.bvoltaire.fr/colonisation-et-repentance-algerienne-avec-la-nomination-de- benjamin-stora-cest-trahison-en-vue/


    Colonisation et repentance algérienne : avec la nomination de Benjamin Stora, c’est trahison en vue !


    P890#yIS1 Christian Vanneste 4 août 2020 5 minutes de lecture


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    La France révèle avec une évidence accrue, de jour en jour, une fracture entre sa caste dirigeante et la nation. Avec le temps, le bilan s’assombrit. Ce qui frappe le plus, dans le fossé qui se creuse entre l’oligarchie et la nation, c’est que la première ne se contente pas d’une mauvaise gouvernance, elle peut être accusée de trahison.


    Un domaine illustre particulièrement cette dérive : l’Histoire. Le président Macron a reçu Benjamin Stora, le vendredi 24 juillet 2020, et lui a confié une mission sur « la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie » en vue de favoriser « la réconciliation entre les peuples français et algérien ». Le locataire à titre gratuit de l’Élysée récidive : il avait déjà fait sienne la doctrine de l’État algérien sur la colonisation comme crime contre l’humanité. Le voilà qui confie à un historien engagé à gauche une mission qui aurait pour but de réconcilier les peuples algérien et français !


    Instituée en 2010, la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de Tunisie a déjà pour objet d’expliquer ces événements et d’en transmettre la mémoire. C’est évidemment à elle que devait être confié ce travail. Mais créée sous la présidence Sarkozy, elle est donc suspecte. Elle a, d’ailleurs, failli subir le même sort que la Maison de l’Histoire de France, supprimée sous Hollande. L’État algérien exige des excuses de la France, les Français d’aujourd’hui ont oublié une guerre que, pour la plupart, ils n’ont pas connue. En revanche, est entretenue dans la minorité immigrée une vision négative de la colonisation qui justifie une soif de revanche camouflée en désir de justice. Que peut-on attendre d’une mission confiée à un historien partisan dans une situation aussi déséquilibrée ? L’historien n’est pas un agent neutre mais un citoyen qui est dans une position de « spectateur engagé », comme disait Raymond Aron. Le passé de Stora, membre du groupe trotkiste Alliance des jeunes pour le socialisme, l’organisation de jeunesse de l’OCI dirigée par Pierre Lambert, ne plaide pas en sa faveur.


    Il est incroyable de voir le rôle que jouent les gauchistes de 1968 dans l’orientation des idées de la France d’aujourd’hui ! Quelle que soit l’importance des travaux de Stora, ils ne sont pas neutres. Le 1er août 2014, Benjamin Stora a été nommé président du Conseil d’orientation de l’établissement public du palais de la Porte dorée, qui inclut la Cité nationale de l’immigration par décret du Premier ministre Manuel Valls.


    Le paradoxe français d’une élite qui trahit son peuple va atteindre un sommet quand l’Histoire officielle de notre pays aura pour but, non de créer une mémoire commune et, donc, une conscience collective, mais de satisfaire les exigences d’un État étranger et les pulsions qui agitent des minorités.


    Il y a des philosophies de l’Histoire, c’est-à-dire des interprétations qui appartiennent davantage à l’idéologie qu’à la science. La vérité historique est plus proche de celle du juge que de celle du savant : que s’est-il passé ? Quelle est la cause ? Quel est le motif ? Qui est l’auteur ? Quant à savoir si ce dernier est un héros ou un criminel, cela dépendra de la mode idéologique qui dominera à l’époque où l’historien écrit et la réponse sera déterminée par l’orientation politique de celui-ci. C’est ainsi que le livre de Sylvain Gouguenheim Aristote au mont Saint-Michel avait déclenché une polémique parce qu’il osait toucher à un tabou de la bien-pensance historique : le Moyen Âge chrétien aurait retrouvé la philosophie grecque grâce aux musulmans d’El-Andaluz.

    Cet exemple montre combien il est difficile, dans toutes les sciences humaines, de détacher la connaissance de préjugés ou de préférences idéologiques, mais dans l’Histoire plus encore parce que la politique est au cœur de celle-ci et qu’il est fréquent de projeter dans le passé des préoccupations actuelles.


    Lorsque le présent fait appel au passé sur un mode passionnel, il ne fait plus de l’Histoire mais de la mémoire, il commémore. Le tout est de savoir à quoi doit servir la mémoire. Elle était avant tout destinée à célébrer les héros, les grandes heures du passé national et les hommes qui peuvent servir de modèles à ceux d’aujourd’hui. Elle avait pour but de susciter une fierté nationale. Peu à peu, elle a inversé son rôle : la commémoration remplaçait les héros par les victimes, et la fierté par la repentance. Au lieu de magnifier la nation, elle mettait en exergue les dettes de celle-ci à l’égard de communautés particulières.


    L’idée stupide, antinationale, qui consiste à choisir Stora pour mener une mission « historienne » sur la colonisation et la guerre d’Algérie est le comble de la faute : le but serait de « réconcilier » les peuples français et algérien. Comme si un travail d’historien pouvait atteindre ce but ! Les déclarations scandaleuses de Macron sur la colonisation, crime contre l’humanité, et l’orientation politique de Stora laissent supposer le pire.


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    Hors sujet


    https://www.dzairdaily.com/choisir-france-algerie-cest-choisir-pere-mere-ouaret/


    « Choisir la France ou l’Algérie c’est choisir entre son père ou mère », un franco-algérien suscite la polémique


    Par Remaissa B. 29 août 2020 à 16:53


    Algérie – Fouad Ouaret, un jeune franco-algérien qui estime que faire le choix entre la France ou l’Algérie c’est comme choisir entre son père ou sa mère.


    Dans une vidéo publiée le dernier 23 août sur son compte TikTok le franco-algérien ; Fouad Ouaret, a exprimé son amour envers ses deux pays de nationalité ; l’Algérie et la France. Estimant à cet égard que faire le choix entre ces deux pays revenait à choisir entre son père et sa mère.


    Le TiktoKien a été vivement critiqué, à ce qu’il parait, sur la question de faire le choix entre l’Algérie et la France. Il a donc publié la vidéo en réponse à ceux qu’ils ont traité de « traitre

    ». En effet, Ouaret leur a confirmé qu’il ne pouvait pas choisir entre l’Algérie et la France.


    Pour lui, l’Algérie lui a donné la famille ; sa mère ; son père et ses frères. C’est au creux de la société algérienne qu’il est né et a vécu. « L’Algérie est mon pays » a-t-il poursuivi. Quant à

    la France, il a confirmé que cette dernière l’a soutenu dans son parcours. Il a ajouté, à cet effet, que ce pays l’avait « accueilli, logé et nourri » pour reprendre ses dires.


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    Voici comment les TikTokiens ont réagi à son discours


    Ce discours a rapidement enflammé l’armée TiktoKienne, il a suscité énormément de réactions. En effet, la vidéo est devenue virale après avoir été aimé par pas moins de dix-sept

    (17) mille personnes. « Enfin quelqu’un de censé » ; « Bravo d’être réaliste, ils sont rares ceux qui avouent » ou encore « j’entends trop peu ce genre de discours, et c’est vraiment dommage car c’est la réalité ! Tu es honnête envers toi-même ! Bravo à toi », a-t-on pu lire sur les commentaires sous cette vidéo qui buzze.


    Au vu ces réactions positives mais aussi d’autres négatives, Ouaret a publié une autre vidéo pour remercier les personnes qui l’ont supporté. En ce qui concerne les personnes qu’ils l’ont critiquées pour une deuxième fois, il leur a également remercier.


    Les commentaires ne tardent pas à venir. Les internautes étaient sous le charme de ses mots. « Merci à toi de donner cette belle image de tes origines », a avancé un internaute Français. « C’est ça l’intégration dans un pays, c’est l’aimer », a commenté un autre.


    Pour mémoire, la même question de choisir entre l’Algérie et la France a provoqué un tollé sur la toile cette semaine. S’agissant de l’histoire du joueur franco-algérien de l’Olympique Lyonnais, Houssem Aouar. Il convient de rappeler que ce dernier a fini par choisir la France aux dépens de l’Algérie.


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    Hors sujet


    https://www.observalgerie.com/revelations-inedites-sur-la-visite-de-catherine-deneuve- a-alger-et-sa-rencontre-avec-bouteflika/2020/amp/


    Le 31 août 2020 7 h 30 min

    Révélations inédites sur la visite de Catherine Deneuve à Alger et sa rencontre avec Bouteflika


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    Un ancien diplomate algérien a fait des révélations inédites au journal français Le Monde à propos de la rencontre, en Algérie, entre l’actrice française Catherine Deneuve et l’ancien président déchu Abdelaziz Bouteflika. Les deux personnes s’étaient croisées lors d’un dîner organisé par Abdelmoumen Rafik Khalifa, en 2002, à la capitale Alger.


    La célèbre actrice française était venue en Algérie en février 2002. Voulant montrer sa puissance et son succès à l’époque, l’homme d’affaires Rafik Khalifa, qui se trouve actuellement en prison, avait invité Deneuve à un match de football, à Alger, ainsi qu’à un dîner en présence de plusieurs responsables algériens, dont le président Abdelaziz Bouteflika. Présent lors de ce dîner, un ancien diplomate algérien a confié qu’« à un moment, le photographe chargé d’immortaliser la soirée a demandé à Catherine Deneuve d’enlever ses lunettes noires ». Ce que l’actrice a refusé, ne voulant pas s’afficher avec le président Bouteflika, du moins gratuitement. « Elle a refusé en disant : ce n’est pas dans le contrat », a raconté la même source.


    Khalifa avait payé Catherine Deneuve pour qu’elle vienne en Algérie


    Selon le média français, Rafik Khalifa avait déboursé à l’époque la somme de 40 000 euros pour faire venir Catherine Deneuve à Alger. L’actrice française avait également empoché plus de 45 000 euros pour sa participation à la soirée du lancement de Khalifa TV à Cannes, en septembre 2002.

    Mais le problème c’est que tout cet argent a été puisé dans les caisses de la compagnie aérienne privée Khalifa Airways. Et l’actrice française a été rattrapée dès 2005, après l’arrestation d’Abdelmoumen Rafik Khalifa par la justice. Elle sera interrogée par la police, d’autant qu’elle n’avait pas déclaré au fisc les sommes d’argent reçues par Khalifa. Deneuve s’en est finalement sortie sans aucune poursuite pénale. « Pour Gérard Depardieu, on dit c’est une connerie de plus, pour moi c’est un crime de lèse-majesté. Je n’ai jamais dit que j’étais la Vierge Marie ! C’est toujours dangereux d’être considérée comme parfaite », avait commenté Catherine Deneuve après la polémique.


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    https://afrique.latribune.fr/think-tank/entretiens/2020-08-31/pascal-blanchard-60-ans- apres-les-independances-la-france-conserve-17-du-territoire-de-l-empire-855933.html


    Pascal Blanchard : «60 ans après les Indépendances, la France conserve 17 % du territoire de l’Empire»

    Par Marie-France Réveillard | 31/08/2020, 11:10 |


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    Alors que de nombreux pays d'Afrique francophone ont récemment célébré les 60 ans de leur indépendance, Pascal Blanchard, historien spécialiste de la colonisation et auteur de

    « Décolonisations françaises. La chute d'un Empire » aux éditions La Martinière, redessine les contours d'un long processus encore mal connu. Entre calculs géostratégiques de l'ancienne puissance coloniale et mythologies historiques : que sait-on de l'époque des indépendances?

    La Tribune Afrique - Quel regard portez-vous sur les 60 ans des indépendances fêtées à travers l'Afrique francophone cet été, à l'instar du Bénin, du Burkina Faso ou encore de la Côte d'Ivoire ?

    Pascal Blanchard - Il y a eu finalement peu de commémorations importantes comme si la nouvelle génération se sentait un peu détachée de cette Histoire. Les plus jeunes s'intéressent davantage aux « mémoires » dans le présent, à travers la restitution des œuvres d'Art qu'au phénomène historique des indépendances en lui-même. Cela signifie aussi que cette Histoire se normalise. Parallèlement, parmi la diaspora africaine en France, on n'a jamais vu autant d'intérêt pour l'histoire coloniale même si l'on constate une méconnaissance forte pour l'histoire des décolonisations. Il y a là un enjeu pour les historiens de faire connaître, en Europe et en Afrique, l'histoire des indépendances et des luttes, mais aussi l'impact de ces deux décennies [1944-1964] sur les métropoles coloniales.


    Comment expliquez-vous la méconnaissance de cette Histoire?


    La France a segmenté les conflits dans son récit historique, de la guerre d'Algérie au conflit en Indochine. Un Français sur 1000 a connaissance de la guerre au Cameroun par exemple, il en va de même concernant les événements de 1949-1950 en Côte d'Ivoire ou du processus de décolonisation en Guinée en 1958, comme des « événements » à Madagascar de 1947. Tous ces événements s'inscrivent pourtant dans une logique d'ensemble. Bien sûr, les Africains connaissent Sékou Touré qui, avec le temps, s'est imposé dans le panthéon des leaders africains aux côtés de Senghor ou de Sankara, mais il y a un vide d'enseignement historiographique. Longtemps, la France a cherché à faire oublier l'histoire des décolonisations et la dialectique française reposait sur le fait qu'elle avait « donné » les indépendances. En réalité, entre 1945 et 1965, de nombreux événements ont profondément marqué la France comme l'Afrique, et cette histoire n'a jamais été racontée dans cette vision globale. La dialectique a évolué, car l'histoire coloniale française a longtemps fait l'objet de traitement différencié avec d'un côté, le général de Gaulle accordant les indépendances et de l'autre, des pays décolonisés qui racontaient leur propre mythologie historique.


    L'histoire de la décolonisation française n'est pas la chasse gardée des chercheurs français ou africains francophones. Quid des études menées dans les pays anglo-saxons ?


    Il existe effectivement, plus de thèses relatives aux indépendances francophones aux Etats- Unis qu'en France. Pourtant, ce moment de basculement mal connu de la décolonisation a fondamentalement changé les sociétés africaines et caribéennes, mais aussi françaises. On mesure seulement aujourd'hui ce que les impacts sociologiques, politiques, culturels et intellectuels, ont apporté à nos sociétés. Cette époque de la Guerre froide, de la fin des Empires, du début des vagues migratoires et du basculement de l'ordre du monde est sans aucun doute l'un des phénomènes majeurs du XXe siècle, bien qu'il ne soit pas encore considéré comme tel.


    Considérez-vous que toute forme de colonialisme tricolore ait disparu?


    Oui dans les faits, en termes de structure juridique et politique. Economiquement, la France jusqu'aux années 1980-1990, avait gardé avec la « Françafrique », un lien causal d'exploitation économique du continent africain via des intermédiaires comme Total ou Elf- Aquitaine et autres relais. De nouveaux acteurs économiques comme la Chine en particulier, ont gagné du terrain depuis, mais il demeure dans l'inconscient collectif, quelque chose qui relève de « l'impérial » : du côté français, le sentiment de représenter encore une forme de

    « tutelle » persiste. La jeune génération africaine ne supporte plus cet héritage colonial qui fait inconsciemment, survivre l'Empire. Nous sommes en fait dans un temps de l'entre-deux.

    Si l'Empire n'a pas complètement disparu des esprits, qu'en est-il dans les faits ?


    Géographiquement, les territoires et départements d'Outre-Mer sont les stigmates d'un Empire français qui a duré 4 siècles : c'est un fait historique. Politiquement, les choses sont plus complexes. Les populations n'étaient pas toutes majoritairement pour l'indépendance. Dans l'inconscient collectif, les populations en Guadeloupe ou en Martinique notamment, se considèrent comme françaises. N'oublions pas que le système français repose sur l'assimilation avec de fortes présences métropolitaines comme en Nouvelle-Calédonie qui tiendra d'ailleurs le 4 octobre, son 3e référendum sur l'indépendance dans le cadre de l'Accord de Nouméa. A travers notre livre [avec Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire, ndlr],

    « Décolonisations françaises. La chute d'un Empire », nous avons pleinement intégré les

    « vieilles colonies » dans nos panoramas historiques, pour montrer toute la complexité des décolonisations et en quoi ces « territoires » sont liés à cette rupture des indépendances.


    Mayotte, département et région française, n'est-elle pas un vestige de l'Empire? (Reconnue par l'ONU et par la communauté internationale comme territoire comorien, en dehors des Français et des Mahorais eux-mêmes, suite au référendum de 1974).


    Mayotte représente une immense trahison démocratique, car le référendum aurait dû impliquer l'ensemble du territoire comorien. Dans les faits, le référendum s'est tenu et les Comores ont décidé d'acquérir leur indépendance donc juridiquement, Mayotte aurait dû s'aligner sur cette décision nationale. Toutefois, la situation de Mayotte est aussi révélatrice d'une histoire troublée avec l'archipel des Comores et aujourd'hui, certains Mahorais se considèrent comme Français alors que d'autres se disent Comoriens. Il n'y a pas d'unanimité. Plusieurs pays africains francophones ont vu leurs leaders de l'indépendance écartés, voire éliminés avant la décolonisation, dès lors nombre d'observateurs ont dénoncé des

    « décolonisations de façade » avec des chefs d'Etat qui seraient de simples préfets de région. Partagez-vous cette interprétation ?


    Entre 1958 et 1964, la France a mené un certain nombre d'opérations pour conserver ses positions en Afrique. La Guinée par exemple, a servi de contre-exemple pour effrayer les pays qui nourrissaient des velléités de rupture avec la France [le 2 octobre 1958, la Guinée devient indépendante à la suite du « non » au référendum du 28 septembre 1958 instituant une communauté franco-africaine, ndlr]. L'hexagone a redessiné sa carte stratégique africaine en plaçant, à quelques exceptions près comme au Mali, des chefs d'Etat qui lui étaient sinon dévoués, du moins suffisamment proches. C'est ce qu'on a appelé la « Françafrique », une indépendance qui n'en était pas une. Ce système a commencé à disparaître lentement après le second septennat de François Mitterrand, avant de complètement s'effriter sous le second mandat de Chirac. Les Français ont conservé leur volonté de maintenir leur leadership, mais les influences économiques et politiques sont aujourd'hui beaucoup plus états-uniennes, chinoises ou allemandes que françaises.


    Comment expliquez-vous ce déclin de l'influence française?


    Elle n'a plus les moyens de ses ambitions et elle n'a pas su tourner la page postcoloniale. La

    « Françafrique » recouvrait des aspects économiques, politiques et militaires, mais surtout un rapport avec des élites africaines francophiles, parfois formées en France. Eyadéma faisait partie de l'armée française et certains avaient même été ministres ou députés en France, comme Houphouët-Boigny ou Senghor. Avec Thomas Sankara, une nouvelle génération émerge, très éloignée de la France, y compris culturellement et politiquement. Par ailleurs,

    plusieurs paramètres se sont cumulés comme la fin de la bipolarisation ou la montée en puissance économique de la Chine, à tel point qu'aujourd'hui, plusieurs pays d'Afrique francophone sont plus endettés vis-à-vis de la Chine que de la France. Enfin, la France n'est plus le rêve des jeunes Africains. La diaspora africaine aurait pu maintenir ce lien privilégié, mais la France a loupé 10 fois le coche, en ne s'appuyant pas sur ces élites formées en France et franco-africaines, au point où elle doit maintenant reconquérir des marchés qui lui étaient acquis. Elle n'a pas compris que le continent changeait et qu'elle devait évoluer pour rester en phase avec les nouvelles générations politiques et économiques africaines. Les élites françaises ne connaissent plus la nouvelle Afrique. On voit, depuis 2 ou 3 ans une volonté de retrouver ce lien privilégié, mais pour cela les Français vont devoir non plus faire des discours, mais agir : reconnaissance du passé, respect des partenaires africains, retour des biens culturels, ouverture aux nouvelles générations, changement de paradigme politique... Il lui faudra aussi tourner la page du franc CFA, appréhender autrement l'enjeu démocratique et mieux expliquer la lutte dans le Sahel.


    Globalement, les anciennes colonies britanniques sont parvenues à tirer leur épingle du jeu économique bien plus favorablement que les anciennes colonies françaises : comment l'expliquez-vous ?


    Le système financier international a profité aux pays anglo-saxons. L'économie du Commonwealth a été beaucoup plus ouverte que celle de la « Françafrique ». Par ailleurs, l'état d'esprit du « business » à l'anglo-saxonne a sans doute favorisé un autre type de développement même s'il ne faut pas généraliser les situations. L'Afrique anglophone a toujours eu une volonté de s'affirmer au niveau des modèles économiques de développement, mais aussi en matière de panafricanisme, le Ghana a d'ailleurs été précurseur en la matière. Cette histoire a perduré.


    Les économies africaines étant soumises aux fluctuations de l'économie mondiale sur laquelle les gouvernements ont peu d'influence. Peut-on parler d'indépendance ou de décolonisation politique et juridique ?


    Au moment des indépendances, les économies africaines ont été assujetties aux métropoles. Extraverties, les monoproductions étaient la norme et il a fallut sortir de cette situation. Par ailleurs, les pays étaient contraints par la dette, à suivre des modèles de développement qui n'étaient pas guidés par eux-mêmes, mais par leurs créanciers comme le FMI. Rares sont les exemples de pays qui ont réussi à prendre leur développement économique en main sur les 60 dernières années [...]

    Aujourd'hui, la Chine en imposant des modèles de prêts qui ne sont pas soutenables, est engagée dans une politique de captation des richesses des économies africaines. Il y a de fortes résistances à cette forme de « néo-colonialisme », notamment en Algérie. Toutefois, des élites locales maîtrisent les règles du jeu géostratégiques et sont désormais partie prenantes dans les décisions politiques et économiques prises pour l'Afrique. Cela permet aussi aux populations africaines de porter un regard critique sur leurs élites qui n'ont pas toujours fait les bons choix. Le poids du passé est une chose, celui des responsabilités des élites locales en est une autre. On ne peut plus uniquement critiquer les héritages sans aussi faire le bilan politique des élites en place depuis plus d'un demi-siècle.


    Comment interprétez-vous la montée d'un sentiment anti-français en Afrique francophone ?

    Il n'est pas plus fort qu'il y a 30 ans même s'il prend des formes différentes. Il existe ce questionnement sur la présence militaire étrangère au Sahel et simultanément, des interrogations sur les forces armées locales incapables de faire face à la menace sécuritaire. Cette région représente pour la France, 15 ans de politique qui ont échoué. Rien n'a été réglé. Les populations locales sont donc critiques non seulement vis-à-vis de la France, mais aussi de leurs propres représentants politiques.


    L'abandon du franc CFA dernièrement n'est-il pas corrélé à cette volonté de se défaire de ce passé colonial ?


    Effectivement, même si son opérationnalisation reste compliquée. Les Français devront suivre une logique de sortie de crise habile du franc CFA, qui s'est imposé comme un élément emblématique de cette influence française héritée de la colonisation.


    Que reste-t-il de la colonisation française en Afrique ?


    J'ai réalisé avec David Korn-Brzoza, deux documentaires qui retracent l'Histoire de la décolonisation française dans son ensemble, à travers les témoignages des acteurs de cette Histoire et de leurs descendants [« Décolonisations. Du sang et des larmes » diffusé en octobre sur France 2, ndlr], qui nous ont conduits de la Polynésie française à Djibouti, de l'Algérie au Vietnam, de Madagascar à la Guyane. Une partie de la stratégie globale de décolonisation française m'avait échappé avant ces films. La France est la seule puissance coloniale ayant conservé 17% de l'Empire qu'elle possédait en 1943, avec la Polynésie, la Nouvelle-Calédonie, Mayotte, la Guadeloupe, la Martinique et la Réunion. Ce n'est pas un détail et c'est le fruit d'une stratégie. J'ai découvert lors du tournage que les responsables politiques français, sachant qu'ils allaient perdre leur Empire et qu'ils ne pouvaient pas l'avouer à la population, ont décidé d'en conserver une partie stratégique, en négociant finement. On ne peut comprendre la décolonisation française sans relier les événements les uns aux autres. Ce qui s'est passé au Sénégal est intrinsèquement lié à ce qu'il s'est passé en Guinée, idem pour le Vietnam et l'Algérie, la Tunisie et les comptoirs des Indes. Certaines décisions d'indépendance ou d'engager des conflits ont été prises de façon purement circonstancielle, car la France ne pouvait pas déployer simultanément 3 armées sur 3 théâtres d'opérations différents. C'est une histoire globale que nous commençons à peine à écrire en France, mais aussi en Afrique.


    Propos recueillis par Marie-France Réveillard


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    https://theconversation.com/bonnes-feuilles-papa-quas-tu-fait-en-algerie-145057


    Bonnes feuilles : « Papa qu’as-tu fait en Algérie ? »

    31 août 2020, 21:09 CEST •Mis à jour le 2 septembre 2020, 08:55 CEST Raphaëlle Branche

    De 1954 à 1962 plus d’un million et demi de jeunes Français sont partis faire leur service militaire en Algérie. Avec « Papa qu’as-tu fait en Algérie ? Enquête sur un silence familial » (éditions La Découverte) l’historienne Raphaëlle Branche livre une enquête fouillée sur le silence qui a marqué et entouré la guerre d’Algérie. Alors que Paris et Alger ont récemment initié un dialogue sur la mémoire franco-algérienne, nous vous proposons de lire quelques extraits choisis de cet ouvrage inédit mêlant archives et témoignages récents.


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    […]

    Nombre de familles françaises sont habitées par les traces de cette guerre qui ne fut officiellement reconnue comme telle qu’en 1999. Ceux qui l’ont faite sont des pères, des maris ou des frères, envoyés de l’autre côté de la Méditerranée quand ils avaient vingt ans. Souvent résumées à des silences ou à de très rares récits, les traces de leur expérience là-bas ont été un des éléments constitutifs de leurs familles, au gré des décennies qui nous séparent de cet événement majeur de l’histoire française contemporaine. Comprendre ce qui s’est joué dans les familles et comment la guerre a été vécue puis racontée et transmise, c’est éclairer d’une manière inédite la place de cette guerre dans la société française.

    Pour saisir ce qui a pu se dire dans les familles françaises depuis les années 1950, il faut partir du fait que les familles sont des lieux de relations et d’attachements. Cette dimension est fondamentale pour saisir ce qui est dit comme ce qui est tu en leur sein.


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    Photo prise en 1956 pendant la guerre d’Algérie de rappelés n’ayant pas encore revêtu l’uniforme militaire qui attendent à la gare de l'Est à Paris leur départ vers un point d'embarquement. UPI/AFP

    Elle est aussi prise dans le temps : on n’est pas père de la même manière en 1960, en 1980 ou, a fortiori, en 2000 ; on n’attend pas la même chose d’un enfant non plus. Parce qu’elles sont des espaces fondamentaux de transmission de valeurs et de récits et qu’elles contribuent à l’identité de chacun de ses membres comme à l’existence du collectif familial, les familles sont un chaînon essentiel pour saisir le poids de l’expérience algérienne en France. L’étude de ces transmissions familiales éclaire aussi les mutations des familles françaises des années 1930 à nos jours. Ce qui est transmis renvoie en effet autant au contenu de la transmission qu’à ses conditions. Non seulement on ne raconte pas tout à ses enfants (ou à sa femme, ses parents, ses frères et sœurs), mais on ne fait pas le même récit selon les périodes de sa vie ou les moments historiques traversés.


    Faire l’histoire d’un silence


    Pourquoi les anciens appelés ont-ils peu raconté à leurs proches, notamment à leurs enfants ? Pourquoi les familles découvrent-elles tardivement l’importance de cette expérience ? Parfois après le décès des hommes eux-mêmes ? Si les vécus de cette guerre de plus de sept ans sont marqués du sceau de l’extrême diversité, l’impression de silence est ce qui domine.

    Quels que soient l’endroit, le moment, le grade en Algérie, quels que soient l’origine sociale, le niveau de diplôme, le métier, les hommes qui ont participé à ce conflit sont décrits comme ayant peu transmis, au moins jusqu’aux années 2000. Dès lors, les explications de cette faible transmission sont sans doute moins à chercher dans le détail des expériences combattantes que dans les conditions ayant ou non permis sa possibilité, dès la guerre puis pendant des décennies. Plutôt que de se pencher exclusivement sur ce qui s’est passé en Algérie, l’analyse doit alors considérer ce qui a formé le premier espace pour dire (ou non) l’expérience : leurs familles. En effet, les silences des hommes ne sont pas solitaires : ce sont des silences familiaux, au sein d’une société française longtemps oublieuse de son passé algérien.

    Ces « structures de silence » sont historiques. D’une part, elles renvoient à des contextes sociaux, politiques, culturels qui pénètrent les familles et les conditionnent en partie. Des normes existent, dans la société française, sur ce qu’il est possible, désirable ou pas de dire et d’entendre sur la guerre d’Algérie. Ces normes ont varié dans le temps. D’autre part, les structures de silence renvoient à des situations de communication internes aux familles (il n’est pas toujours possible de parler) qui, elles aussi, sont prises dans le temps. Ainsi, la valeur attribuée à la parole d’un père ou à la question d’un enfant a connu d’importants changements dans la seconde moitié du XXe siècle. Ces changements ont, en retour, influencé les transmissions de l’expérience algérienne dans les familles.


    Mémoires d’autres conflits

    Si une telle étude n’a jamais été menée, d’autres conflits ont pu donner lieu à ce genre de questionnements. Il faut toutefois les lire avec prudence quand on réfléchit à la guerre d’Algérie tant les contextes sont différents, qu’il s’agisse des conflits, des sociétés ou encore des familles.


    Prenons par exemple la Seconde Guerre mondiale et la Shoah, étudiées soit du côté des familles des victimes juives, soit du côté des soldats allemands ou autrichiens. Dans les deux cas, il a fallu articuler une transmission dans le cadre familial avec un événement historique perçu comme exceptionnel par les sociétés qui l’avaient vécu. Dans les deux cas, les travaux ont montré que dominait une perception familiale de l’expérience comme ayant été une expérience de victimes avec une marge d’action réduite.

    La situation est peu comparable avec la France. Non seulement la guerre d’Algérie n’a pas été perçue comme hors normes, mais, pour beaucoup de Français, ce conflit lointain et peu meurtrier n’a pas été appréhendé comme une guerre pendant longtemps. Reste qu’on peut trouver dans ces travaux matière à réflexion, en particulier sur le silence comme modalité de la communication dans les familles. Car il y a bien eu, en Algérie, des expériences dont les anciens appelés ont pu considérer qu’elles ne pouvaient être dites ou qu’elles ne pourraient être entendues.

    […]

    Plus pertinente est la comparaison avec la situation rencontrée par les combattants soviétiques en Afghanistan puis à leur retour. Cette guerre perdue mobilisa pendant près de dix ans tous les conscrits pour des opérations aux contours mal définis, qui furent cachées à l’opinion publique nationale. Là-bas, les soldats firent l’expérience de violences spécifiques ignorant les lois de la guerre. L’analyse des récits qu’ils firent à leur retour en Union soviétique révèle l’importance d’une violence sans retenue, justifiée par les impératifs de la guerre de contre- insurrection et devenue incompréhensible et largement inaudible après la défaite. Cela n’empêcha pas ces anciens combattants de lutter pour leur reconnaissance et leurs mères de s’organiser afin de les soutenir, dans un monde qui avait largement disparu puisque l’empire soviétique sombra quelques années plus tard.


    Une révision radicale des valeurs


    Cette disparition d’un monde dépasse le cadre d’une guerre perdue, voire d’une défaite fondatrice. Les Français ont été du mauvais côté de l’histoire. Non seulement la guerre fut menée au mépris souvent des lois de la guerre, mais son échec signifia la fin d’un projet politique global justifiant la place de la France dans le monde et la vision que les Français avaient d’eux-mêmes.

    Après 1962, la société fut exposée à une transvaluation, une révision radicale des valeurs.


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    Le Général de Gaulle s’adresse le 12 décembre 1960, à la foule venue l’écouter à Akbou en Algérie. Les Nations unies s’apprêtent à adopter la résolution reconnaissant le droit du peuple algérien à l’autodétermination et à l’indépendance. Staff/AFP

    L’expérience qu’avaient eue les soldats en Algérie les rattachait à ce monde officiellement disparu. Or nul ne sait ce que sont devenues ces représentations coloniales et impériales dans la France d’après 1962.

    Nul ne sait où sont passées les idées de progrès, de modernité et d’émancipation dont la France se voulait porteuse même en faisant la guerre en Algérie.

    Nul ne sait ce que sont devenues les justifications de la loi du plus fort et de l’usage de la force appliquée sur des peuples considérés comme inférieurs. Ont-elles disparu aussi rapidement que l’on descend un drapeau de son mât ? Sont-elles, au contraire, revenues en France avec les soldats ? La comparaison avec la guerre soviétique en Afghanistan indique des pistes fécondes sur ces questions reliant expérience de la guerre, conditions familiales et sociales au retour et contexte historique. Mais les travaux existants ne suivent pas ces liens au-delà du retour.

    Porter le regard sur plusieurs décennies permet en tout cas de percevoir le poids des configurations familiales sur les récits produits et d’identifier les facteurs de changement, au sein des familles ou dans la société.


    Enquêter


    Les proches constituent le premier cercle dans lequel se réinscrit le soldat à son retour. Ils attestent qu’il est bien le même ou, au contraire, qu’il a changé. Ces enjeux sont d’ailleurs présents dès la guerre elle-même et les premières narrations faites pendant le conflit. Pour le jeune appelé, parler signifie non seulement rendre publique une expérience ou un ressenti, mais aussi s’exposer aux remarques et aux questions, voire aux désaccords.


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    Une femme voilée et son enfant passent dans une rue d’Alger sous le regard d’un soldat français pendant la guerre d’Algérie le 12 décembre 1960. AFP

    C’est pourquoi l’étude de la transmission doit dépasser les paroles explicites. C’est plus largement tout ce qu’on transmet que je tente de saisir en analysant les mots et les gestes, en cherchant à revenir aux choix qui ont été faits (changer de métier, déménager, quitter sa fiancée, avoir des enfants…), en interrogeant leurs liens avec la guerre. Les appelés ont rapporté des photos ainsi que des objets, témoignages discrets d’un vécu qu’on souhaite partager même si c’est à la marge. Ils sont revenus avec des goûts et des dégoûts nouveaux : la musique, les paysages, les couleurs…

    Ils ont gardé aussi au fond d’eux-mêmes des maladies ressurgissant à intervalles réguliers, tel le paludisme, ou des cauchemars traversant la nuit, indices pour leurs proches de zones d’ombre travaillant en sourdine.

    Objets, sensibilités à fleur de peau ou goûts nouveaux : autant de supports pour raconter et interroger. Autant de supports pour banaliser ou, au contraire, sacraliser : dans les deux cas, figer une relation au passé sans qu’elle soit toujours nettement identifiée par les proches, que ce soit parce qu’« il ne fallait pas en parler » ou parce que « ça avait toujours été là, on ne savait pas pourquoi ».

    […]

    En effet, en entrant dans l’intimité de ces familles diverses aussi bien socialement que culturellement, géographiquement ou encore politiquement, on ne plonge pas dans la répétition infinie des petites différences. Des processus récurrents émergent bien. Sans écraser les singularités, ces histoires individuelles appartiennent bien à une expérience collective.


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    https://www.algeriepatriotique.com/2020/08/31/participation-du-film-soeurs-au-festival- dangouleme-lapport-de-lalgerie-zappe/


    Projection du film Sœurs à Angoulême : l’apport financier de l’Algérie zappé

    août 31, 2020 - 10:27


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    Tournage d'une scène du film Sœurs. L'Algérie a déboursé neuf milliards. D. R.


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    Par Nabil D. – Le nom du Centre algérien de développement du cinéma (CADC) ne figure nulle part dans le synopsis du film Sœurs, programmé au prochain Festival du film francophone d’Angoulême, en France. Le long-métrage a pourtant été produit grâce à ce centre qui a assuré un soutien financier à la réalisatrice, Yamina Benguigui. «Yamina Benguigui et Isabelle Adjani avaient carte blanche en Algérie et toutes les portes leur étaient ouvertes partout où elles se rendaient», indique une source proche du dossier à Algeriepatriotique.


    Le CADC, «chargé du développement commercial, industriel et artistique de la cinématographie algérienne et de sa promotion à travers la production et la coproduction des films, la valorisation de l’image cinématographique algérienne en Algérie et à l’étranger, la récupération et la préservation des droits sur les films et les archives cinématographiques ainsi que la valorisation et la promotion des films à caractère culturel», a déboursé neuf milliards de centimes pour un film qui ne porte pas son nom.


    «Bien qu’ayant contribué à la réalisation du film Sœurs, son nom a été occulté et l’Algérie s’en trouve encore une fois arnaquée», s’indigne notre source.


    Le film a été produit par Bandits Cinéma et Elemiah – cette dernière société appartenant à Yamina Benguigui – et distribué par Studio Canal et Jour2Fête.


    Les médias français avaient réservé les gros titres au tournage de Sœurs, en mettant en avant le fait que «l’actrice française Isabelle Adjani» allait «tourner son premier film en Algérie, le pays natal de son père, sous la direction de Yamina Benguigui». «Pour la première fois, Isabelle va tourner en Algérie, dans un rôle d’Algérienne. Ce sera un film de femmes, uniquement avec des femmes. Il questionnera le rapport au pays d’origine et au pays d’accueil, l’enracinement, l’intégration», avait expliqué la réalisatrice, ancienne ministre française de la Francophonie.


    Le tournage du film a commencé fin octobre 2018 et a duré onze semaines. Il a eu lieu entre Alger, Oran et Constantine, puis à Paris et dans le nord de la France.


    Si le choix s’est porté sur Isabelle Adjani, c’est parce que «pour les Algériens, Isabelle représente la femme algérienne qui a réussi et qui a assumé ses origines. Elle leur appartient, estime la réalisatrice, elle-même d’origine algérienne», commentait Le Parisien qui rappelait qu’Isabelle Adjani «avait débuté le tournage dans la capitale algérienne du film Parfums

    d’Alger de Rachid Benhadj en 2010, mais elle avait quitté le plateau au bout de quelques jours à la suite d’un désaccord avec le cinéaste».


    Les critiques cinéma algériens avaient révélé, plusieurs mois avant le début du tournage, que Yamina Benguigui avait «fait pression sur les responsables algériens pour faire accepter le scénario et obtenir le financement», alors que la production était «essentiellement concentrée en France».


  2. D.


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https://www.parismatch.com/People/Isabelle-Adjani-avec-ses-soeurs-Rachida-Brakni-et- Yamina-Benguigui-a-Angouleme-1700768


Isabelle Adjani, avec ses "soeurs" Rachida Brakni et Yamina Benguigui à Angoulême

Paris Match | Publié le 01/09/2020 à 09h51


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Isabelle Adjani était ce lundi au côté de Rachida Brakni et de la réalisatrice Yamina Benguigui pour défendre le film «Soeurs».


Depuis le 28 août et jusqu'au 2 septembre se tient la nouvelle édition du Festival du film francophone d'Angoulême, événement incontournable où de nombreux artistes se sont donné rendez-vous pour défendre leurs nouveaux films.

Si Virginie Efira, Ana Girardot, Emmanuelle Béart ou bien encore Louise Bourgoin y étaient toutes présentes ce week-end, une icône incontournable du cinéma français est également apparue ce lundi 31 août 2020 : Isabelle Adjani.


Maïwenn et Hafsia Herzi également annoncées au casting

Parée d'un masque en tissu bordeaux, l'actrice était accompagnée de Rachida Brakni et de Rachid Djaïdani pour être au côté de la réalisatrice Yamina Benguigui afin de défendre le long métrage «Soeurs». Pour l'heure, aucune date de sortie officielle n'a été fixée, même si l'on sait que Maïwenn et Hafsia Herzi sont également annoncées au casting.


Le synopsis du film est disponible sur le site officiel du festival : «En mettant en scène une partie de son histoire, Zorah, dramaturge d’origine franco-algérienne, réveille les fantômes du passé dont la figure terrible du père, Ahmed, un militant du mouvement indépendantiste algérien venu combattre sur le sol français. Zorah n’a pu ramener que sa sœur Norah d’Algérie où Ahmed avait aussi emmené Redah, son petit frère, après les avoir enlevés suite au divorce obtenu par la mère. Depuis, comme sa mère Leïla, elle est hantée par la question : où est Redah ? Trente ans plus tard, quand commencent les répétitions de sa pièce « Frères » un séisme familial éclate : Norah et Djamila, sa sœur cadette, sont prêtes à lui déclarer la guerre pour avoir rompu le silence, ce qui pour sa famille est un acte de trahison. Mais la guerre des sœurs n’aura pas lieu. Informée que le père est hospitalisé à Alger, la mère exige que Zorah parte à sa recherche avec ses sœurs, dernière et ultime chance pour elle de revoir son fils. Que trouveront-elles dans une Algérie en pleine ébullition ? Le père n’est plus à l’hôpital, il est peut-être en Kabylie, mais c’est loin Tizi Ouzou, surtout quand les rues de la capitale sont envahies par des centaines de milliers de manifestants… quand les statues des pères fondateurs tombent, quand se lève le vent de la révolution.»


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Var-Matin (Grand Toulon) ꞏ 1 sept. 2020 ꞏ M. SK.

Les rapatriés d’Algérie n’oublient pas https://www.pressreader.com/france/var-matin-grand- toulon/2020...

1 sur 1 13/09/2020 à 14:42

Les rapatriés d'Algérie n'oublientpas

Quasiment six décennies se sont écoulées. Les rapatriés d'Algérie sont plus âgés, moins nombreux, mais toujours aussi déterminés à vouloir savoir ce que sont devenus les soldats, civils, harkis et pieds noirs, disparus durant la guerre qui a bouleversé l'Algérie entre 1954 et 1963. Dimanche soir à la Porte d'Italie, à l'appel du Collectif national« Non au 19-Mars », du Clan-R et du Cercle national des rapatriés, en présence des conseillers régionaux Aline Bertrand et Amaury Navarrane (RN), ils ont déposé des gerbes devant le monument des Martyrs de l'Algérie française. Leurs banderoles dénonçaient «une paix qui avait tué» et exigeaient 1' ouverture des archives avant qu'elles ne disparaissent.


« Retrouvons cet honneur perdu »

François Paz, délégué du Clan - R pour le Midi, a rappelé qu'ils étaient là pour commémorer « La journée mondiale des personnes victimes de disparitions forcées». Il précisait:« La France ignore cette journée. Les hommes politiques qui se sont succédé au pouvoir depuis 58 ans ont été écartelés entre leur conscience et la discipline du parti.


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Nos disparus n'ont jamais été recherchés. N'auraient-ils pas droit à une sépulture digne, à une reconnaissance ? L'Algérie qui est née sur le courage, le travail et l'amour du pays, s'est terminée dans le sang de ses pionniers, de ses bâtisseurs. Les crimes sans assassins révèlent la mauvaise volonté des gouvernants à rendre justice aux familles. Il serait temps de retrouver cet honneur perdu.» À l'issue de la cérémonie, Hervé Cuesta du Collectif Non au 19-Mars, a mentionnéque l'association appelait aux dons, pour pouvoir se doter d'une bannière.


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https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/09/02/affaire-audin-des-archives-ouvertes- au-compte-gouttes_6050634_823448.html


Dans Le Monde "Affaire Audin : des archives ouvertes au compte-gouttes" - Pierre Mansat et les Alternatives


Par Yves Bordenave


Publié le 02 septembre 2020 à 03h26 - Mis à jour le 02 septembre 2020 à 18h03


[avec deux remarques Maurice Audin était membre du Parti Communiste Algérien, engagé dans la lutte pour l'indépendance . Et des "archives ouvertes au compte goutte" alors que ce sont des archives déjà ouvertes qui ont été massivement refermées. Pierre Mansat


#audin #archives #guerredindependancealgerienne ]


Jeudi 13 septembre 2018, il est un peu plus de 13 heures. Le président de la République, Emmanuel Macron, arrive à Bagnolet (Seine-Saint-Denis) et frappe à la porte de madame Josette Audin, 87 ans, veuve de Maurice Audin, mathématicien disparu le 21 juin 1957 à Alger.

A cette vieille dame parvenue au bout d’une vie – elle mourra cinq mois plus tard – tout entière consacrée au combat pour la mémoire de son mari, militant communiste anticolonialiste, le chef de l’Etat vient dire ce qu’elle attendait depuis soixante et un ans. En substance : Maurice Audin est bien mort après avoir été torturé par des militaires français. Les travaux de nombreux historiens l’ont établi. Pour ce jeune président de 40 ans, le premier né après la guerre d’Algérie, il est temps que l’Etat le reconnaisse et que sa parole concorde avec la vérité historique. Laquelle ne souffre aucun doute. Les paroles du chef de l’Etat qui demande pardon à la veuve sont on ne peut plus claires.


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Entouré de la famille Audin, l’aînée, Michèle, et le fils, Pierre, de deux députés, Cédric Villani (La République en marche) et Sébastien Jumel (Parti communiste), d’historiens, parmi lesquels Sylvie Thénault, Raphaëlle Branche et Benjamin Stora, de ceux qui, depuis tant d’années, œuvrent au sein de l’Association Maurice Audin, Emmanuel Macron est là pour en finir avec un mensonge qui déshonore la République.


« Une page s’ouvre aujourd’hui, l’ouverture de toutes les archives, le travail libéré des historiennes et des historiens. Cela va être une nouvelle ère pour nos mémoires et nos histoires avec l’Algérie », assure le président Macron. Propos d’une sincérité a priori sans équivoque. Gobelets en carton dans les mains, la vingtaine d’invités, témoins privilégiés de ce moment d’histoire, trinque à cet événement. Dans une déclaration écrite rendue publique par l’Elysée dans la foulée, Emmanuel Macron a dénoncé « un système [qui] s’est institué sur un fondement légal [et qui] a été le terreau malheureux d’actes parfois terribles, dont la torture, que l’affaire Audin a mis en lumière ».

Ce jour-là, rien n’a été laissé au hasard. La date – deux jours avant la Fête de l’Huma, où un débat sur l’affaire Audin a été programmé – a été choisie pour garantir un retentissement maximal. Chaque mot a été négocié avec les acteurs et les institutions concernés. Y compris l’armée, la plus récalcitrante d’entre elles.

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Emmanuel Macron rendant visite à Josette Audin, veuve de Maurice Audin, à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), en septembre 2018. FRANCOIS DEMERLIAC


Trois mois auparavant, Sylvain Fort, alors conseiller mémoire du président, a réuni les protagonistes de ce dossier dans un salon de l’Elysée. Pendant plusieurs heures, Josette Audin et ses enfants, Sylvie Thénault et Raphaëlle Branche, de l’Association Maurice Audin, les représentants des différents services d’archives de l’Etat tentent de s’accorder. A l’issue de cette rencontre, Sylvie Thénault est chargée de rédiger la première mouture d’un texte qui se veut fort, précis et acceptable par tous. Las. « L’armée a tiqué et demandé des modifications », se souvient-elle. Un texte amendé est finalement soumis à l’approbation générale par Sylvain Fort. « J’étais là dans le cadre de ma mission auprès du président de la République et mon but n’était pas d’entamer un bras de fer avec la famille, les historiens, les archives et l’armée. J’étais là pour faire travailler tout ce monde en coopération », raconte-t- il.


L’« intime conviction » de Macron


Les premiers échanges sont difficiles. Pierre Audin, habitué à se heurter à un appareil d’Etat insensible au sort de son père, refuse de croire que les pouvoirs publics sont disposés à modifier leur position. Même si, en 2014, François Hollande avait ouvert la voie en facilitant l’accès aux archives Audin, le président socialiste n’était pas allé jusqu’à reconnaître la responsabilité de l’Etat dans la disparition du mathématicien.

« Quand j’ai reçu Pierre Audin, confie Sylvain Fort, je lui ai dit : “On a changé de disque.” Pour moi, il était évident que son père avait été capturé et torturé par l’armée, et la cécité de la République n’avait que trop duré. » In fine, les rancœurs sont remisées, on se parle et on s’écoute. « On a été consultés au moment de la rédaction du texte et il n’y a pas eu de porte- à-faux entre M. Macron et ma famille », admet Pierre Audin.



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L’historienne Sylvie Thénault, l’amiral Bernard Rogel et le député Cédric Villani lors de la visite d’Emmanuel Macron à Josette Audin, à Bagnolet, en septembre 2018.


FRANCOIS DEMERLIAC


Dès son installation, le chef de l’Etat tenait à marquer d’un symbole son élection à la présidence de la République. En juin 2017, il invite à dîner une demi-douzaine d’historiens. Il y a là notamment, l’académicien Pierre Nora, Patrick Garcia, spécialiste des usages publics et politiques de l’histoire, Raphaëlle Branche, spécialiste des violences en situation coloniale… Au menu, une discussion à bâtons rompus, sans ordre du jour. Chacun intervient sur son domaine respectif, se souvient Raphaëlle Branche. Est-il déjà question de Maurice Audin ? En tout cas, Emmanuel Macron connaît l’affaire et l’émotion qu’elle suscite.


« Marcheur » de la première heure, le mathématicien Cédric Villani, qui deviendra député (LRM) de l’Essonne, est un ami de Pierre Audin. Les deux profs de maths se fréquentent depuis plusieurs années. Ils se sont rencontrés dans un cadre professionnel, lorsque Pierre était médiateur au Palais de la découverte. Fils de pieds-noirs émigrés en Algérie depuis les débuts de la colonisation après 1830, Cédric Villani est particulièrement sensible à l’histoire du pays où sont nés ses aïeux. Celle du jeune mathématicien Maurice Audin, mort sous la torture à 25 ans, le bouleverse. Il fait partie du collectif des mathématiciens qui réclament la vérité sur la mort de leur confrère.


A plusieurs reprises, il a abordé le sujet avec Emmanuel Macron et lui en reparle fin 2017, dans un avion, à l’occasion d’un déplacement présidentiel. Sur le dossier algérien, en février 2017, le candidat Macron s’était illustré en qualifiant, depuis l’Algérie, de « crime contre l’humanité » des actes commis en 1830 par l’armée française au moment de la colonisation. A peine ces propos relayés, la polémique s’était enflammée.

Devenu président, il avait autorisé Villani à rendre publique son « intime conviction » qu’Audin avait été « assassiné par l’armée française ». « Il avait fait un pas timide et, lors de ce vol, je lui ai dit qu’il fallait aller plus loin, se souvient Cédric Villani. Et à ce moment-là, il m’a répondu : “Je suis allé au maximum. Je ne peux pas faire plus.” » Comment faire plus ? Aux dires de tous les protagonistes, c’est à Sylvain Fort que revient le mérite. « Il fallait que la République reconnaisse le travail des historiens, dit ce dernier. Emmanuel Macron était sur cette position. »


Les révélations de Vidal-Naquet

L’affaire Maurice Audin dépasse le cas de l’universitaire militant de la cause algérienne. Son appartenance au parti communiste, la détermination de son épouse Josette, ses accointances au sein de l’université avaient permis d’alerter l’opinion et les médias, dès les jours suivant sa disparition. Contrairement à des milliers d’autres disparus.


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L’enquête de Pierre Vidal-Naquet – qui s’empare de l’affaire pour en faire un livre, L’Affaire Audin (éditions de Minuit, 1958), dans lequel il dénonce la version de l’armée selon laquelle Audin serait mort à la suite d’une tentative d’évasion – bénéficie d’un important succès et de nombreux relais. Sylvie Thénault, l’une des historiennes qui a le plus travaillé sur le dossier Audin, le reconnaît : « La dérogation générale ordonnée en juin 2014 par François Hollande pour l’ouverture des archives Audin a permis de confirmer grâce à des documents ce que le travail de Vidal-Naquet avait permis de révéler. »


Mais si Audin est le symbole désormais reconnu des actes criminels commis par l’armée en Algérie durant la période 1954-1962, quid des milliers d’autres, raflés dans les rues, arrêtés à leur domicile, torturés et parfois tués puis ensevelis on ne sait où ?


Dans sa déclaration du 13 septembre 2018, Emmanuel Macron n’oublie pas cette tache qui souille l’histoire de la République. Il précise que « cette reconnaissance [celle du cas Audin] vise notamment à encourager le travail historique sur tous les disparus de la guerre d’Algérie, français et algériens, civils et militaires. Une dérogation générale (…) ouvrira à la

libre consultation tous les fonds d’archives de l’Etat qui concernent le sujet ». Deux ans plus tard, c’est sur ce dernier point que le bât blesse.


Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) n’a pas entendu le message présidentiel de la même oreille que les historiens. Début 2020, cet organisme placé sous la tutelle de Matignon a renforcé un aspect d’une instruction générale interministérielle (IGI) datant de 2011, qui décrète que tout document frappé d’un tampon « secret-défense » doit être soumis à une demande de levée de ce secret, document par document. Et ce, malgré une loi de 2008 qui dispose qu’au-delà de cinquante ans – c’est le cas de la guerre d’Algérie –

, les archives sont librement accessibles à qui en fait la demande.

Pour justifier cette position, le SGDSN brandit la menace terroriste et le risque de découvrir dans des documents « secrets » des pièces confidentielles, comme des plans de bâtiments officiels et sensibles. Lesquels, dans un contexte d’attentats, pourraient constituer autant de cibles.


« La frilosité des militaires »


Pour les historiens et tous ceux qui s’échinent à renouer le fil d’une mémoire embrouillée ou plus simplement perdue, ce nouvel obstacle n’est qu’une énième tentative de dissimulation d’épisodes non assumés.

« C’est un camouflet à la parole présidentielle, s’indigne Raphaëlle Branche. Si l’on suit cette logique, une instruction ministérielle serait donc supérieure à la loi. » Une irritation que partage sa consœur Sylvie Thénault, pour qui « les services de sécurité ont pris beaucoup d’importance au sein de l’Etat » alors que, sur ce chapitre de notre histoire, « la société est prête à entendre la vérité ». L’historienne regrette que le départ de Sylvain Fort de l’Elysée, en janvier 2019, ait brisé l’élan qui avait abouti à la déclaration du président de la République.

« Il faut tenir la promesse de l’étape suivante, celle des historiens. C’est un combat de vérité », plaide fort diplomatiquement l’ancien conseiller.

Au service interministériel des archives de France, on admet, avec un sens consolidé de l’euphémisme, que « la frilosité des militaires » demeure une constante. Toutefois, selon cette source, une nouvelle IGI actuellement en préparation devrait permettre d’assouplir la procédure de levée du secret.

Reste que sur la question des disparus de la guerre d’Algérie, les dossiers sont rares ; le cas Audin est une exception. Pendant la bataille d’Alger, en 1957, comme durant les huit années de guerre (1954-1962), des suspects ont été arrêtés, torturés puis exécutés sommairement. Qui ? Sous quelle identité ?


La règle intangible édictée par les militaires était : pas de trace.

Et quand ils étaient contraints de rendre compte d’une disparition signalée, comme ce fut le cas avec Maurice Audin, ils indiquaient : « fuyard abattu », conformément à une instruction ministérielle de juillet 1955.


Mais pour tous les autres cas – plusieurs milliers –, l’armée, sous couvert des « pouvoirs spéciaux » votés en février 1956 par l’Assemblée nationale, s’en tenait au mutisme. Pas de dossier, donc « RAS », comme dans le film éponyme d’Yves Boisset sorti en 1973. Seulement des mains courantes déposées auprès de l’administration coloniale par des proches des disparus, mais sur lesquelles ne figurent que des noms. Et rien sur ce qui a pu leur arriver.

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https://www.observalgerie.com/le-fils-du-martyr-maurice-audin-obtient-la-nationalite- algerienne/2020/amp/


Le fils du martyr Maurice Audin obtient la nationalité algérienne

| Le 3 septembre 2020 9 h 00 min


Le fils du martyr Maurice Audin, Pierre Audin vient d’acquérir la nationalité algérienne. Le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune a en effet signé un décret présidentiel publié mercredi 2 septembre au Journal officiel (JO), accordant le passeport algérien au fils du martyr, assassiné par l’armée française durant la guerre d’Algérie.


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Né à Alger pendant la guerre d’Algérie, Pierre Audin a ainsi bénéficié de la nationalité algérienne suite à un décret présidentiel, signé le 25 août dernier et paru dans le dernier journal officiel.


« Par décret présidentiel du 6 Moharram 1442 correspondant au 25 août 2020, est naturalisé algérien, dans les conditions de l’article 11 de l’ordonnance n° 70-86 du 15 décembre 1970, modifiée et complétée, portant code de la nationalité algérienne, la personne dénommée ci- après, AUDIN Pierre, né le 28 avril 1957 à Alger (wilaya d’Alger) », peut-on lire le décret signé par Abdelmadjid Tebboune.


Il faut noter que Pierre Audin suit de près l’actualité en Algérie. Le fils du martyr Maurice Audin, avait récemment appelé les autorités algériennes à libérer le journaliste Khaled

Drareni, incarcéré depuis le 29 mars à la prison de Koléa. « Il faut libérer Khaled Drareni, par fidélité aux idéaux de l’indépendance algérienne », avait-il estimé.


Pour rappel, le père de Pierre Audin, Maurice était un mathématicien français. Durant la guerre d’Algérie, Maurice Audin était un militant de l’indépendance algérienne et faisait partie du Parti communiste algérien. Arrêté par l’armée française au cours de la bataille d’Alger en juin 1957, Maurice Audin est ensuite assassiné.


Ce n’est qu’en 2018, que le président Emmanuel Macron reconnaît officiellement les responsabilités de la France et de l’armée française dans l’assassinat de Maurice Audin, dont une grande place d’Alger porte le nom aujourd’hui.


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https://www.elwatan.com/edition/actualite/merci-suzy-02-09-2020


Disparition de Mme Thuy-Rosendor, ancienne agent de liaison de Omar Boudaoud en Belgique : Merci Suzy !

| El Watan


Mustapha Benfodil


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Le 19 août 2020, Suzy Rosendor, ancienne militante anticoloniale, agent de liaison de Omar Boudaoud – chef de la Fédération de France du FLN – en Belgique, nous a quittés.

Elle avait 87 ans. C’est son ami, l’historien Paul-Emmanuel Babin – qui a consacré une grande partie de ses travaux au «Front du Nord» et aux réseaux belges de soutien à la cause algérienne – qui nous a appris la triste nouvelle. Nous avons eu le plaisir de voir Suzy et

d’écouter son témoignage ici même, à Alger, à l’occasion d’un colloque organisé par l’ambassade de Belgique, le 29 octobre 2017, à la Bibliothèque nationale sous le titre : «Le Front du Nord. Des Belges et la Guerre d’Algérie (1954-1962)».


Suzy était venue en compagnie de plusieurs anciens «porteurs de valise» belges. Parmi eux, il y avait, on s’en souvient, Henriette Moureaux, l’épouse de Me Serge Moureaux, responsable du Collectif des avocats belges du FLN. Il y avait également Adeline Liebman, Anne Somerhausen, Marc Rayet, Mateo Alaluf…


Ce colloque aura été ainsi l’occasion de belles et émouvantes retrouvailles. Elles ont surtout permis à Suzy de retrouver son vieil ami Omar Boudaoud. Ce dernier n’est, lui aussi, plus de ce monde, malheureusement. Il nous a quittés, rappelle-t-on, le 9 mai 2020.


Une note biographique élaborée par Paul-Emmanuel Babin livre de précieux éléments sur le parcours militant de la défunte. Suzy Thuy-Rosendor est née le 18 septembre 1933 à Anvers, en Belgique. «Sa famille est originaire de Faleshty et de Resina, près de Kichinev en Bessarabie (empire russe). Ses parents fuient la répression tsariste puis les persécutions nazies», peut-on lire dans cette note biographique. «De retour en Belgique, elle entame ses études à l’ULB (Université libre de Bruxelles).


Elle s’engage aux Etudiants communistes puis au Parti communiste belge (PCB).» Le PCB la dissuade de «s’engager pour la Révolution algérienne». Mais Suzy n’en fera qu’à sa tête et, en 1958, alors qu’elle est une «jeune mère de famille», elle se jette corps et âme dans le combat pour l’indépendance de l’Algérie avec «l’appui de son mari, André Thuy». Elle était alors proche de l’avocate Cécile Draps, une figure emblématique du Collectif des avocats belges du FLN. «Elle décide d’apporter son aide aux militants algériens en raison de son histoire familiale et de ses convictions humanistes et internationalistes», précise l’historien Paul- Emmanuel Babin dans la bio qu’il lui a consacrée.


Il ajoute : «Electron libre par rapport aux différents réseaux de soutien, cette position singulière se traduit par des contacts directs avec les membres du Comité fédéral de la Fédération de France du FLN (surtout Kaddour Ladlani, parfois Omar Boudaoud) ou avec Rabah Nehar (responsable de l’UGTA) mais aussi avec le responsable du FLN pour la Belgique, Titouche Abdelmajid.» S’agissant de ses activités militantes, Paul-Emmanuel Babin souligne : «Parmi les différentes missions qu’elle reçoit d’eux, elle assure le transport régulier des cadres et des militants de l’Organisation et de la Spéciale vers Paris, Lille, Amsterdam ou Cologne, mais aussi les liaisons au-delà des frontières en ayant plusieurs fois la charge des documents et archives du FLN. Enfin, elle est également chargée de trouver des logements à Bruxelles pour les militants en clandestinité et participera aussi à la filière médicale.» Après l’indépendance de son deuxième pays en 1962, Suzy «devient une libraire engagée et travaillera avec son mari ingénieur sur différents projets, en Guinée et en Irak».


«Quelle responsabilité tu avais !»


Le mardi 25 août 2020, une cérémonie a été organisée en hommage à feue Suzy Rosendor. A cette occasion, l’historien Paul-Emmanuel Babin a tenu à lui adresser ces mots si touchants :

«Je t’ai rencontrée comme historien et tu es devenue une amie très importante qui donne foi en l’humanité.» Dans son intervention, M. Babin a rappelé l’une des toutes dernières actions initiées par Suzy ; un geste mémoriel qui témoigne de son puissant attachement à l’Algérie.

«Aujourd’hui, je salue la présence de l’ambassadeur d’Algérie avec qui nous avions réussi

notre dernier projet (avec Suzy, ndlr) en mars : apposer à Ixelles, 60 ans après, une plaque pour un étudiant algérien de l’ULB, assassiné sur ordre du gouvernement gaulliste.»

Il s’agit ici du chahid Akli Aissiou, étudiant en médecine et ancien responsable de l’Ugema en Belgique, assassiné le 9 mars 1960 à Ixelles, près de Bruxelles. M. Babin fera remarquer :

«Pour la première fois en Europe, une plaque au nom de la Fédération de France du FLN avec le drapeau algérien est inaugurée. C’était ton idée. Tu as tenu avec détermination, tu en avais vu d’autres, quand une semaine avant, la commune était terrorisée par la portée politique du geste vis-à-vis de l’ambassade de France.»


L’historien revient sur les derniers mois de Suzy. «Cette période, écrit-il, où tu reparlais de ton engagement pour l’Algérie à travers tes anecdotes toujours drôles ou émouvantes, car elles faisaient finalement ressortir l’humanité. Un combat de libération à hauteur d’homme, ou plutôt de femme.» Il rapporte au passage cette anecdote : «J’avais rédigé ta biographie et tu étais très heureuse du qualificatif trouvé : celui d’électron libre, en dehors des réseaux et même de la discipline de ton parti, le PCB.» M. Babin révèle dans la foulée : «Tu parlais 60 ans après des copains algériens comme ‘‘Pedro’’ ou ‘‘Marc’’ qui venaient à la maison.

Mais ces Algériens étaient ni plus ni moins que les dirigeants de la Fédération de France du FLN. Et surtout le n°1 du FLN en Europe, Omar Boudaoud, dont tu étais l’agent de liaison, et avec qui tu passais les frontières. Pour restituer qui était M. Boudaoud, je me contenterai de rappeler ici deux chiffres : il avait la responsabilité des 400 000 Algériens en France et il représentait 80% du financement de la Révolution algérienne. Quelle responsabilité tu avais ! Omar Boudaoud était resté ton ami, avec son épouse Inge, jusqu’à son décès en mai dernier.» Autre hommage émouvant : celui de l’avocate Cécile Draps, dont M. Babin nous a aimablement transmis le témoignage écrit. «La première fois que je t’ai rencontrée, nous étions en 1959, raconte Me Draps. C’était l’été et tu prenais l’air à la terrasse d’un grand hôtel d’Aix-en-Provence avec André et ses parents. Je n’imaginais pas que cette jeune femme souriante, qui m’avait tout simplement proposé de me laver les cheveux dans sa chambre, serait l’amie de toute une vie.»


Me Cécile Draps évoque cet épisode croustillant : «En 1960, Lucien et moi, nous étions engagés aux côtés du peuple algérien en lutte. ‘‘Marc’’, le responsable du FLN pour la Belgique (Marc Dujardin, de son vrai nom Abdelmadjid Titouche, ndlr), était à la recherche de militants de l’ombre et nous avait annoncé avoir trouvé quelqu’un que vraiment personne ne connaissait. Quelle ne fut pas sa déconvenue lorsqu’il t’amena à la maison : nous sommes tombées dans les bras l’une de l’autre. Ceci dit, nul n’était mieux qualifié que toi pour assumer des responsabilités au plus haut niveau.


Discrétion et maîtrise de soi.» Cécile Draps insiste à son tour sur l’importance symbolique du geste de Suzy envers la mémoire d’Akli Aissiou : «Ton dernier fait d’armes : avoir compris la première l’importance de la mémoire de cette période où des Belges se sont engagés aux côtés du peuple algérien et son point d’orgue, la plaque apposée à Ixelles en hommage à Akli Aissiou, tombé le 9 mars 1960 sous les coups des services secrets français, sous le sinistre nom de la ‘‘main rouge’’.»


Repose en paix chère Suzy et… éternelle gratitude !


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https://www.express-dz.com/2020/09/02/ouverture-des-archives-sur-les-disparus-de-la- guerre-dalgerie-larmee-francaise-frileuse/


Ouverture des archives sur les disparus de la guerre d’Algérie : l’armée française frileuse

Par Boualem B - 2 septembre 2020 | 21 h 43


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En dépit des promesses et des assurances du président d’Emmanuel Macron pour le règlement apaisé de la question mémorielle entre l’Algérie et la France, l’accès aux archives des disparus civils et militaires de la guerre d’Algérie est objet de veto de la part de l’armée française, c’est ce que relève le journal le Monde dans son édition d’aujourd’hui dans un article intitulé «L’affaire Audin, la mémoire et l’honneur».


« L’armée française est plutôt hostile à l’ouverture des archives sur tous les disparus de la guerre d’Algérie, français et algériens, civils et militaires contrairement aux recommandations d’Emmanuel Macron » indique, en effet, le journal.

C’est le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), selon Le Monde qui, en se référant à une « instruction générale interministérielle (IGI) datant de 2011, qui décrète que tout document frappé d’un tampon «secret-défense» doit être soumis à une demande de levée de ce secret, document par document », a refusé de déclassifier totalement ces archives


« Le risque terroriste » est invoqué comme argument majeur pour expliquer ce refus de décalcification totale de ces archives.


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https://www.dzvid.com/2020/09/03/le-projet-dune-usine-cevital-de-issad-rebrab-en- france-sera-t-il-abandonne/

Le projet d’une usine Cevital de Issad Rebrab en France sera-t-il abandonné ?

Publié le 3 septembre 2020 Par Idir farès


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Le projet de l’implantation d’une usine Cevital de Issad Rebrab aux Ayvelles, près de Charleville-Mézières, dans les Ardennes en France, sera-t- il abandonné ? « Le dossier n’avance pas et le milieu politico-économique ardennais y croit de moins en moins », a révélé hier 2 septembre France Bleu.


Annoncé en grandes pompes en novembre 2018 et inauguré par le président français Emmanuel Macron, le projet d’usine de Cevital du milliardaire algérien Issad Rebrab, implanté dans les Ardennes en France, « reste au point mort », indique la même source.

Selon France Bleu, « il y a bien des machines dans le bâtiment 4 de PSA mis à disposition de Cevital, mais elles sont à l’arrêt, bâchées, et aucun salarié ne fréquente les lieux ». (…) L’intention de rachat du bâtiment par Cevital pour 2 millions d’euros est restée lettre morte ».


PSA, toujours propriétaire des lieux, « n’excluait pas d’en reprendre la jouissance pour y installer des vestiaires, quand il s’agissait de faire de la place pour les mesures anti- coronavirus », indique encore France Bleu qui cite des sources syndicales.


Le groupe Cevital et sa filiale allemande Evcon auraient eu du mal à mobiliser leurs fonds propres pour finaliser le montage financier du projet. Dans sa demande de financement à la Banque publique d’investissement en Champagne-Ardenne (BPI), « Cevital tablait sur plus de 90% de fonds publics pour 250 millions d’euros d’investissement ». « Le dossier a été rejeté l’an passé faute de fonds propres suffisants, et aucune nouvelle demande n’a été déposée depuis », souligne encore la même source.

Sorti de prison le 1er janvier 2020, après avoir purgé sa peine pour des infractions liées aux surfacturations et aux transferts illicites de capitaux, Issad Rebrab, le patron de Cevital, a réaffirmé sa volonté de s’implanter dans les Ardennes en France.


Synthèse Idir Farès


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https://www.atlantico.fr/rdv/3592060/en-route-vers-la-partition entretien-avec-l-

intellectuel-et-ecrivain-christian-de-moliner-coronavirus-partition-charlie-hebdo- guerre-civile-separatisme-fractures-alexandre-del-valle-


04 septembre 2020


En route vers la partition ?. Entretien

avec l'intellectuel et écrivain Christian de Moliner

Alexandre del Valle s'est entretenu avec l'essayiste Christian de Moliner pour revenir sur l'actualité du procès de Charlie Hebdo qui vient de s'ouvrir, sur le phénomène "d'ensauvagement" de la France, le laxisme judiciaire, la montée du séparatisme islamiste ou encore les risques de fractures graves au sein de la société française, voire le spectre d'une guerre civile.


Avec Alexandre Del Valle, Christian de Moliner


Ancien professeur en classe préparatoire, Christian de MOLINER vient de sortir à six mois d’intervalle deux livres iconoclastes. Dans le premier au titre volontairement provocateur, mais parlant « La réserve, avenir du Français de Souche » , cet auteur établit d’abord un panorama mondial et historique des divers conflits ethniques et religieux ; il montre ainsi que de la différence naît nécessairement l’affrontement. Il conclut le livre en se demandant si « les Français de souche » auront bientôt droit à leur réserve à l’instar des Indiens d’Amérique. Mais cette interrogation bien sûr est une provocation. Christian de Moliner vient également de publier un thriller « Trois semaines en Avril » qui se déroule dans un avenir proche assez effrayant. La France a quitté l’euro, les émeutes ethniques sont la règle et seules l’armée et la police maintiennent un semblant d’ordre. Le roman présente les brèves et tragiques amours de Xavier le militaire et de Fatima l’institutrice musulmane qui se dresse contre les islamiques.


Alexandre del Valle : Vous étudiez l'évolution de la société française depuis des années, notamment dans vos fonctions de professeur et dans vos essais. Comme vous le savez, le procès Charlie vient enfin de s'ouvrir, après 5 ans d'attente. L'ouverture de ce procès a suscité des débats houleux autour de la question du blasphème, de facto puni de mort par les jihadistes qui intimident de l'intérieur l'Occident, puis du problème du laxisme judiciaire. Au même moment, le directeur de Valeurs Actuelles Geoffroy Lejeune a été victime d'une nouvelle forme de censure réclamée par la gauche et des lobbies "antiracistes" "néo-racisés", dits "indigénistes", en raison des caricatures de Valeurs

actuelles à propos de la députée d'extrême gauche Danielle Obono. Cette dernière a d'ailleurs écrit et dit qu'elle ne "pelure pas Charlie" et a souvent refusé déclarer qu'elle aimait la France Qu'est-ce que tout cela vous inspire?


Christian de Moliner: Le procès de Charlie Hebdo vient de s’ouvrir 5 ans après les faits. Une majorité de musulmans considère que le blasphème doit être puni, tandis que 20 % des fidèles du Prophète approuvent l’attentat, d’autant plus qu’ils sont jeunes. La coupure au sein de la société française est donc profonde, voir irrémédiable. Nous avons désormais affaire à deux peuples différents. Charlie Hebdo est le symbole de nos divisions et le prodrome d’un avenir difficile. Malheureusement, outre les islamistes qui étendent leur emprise et leur pré carré, la France subit le choc de l’idéologie racialiste : avec les affaires Traoré où la justice française est méprisée et la toute récente polémique autour de Danielle Obono. Les propos de cette dernière quels qu’ils soient sont minimisés, tandis qu’on tombe à bras raccourcis sur valeur actuelle, qui certes n’a pas fait preuve de subtilité, mais n’a pas publié un texte raciste.

Mais la société française n’est plus équitable depuis longtemps. Les racialistes et autres racisés peuvent déverser sans être poursuivis leur propagande anti-blanc qui frôle le racisme, mais on ne passe rien à ceux qui veulent défendre l’identité française. Ce mépris profond du

« Blanc », cette perpétuelle remise en question de ceux qui sont encore majoritaires dans leur pays sera source de frustration et provoquera tôt ou tard une réaction violente.


Del Valle : Christian de MOLINER, vous venez de sortir un thriller terriblement pessimiste « Trois semaines en avril ». Dans votre livre, suite au Covid 19, la France connaît une crise économique cataclysmique générant 8 millions de chômeurs et induisant des émeutes et la guerre civile.


C. de MOLINER : L’impact économique du covid est inconnu à ce jour, mais il sera lourd et les risques d’une déflagration ethnique et religieuse sont élevés, indépendamment de la récession qui menace. Il suffira d’une étincelle pour allumer le brasier. Souvenez-vous des émeutes de 2005 : les forces de l’ordre ont peiné pour reprendre le contrôle du pays et il a fallu proclamer l’état de siège. Depuis, la situation s’est encore dégradée. En 2020, les policiers n’osent plus effectuer d’interpellations dans une centaine de zones. Les invraisemblables émeutes des Grésilles à Dijon démontrent l’étendue de la sécession. Le gouvernement envisage des mesures en partie sécuritaires pour la contrer. On ne connaît pas ce dispositif, mais il risque d’être insuffisant, car nous avons dépassé le stade de la simple police ; tôt ou tard, il faudra déployer des unités militarisées (gendarmes dans un 1iertemps, soldats dans un 2ième). Bientôt, comme dans mon thriller, la loi martiale sera mise en place sur des portions du territoire, la France sera en proie à une insurrection permanente intriquant délinquance et activisme religieux à l’instar de ce qu’a connu l’Irlande du Nord entre 1970 et 1998


A Del Valle : Vous évoquez souvent dans vos livres la guerre civile en France. Vous avez notamment sorti en 2018 « La guerre de France » dont le nom rappelle évidemment la guerre d’Algérie et dont nous avons parlé dans ces colonnes.


C. de MOLINER : « La guerre de France » décrivait la fin de la déflagration : un cessez-le- feu étant négocié entre identitaires et islamistes. « Trois semaines en avril » décrit le début du conflit. Ce dernier thriller est une histoire complète que je me suis efforcé de rendre captivante et émouvante et dont j’ai essayé de travailler le style.

A. Del Valle : Dans votre roman, vous donnez la parole à tous les protagonistes quels qu’ils soient, en prenant évidemment de nécessaires précautions oratoires quand les opinions étaient par trop excessives.


C. de MOLINER : En effet, je me suis efforcé de ne trahir personne : je rapporte sans les censurer les propos que peuvent tenir un islamiste, qui voudrait imposer la charià à l'univers, un « centriste » qui croit en la coexistence harmonieuse ou un identitaire partisan de la remigration en censurant bien sûr le racisme.


A. Del Valle : Selon vos thrillers, notre pays sera vivisecté en 3 entités reliées par un vague lien confédéral : des zones islamiques où la charia sera appliquée, des enclaves réservées aux « Français de Souche » et assimilés, et le reste du pays. Cela fait peur!


C. de MOLINER : Cette vision cauchemardesque est malheureusement plausible. Je l’ai également développée dans mon essai volontairement provocateur et au titre parlant « La réserve, avenir du Français de Souche » paru fin 2019. Nous pouvons peut-être éviter le pire ; cependant nous serons sans doute obligés de passer un compromis, réactivant sur la base du volontariat le statut coranique qui a disparu en 1962. De telles concessions alliées à une fermeté sans failles et une lutte contre la criminalité constituent à mon avis la seule façon de ramener la paix sans trop compromettre l’équilibre du pays. Cependant il ne faut se faire aucune illusion. La partition est déjà bien avancée : selon un sondage récent plus de 20 % des jeunes musulmans approuvent les attentats de Charlie Hebdo ! Notre pays est fracturé en deux rameaux qui n’ont absolument rien en commun si ce n’est d’habiter dans L’Hexagone. Nous avons également vu lors des élections municipales, l’émergence de listes communautaires. 5

% des Français ont voté pour des listes proches des islamistes et dans toute la France, on trouve des élues voilées notamment dans des équipes de Gauche. De même, on parle dans de grandes villes de mettre en place des horaires séparées pour hommes et femmes dans les piscines et les salles de sports tandis qu’on autorise le burkini. L’islamisation de la société progresse rapidement.


A. Del Valle : Croyez-vous qu’elle soit irréversible ?


C de MOLINER : Je le crains surtout que l’islamisation bénéficie du soutien des pays du Golfe, de la déstabilisation opéré par les Frères musulmans, que vous avez si bien mis en exergue dans votre essai « Le projet ». N’oublions pas non plus le jeu trouble du Sultan néo- ottoman Erdogan. Ce dernier place ses pions, étend son emprise sur les associations culturelles. Cela n’est pas propre à la France, il agit de même dans tout l’occident pour obtenir une vraie capacité de nuisance.


Le pire, je pense, est la montée de l’intolérance d’une partie des musulmans qui imposent tranquillement leurs lois. Deux événements sont passé inaperçus alors qu’ils sont effrayants : dans les marchés autour d’Avignon, des fondamentalistes islamistes auraient dissuadé des charcutiers et des bouchers proposant du porc de s’installer, proscrit des stands où l'on vend de l’alcool et des vêtements « légers » pour femmes. Dans un train, deux contrôleurs ont réussi à exfiltrer sans dommage un homme qui était venu à la rescousse d’une jeune femme importunée par 4 jeunes pour sa tenue prétendument indécente. Les agresseurs bien entendu ne seront pas poursuivis et recommenceront à la première occasion. Nous sommes loin de la tolérance demandée pour les tenues « islamiques » il s’agit maintenant d’imposer les normes fondamentalistes à l’ensemble de la société Française. Le pire c’est qu’on ne fait rien. La

France abdique sans se battre. Nous sommes dans le scénario de Soumission de Michel Houellebecq.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après


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https://www.observalgerie.com/naturalise-algerien-par-decret-presidentiel-pierre-audin- sexprime/2020/


Naturalisé algérien par décret présidentiel, Pierre Audin s’exprime

Par Azzedine Derradj 4 septembre 2020 15 h 36 min


Pierre Audin, fils du martyr de la Guerre de libération nationale Maurice Audin, a réagi, ce vendredi 4 septembre, à sa naturalisation en vertu d’un décret présidentiel et revient, à l’occasion, sur divers sujets qui agitent la scène socio-politique algérienne.


c’est dans un entretien accordé au site électronique TSA que Pierre Audin s’est exprimé sur sa naturalisation. D’emblée, il souligne que sa mère est algérienne par décret du 4 juillet 1963. Ainsi, selon le Code de la nationalité algérienne, Pierre Audin est de fait algérien. Cependant, fait-il savoir, il n’avait pas les documents administratifs attestant de sa nationalité. Selon lui, sa naturalisation est une clarification grâce à laquelle il aura prochainement ses papiers algériens.

Par ailleurs, le fils du martyr de la révolution algérienne a été invité à donner son avis sur l’affaire Khaled Drareni. Sans détour, Pierre Audin réaffirme son soutien au journaliste, en prison depuis le 27 mars. Il considère que Khaled Drareni est un symbole de la presse libre en Algérie et appelle à sa libération immédiate. « Il faut libérer Khaled Drareni et le laisser travailler normalement. Lui et tous les journalistes algériens », insiste-t-il.


D’autre part, Pierre Audin estime que le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, et son homologue français, Emmanuel Macon, peuvent s’entendre pour permettre aux chercheurs des deux pays d’accéder aux archives, afin de régler définitivement le contentieux mémoriel entre l’Algérie et la France. Pour lui, la coopération doit se faire à tous les niveaux et non seulement au niveau présidentiel. « Je ne sais pas si on réglera le contentieux définitivement, mais en tout cas, on avancera dans le bon sens », conclut-il.


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https://www.laprovence.com/article/france-monde/6097751/macron-appelle-a-proteger- une-republique-fragile.html


vendredi 04/09/2020 à 17h08 - Mis à jour 05/09/2020 à 18h15

Macron appelle à "protéger" une République "fragile"


Paris - La République est "toujours à protéger" car elle est "fragile et "précaire", a averti vendredi Emmanuel Macron, en prononçant un éloge de ce régime politique qui ne doit, parce qu'il est "indivisible", admettre "aucune aventure séparatiste".


Dans un discours au Panthéon à l'occasion des 150 ans de la proclamation de la République, le chef de l'Etat a défendu la notion de "patriotisme républicain" qu'il a développée ces derniers mois.


Cette allocution, prononcée d'un ton grave, est le prélude à une série d'initiatives dans les domaines régaliens, en particulier sur la sécurité, le séparatisme et l'égalité des chances. Elles seront notamment au menu du séminaire gouvernemental de rentrée, mercredi 9 septembre.


Dans le cadre très solennel du Panthéon, où reposent les héros français, Emmanuel Macron a symboliquement remis leur décret de naturalisations à cinq nouveaux citoyens - Matthew, Noura, Patricia, Catherine et Rana - originaires du Cameroun, du Pérou ou encore du Liban et résidents en France parfois depuis très longtemps.


"Devenir Français, c'est avoir ancré en soi-même la conscience que, parce que la République est toujours fragile, toujours précaire, elle doit être une conquête de chaque jour", leur a-t-il dit.


"Quand on a chanté la Marseillaise, quand il m'a remis mon décret, j'étais émue", a témoigné Catherine, quadragénaire née au Cameroun. "Je suis arrivée en 2000, ça fait 20 ans que je contribue, que je travaille".


Pour Emmanuel Macron, "être Français" c'est aussi "être du côté des combattants de la liberté. Et plus encore quand les renoncements prospèrent, quand la censure progresse".


Au moment où se tient le procès des attentats de janvier 2015, dont celui de Charlie Hebdo, il a insisté sur le fait que la laïcité, "qui garantit la liberté de croire ou de ne pas croire", n'était "pas séparable d’une liberté d’expression allant jusqu’au droit au blasphème".


"Il n'y aura jamais de place en France pour ceux qui, souvent au nom d’un Dieu, parfois avec l’aide de puissances étrangères, entendent imposer la loi d’un groupe", a-t-il prévenu. En précisant qu'"un projet de loi de lutte contre les séparatismes sera présenté dès cet automne".


Emmanuel Macron remet ainsi en chantier un dossier lancé en février, interrompu par la crise sanitaire. Il avait alors annoncé, dans un quartier populaire de Mulhouse, un plan contre le "séparatisme islamiste" comprenant la fin des imams étrangers détachés et un contrôle du financement des mosquées.


- "Repentance" -

En présence du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et de la ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa, le chef de l'Etat a par ailleurs promis d'aller "plus loin, plus fort, dans les semaines qui viennent" pour promouvoir "l'égalité des chances", qui est "une priorité du quinquennat".


"Chaque citoyen, quel que soit le lieu où il vit, le milieu d'où il vient, doit pouvoir construire sa vie par son travail, par son mérite. Nous sommes encore loin, trop loin de cet idéal", a-t-il regretté.


Alors que l'actualité récente a été rythmée par une série d'agressions violentes contre des forces de l'ordre ou des élus, Emmanuel Macron a assuré que leurs agresseurs, ainsi que ceux de magistrats, "ne passeront pas" et devaient "être lourdement condamnés".


Voyant l'insécurité comme le talon d'Achille de la majorité, le Rassemblement national et la droite multiplient les attaques à moins de deux ans de la présidentielle.


Valérie Boyer, des Républicains, a regretté qu'Emmanuel Macron soit "dans la repentance perpétuelle" alors que "l'identité française ne doit pas nous faire honte mais nous rendre fiers".


"Il paraît que les islamistes sont en panique depuis ce matin : Emmanuel Macron compte leur faire signer une CHARTE. Cette déconnexion devient effrayante", a réagi Jordan Bardella (RN) sur Twitter après le discours.


A gauche, Jean-Luc Mélenchon (LFI), a annoncé qu'il répondrait au président solennellement "le 21 septembre, vrai anniversaire de la fondation de la République en France", en faisant allusion au 21 septembre 1792, date de la première République. "Non, monsieur le président, la République française n'est pas ce que vous en dites", a-t-il ajouté.


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https://www.elwatan.com/pages-hebdo/histoire/apres-190-ans-de-captivite-en-france- 1830-2020-rapatriement-en-algerie-du-canon-baba-merzoug-06-09-2020


Après 190 ans de captivité en France (1830- 2020) : Rapatriement en Algérie du canon Baba Merzoug

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Le canon Baba Merzoug 06 septembre 2020 à 10 h 23 min


Je suis né en 1542 à Dar Nhass, la fabrique d’armes, installée près de la porte de Bab El Oued, de mon père Sébastiano Cornova, originaire de Venise et de ma mère El Jazaïr. Grâce au génie de mon père, je suis le plus grand canon, car je mesure 6,25 mètres de long avec une portée de 4872 mètres. Marié à la belle «Madina Dzaïr» (Alger), je me suis installé sur le môle Kheireddine Barberousse, pour être à l’avant-garde de la défense de ma belle bien aimée convoitée par les «Sultans» de l’Europe.


Avec mes frères canons, plus petits mais tout aussi redoutables, nous défendions si bien Madina Dzaïr qu’elle a pris le nom d’«El Mahroussa», La Bien gardée.

Tellement bien protégée que les habitants m’ont honoré en me donnant par affection le nom de Baba Merzoug, qui veut dire à la fois : «Le béni, bienfaiteur et porte bonheur».

L’inviolabilité de la baie avait endormi le Dey Hussein et son armée, malgré le plan d’invasion du commandant-espion Boutin, commandé par Napoléon en 1808 et les menaces depuis 1827.


Ma grande réputation a fait que l’amiral Duperré, commandant la flotte d’invasion (675 navires), a décidé de me déporter en France comme trophée de guerre et de me donner un surnom féminin, «La Consulaire», pour humilier le viril combattant que j’étais.

Prisonnier sous le numéro 221, j’ai été embarqué le 6 août 1830 à bord du bateau La Marie Louise, commandé par le capitaine Caspench. Dans la lettre adressée à son ministre de la Marine, l’amiral Duperré avait écrit : «C’est la part de prise à laquelle l’armée attache le plus grand prix». Après 3 ans de captivité à Toulon, on m’a transféré le 27 juillet 1833 à Brest. Pour me torturer, on m’a érigé en colonne dans la cour de l’arsenal du port de Brest, face à l’Océan atlantique, entouré de barreaux et, suprême humiliation, on m’a mis un coq (symbole de la France) sur ma bouche, cette bouche de feu qui a craché des milliers d’obus contre les flottes ennemies.


En 1919, j’étais heureux d’apprendre que mon retour à la Maison Algérie avait été exigé par des Français Henri Klein et l’amiral Cros, du Comité du Vieil Alger, association de défense du patrimoine de l’Algérie. Malheureusement, leur demande avait été rejetée par le gouvernement de l’époque.


Le 3 juillet 1962, après 132 ans de captivité, l’Algérie est libre et indépendante. Je savourais notre victoire et je me disais enfin je vais rentrer à la Maison Algérie.

Je suis le plus ancien déporté algérien et je n’ai jamais compris pourquoi la France a tardé à me rendre ma liberté, malgré l’accueil chaleureux en Algérie des présidents Giscard D’Estaing, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron qui a compris l’intérêt politique de la France de restituer le patrimoine des pays d’Afrique.


Ainsi la restitution le 5 juillet 2020 des crânes des martyrs algériens du XIXe siècle a été un geste fort qui m’a redonné espoir quant à ma prochaine libération et j’ai fait un rêve prémonitoire : ça sera le 1er novembre 2020, jour anniversaire du déclenchement de la guerre de Libération nationale de 1954. Vieillard, je me sens si seul. Je veux rentrer chez moi à la Maison Algérie, je veux sentir la chaleur familiale qui me manque depuis 190 ans ; j’ai rêvé qu’au plus tard le 1er novembre 2020 je retournerai chez moi à la maison, par mer comme je suis parti, accompagné par notre Marine nationale, digne héritière de notre glorieuse Marine algérienne.

L’amitié est à portée de canon, libérez-moi le 1er novembre 2020, chargez-moi de messages d’amitié, je serai l’émissaire de la paix.

Port de Brest, le 1er septembre 2020

Baba Merzoug

Message recueilli par télépathie et transcrit par Smaïl Boulbina, scribe de Baba Merzoug


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https://www.letelegramme.fr/finistere/brest/le-canon-baba-merzoug-toujours-demande- en-algerie-06-09-2020-12611423.php


Publié le 06 septembre 2020 à 15h25


Le canon Baba Merzoug toujours demandé en Algérie

Un coq avec la patte posée sur un boulet. Le canon algérien trône dans la base militaire brestoise, à l’image d’une prise de guerre à nouveau réclamée par un collectif d’Alger. Un coq avec la patte posée sur un boulet. Le canon algérien trône dans la base militaire brestoise, à

l’image d’une prise de guerre à nouveau réclamée par un collectif d’Alger. (Le Télégramme/Stéphane Jézéquel)


Et voilà que Baba Merzoug refait parler de lui ! Ce vieux canon algérien érigé à la verticale, en prise de guerre, par la Marine française dans le port de Brest. Les Algériens qui demandent sa restitution annoncent sa remise officielle le 1er novembre. Nouveau coup d’intox ?


Les Français qui l’ont rebaptisé « La Consulaire » l’ont érigé à la verticale avec un coq à son sommet, la patte posée sur un boulet. Les Algériens qui continuent de l’appeler « Baba Merzoug » (« Père fortuné »), se souviennent de l’arme redoutable et du symbole fort qu’il a constitué dans la défense de la ville d’Alger. Le Canon en bronze de plus de 6 m de long (13 t), à la portée de 4 870 m et dont la fabrication remonte à 1542, trône à Brest, à proximité du pont de Recouvrance, le long de la rive droite de la Penfeld.


Transportée en France en 1830 à bord de la Marie-Louise, sur ordre de l’amiral Duperré, la pièce d’artillerie va rester à Toulon puis sera rapatriée à Brest en juillet 1833. On y soude un coq sur sa bouche. Provocation supplémentaire pour les Algériens qui regrettent également que les Français l’aient rebaptisé au féminin. « Pour humilier le viril combattant que j’étais », écrit l’un de ses défenseurs algériens, l’ancien journaliste Smail Boulbina, dans un courrier décalé où il fait parler le canon à la première personne.


Solder les tensions du passé

Figé depuis 187 ans à Brest, en véritable prise de guerre et symbole des tensions entre les deux pays, le canon n’est pas bien connu des Brestois.


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Le canon est visible du pont de Recouvrance, sur la rive droite de la Penfeld.Le canon est visible du pont de Recouvrance, sur la rive droite de la Penfeld. (Le Télégramme/Stéphane Jézéquel)


La pièce d’artillerie a subi, année après année, les outrages du grand air salin. À l’inverse, une poignée d’historiens et d’intellectuels algériens n’ont cessé de demander le retour de cet élément du patrimoine cher à leur cœur. Ils ont suivi avec grand intérêt la restitution des crânes des martyrs algériens du XIXe siècle, le 5 juillet dernier, sous l’impulsion du président Macron. Et espèrent donc, de la même manière, le retour de ce canon à l’occasion du

1er novembre, 66e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale. Symbolique et politique, la restitution de ce canon se jouerait à l’échelon de deux pays désireux de solder les vives tensions du passé.


Macron favorable, selon les Algériens

Alors, info ou intox ? Contacté ce week-end, le service de communication de la Marine n’a pas été en mesure de nous confirmer le rapatriement de ce canon.


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Toujours selon Smail Boulbina, « la restitution serait tenue secrète jusqu’au jour J, comme pour la restitution des crânes des martyrs algériens, arrivés par avion le 5 juillet 2020, jour anniversaire de l’indépendance, sans qu’aucune information officielle n’ait été divulguée auparavant, tant en France qu’en Algérie.


On sait que le Président Macron est favorable à la restitution de Baba Merzoug et ce, depuis son discours sur la restitution du patrimoine africain à Ouagadougou, le 28 novembre 2017 et lors de son voyage officiel en Algérie, au cours duquel il s’est dit favorable à la restitution des crânes des martyrs et de Baba Merzoug ».


En hommage au consul sacrifié

Pourtant, courant 2011-2012, la ministre de la défense de l’époque et la marine nationale avaient fermement rappelé leur attachement à la Consulaire.


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Baptisée en hommage au consul de France et missionnaire, le père Le Vacher qui, accusé de traîtrise, fut placé dans le canon Baba Merzoug et projeté avec un boulet, comme 22 autres de ses concitoyens, en direction du navire amiral de la flotte française, commandée par l’amiral Duquesne, qui assiégeait la ville en 1683 !


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https://www.sudouest.fr/2020/09/05/petainiste-antisemite-et-nationaliste-figure- historique-de-la-droite-extreme-pierre-sidos-est-mort-7811503-4774.php


Pétainiste, antisémite et nationaliste, figure historique de la droite extrême, Pierre Sidos est mort


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Fondateur du mouvement d’extrême droite L’Oeuvre française, Pierre Sidos était le fils d’un milicien qui fut jugé et fusillé en 1946 pour des faits de collaboration. Souvent dans l’ombre, il a largement influencé l’extrême droite durant plus d’un demi-siècle en France.


Pierre Sidos, figure de l’extrême droite pétainiste et nationaliste, fondateur du mouvement Jeune Nation puis de L’Oeuvre française, dissoute en 2013, est décédé vendredi à l’âge de 93 ans en Normandie.Il était né le 6 janvier 1927 à Saint-Pierre-d’Oléron.


Pierre Sidos est "mort à l’hôpital de Bayeux (Calvados), entouré des siens", a précisé Yvan Benedetti, qui lui avait succédé à la tête de l’Oeuvre française avant la dissolution de ce mouvement ouvertement antisémite.


Le mouvement de L’Oeuvre française était intégré au Front national à ses débuts. A son arrivée à la tête du FN (devenu Rassemblement national) en 2011, Marine Le Pen avait exclu ses représentants dont Yvan Benedetti.


Le cofondateur du FN Jean-Marie Le Pen a salué sur Twitter sa mémoire. "La mort de Pierre Sidos concerne cette grande famille nationale et patriote que nous avons servie et guidée, à notre façon souvent différente. Et pourtant… je salue sa mémoire", a écrit le père de Marine Le Pen, qui était encore présent à un banquet à ses côtés en 2016.

Yvan Benedetti a tweeté pour sa part que "la France perdait un de ses meilleurs enfants et le nationalisme un de ses meilleurs soldats! Tout au long de sa vie, son Honneur s’est appelé Fidélité".


Il est le fils de François Sidos, un ancien milicien qui fut jugé et fusillé en 1946 pour des faits de collaboration.


Admirateur de Pétain et de Franco, il a fait partie pendant la Seconde guerre mondiale des milices fascistes de Marcel Bucard et a été condamné après la guerre avec un ses frères, Jacques.


Amnistié, Pierre Sidos fonde en 1949 le mouvement Jeune Nation, qui sera dissous en 1958. Il crée ensuite le Parti nationaliste, interdit à son tour, avant de présider à partir de 1968 L’Oeuvre française, ouvertement antisémite et dont le slogan était "la France aux Français". Son emblème était la croix celtique.


Partisan de l’Algérie française, Pierre Sidos avait aussi pris part à l’attentat du Petit-Clamart contre le général De Gaulle


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contributeur


https://jeune-nation.com/kultur/histoire/pierre-sidos-retrospective-oas-le-combat- exemplaire-des-nationalistes


Pierre Sidos – Rétrospective – « OAS : le combat exemplaire des nationalistes »

par Redaction Jeune Nation 7 septembre 2020


In memoriam Pierre Sidos

Entretien réalisé avec Pierre Sidos et publié dans le n° 2 de la seconde version papier de Jeune nation, en décembre 1993.


Comme nous l’annoncions à nos lecteurs dans notre premier numéro, nous avons obtenu de

M. Pierre Sidos, dont le nom est lié à celui de Jeune nation, un entretien exclusif sur la lutte clandestine au sein de l’OAS. Nous lui avons posé les questions suivantes en rapport avec ce sujet: pourquoi l’Algérie ? Pourquoi l’OAS ? Pourquoi hier intéresse-t-il aujourd’hui ? Rappelons que le père de M. Pierre Sidos est né à Mouzaïaville (province d’Alger) en 1891 ; que lui-même a accompli son temps de service militaire à Aïn-Séfra (Sud-Oranais) en 1951; que le plus jeune de ses frères, Henri, sous-officier parachutiste, est mort pour la France sur la route de Taher à Djijelli (Nord-Constantinois) en 1957. De 1960 à 1963 inclus, M. Pierre Sidos a passé près de deux ans et demi en clandestinité et un an en captivité.

À sa sortie de prison politique l’attendait encore un second procès devant la Cour de Sûreté de l’État et aussi cinq procès de presse en relation avec les événements d’Algérie. H. L.


Sur l’Algérie et la France


Le territoire connu aujourd’hui sous le nom « d’Algérie », qui dans sa partie littorale fut soumis successivement aux Carthaginois, aux Romains, aux Vandales, aux Byzantins, puis depuis le VIIIe siècle aux Arabes presque constamment en lutte contre des révoltes berbères, était au début du siècle dernier un protectorat de l’Empire turc ottoman sous la désignation de

« régence d’Alger ». Ce n’était donc pas un État et sa population alors inférieure à un million d’habitants ne constituait pas une nation.

L’établissement de la France, en 1830, s’il a pour motif de créer une diversion à de nombreuses difficultés de la monarchie restaurée, a pour origine l’envenimement d’une querelle financière entre le gouvernement du roi de France Charles X et le principal chef local ayant le titre de « dey d’Alger », lequel est directement intéressé au règlement d’une créance des commerçants israélites Busnach et Bacri qui, sous la Révolution française, plus de trente ans auparavant, à l’époque du Directoire, avaient vendu du blé d’Afrique du Nord aux Français.


L’installation de la puissance française s’étant poursuivie sous le règne de Louis-Philippe Ier et la brève période de la IIe république, dès 1860, Napoléon III envisage de créer un

« royaume arabe » en Algérie, associé à l’Empire français. Mais son renversement par une émeute républicaine à Paris, accompagné aussitôt de la publication d’un décret d’Adolphe Crémieux, avocat d’extrême-gauche et ministre israélite du nouveau gouvernement, le 24 octobre 1870, accordant la qualité de Français aux seuls Juifs indigènes, à l’exclusion donc des Arabes et des Berbères, provoque une formidable insurrection en Kabylie conduite par le bachaga Mokrani qui venait de se battre pour la France contre la Prusse, laquelle est suivie d’une brutale répression. Depuis lors, malgré des progrès matériels considérables sur place, la IIIe république n’apporte aucune des solutions souhaitables aux problèmes politiques particuliers à l’Algérie. Ce n’est que sous l’autorité du maréchal Pétain, de 1940 à 1942, que s’apaisent des revendications séparatistes, notamment grâce à l’abrogation du décret Crémieux. Avec l’arrivée de De Gaulle à Alger, en 1943, sera rétabli le décret honni tant par les Arabo-Berbères que par la quasi-totalité des Européens d’Algérie. Comme en 1870, une insurrection, cette fois dans le Constantinois en mai 1945, est matée dans le sang, sous l’autorité du même De Gaulle, assisté de son ministre de l’Air Charles Tillon, ancien chef de la résistance communiste en France (FTP). C’est l’« Épuration » sectaire menée contre les Français pétainistes, additionnée de cette répression appliquée à des Algériens autochtones déçus, d’élections systématiquement truquées qui conduiront à la « guerre d’Algérie », débutant en novembre 1954, devant durer huit années, avec des conséquences prévisibles calamiteuses pour tout le monde, qui sont plus que jamais d’actualité, en Algérie même.

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N° 15 de Jeune nation première version, mars 1959 avec en couverture Henri Sidos, mort au combat le 14 mars 1957.


Sur l’OAS et Jeune Nation


Le sigle OAS (Organisation armée secrète) est né à Madrid, en février 1961, d’un groupe d’exilés politiques; il sera popularisé en Algérie et partout ensuite à partir de mai 1961, après l’échec d’un sursaut militaire connu sous le nom de « putsch des généraux ». Il recouvre indifféremment pour le public l’ensemble des activités attribuées aux partisans de l’Algérie française, pendant toute la période qui s’achève début juillet 1962, tant en Algérie qu’en France métropolitaine. L’autorité nominale appartenait au général Raoul Salan, ancien commandant en chef en Indochine et en Algérie, l’officier le plus décoré de l’Armée française y compris de l’ordre national de la Francisque, contraint du fait de sa haute personnalité à l’immobilisation dans un lieu tenu secret à Alger, où il vivait en famille, pratiquement isolé. En fait, celui qui régnait en maître sur l’OAS officielle était Jean-Jacques Susini, étudiant en médecine né en 1933, ancien adhérent du mouvement Jeune nation à Lyon avant 1958, mais sans être militant ; dirigeant du Front national français avec Joseph Ortiz jusqu’aux

« Barricades d’Alger » en janvier 1960, et désormais responsable de la branche Action politique et propagande. En compagnie de sa maîtresse et de son garde du corps, un boxeur d’origine juive tunisienne qu’il fera disparaître à la fin, il dominait intellectuellement un

« soviet de capitaines », qui lui servait d’instrument et d’intermédiaire pour la mise en

application de ses méthodes personnelles, tenant plus d’une sorte de gangstérisme citadin que des nécessités d’une action politique nationale, réfléchie et partagée.


De cela, un de ses soucis majeurs était d’entraver le développement de l’OAS en Métropole, qui seul pouvait apporter un « poumon extérieur » permettant de l’emporter sur l’imposture gaullienne, mais l’aurait lui réduit à échéance à un rôle bien inférieur.


L’envoi du capitaine Pierre Sergent à Paris répondait à cette hantise, à charge pour celui-ci, à la tête de la Mission II, de faire appliquer une « politique de non-action », trouvant son prétexte dans le souci de ne pas laisser discréditer l’OAS auprès de politiciens métropolitains

« indépendants » ou « socialistes » hostiles à De Gaulle pour bien d’autres raisons que sa seule politique algérienne. Dans la pratique, ne disposant pour toute la France que d’une demi-douzaine d’officiers subalternes « en rupture de régiment », n’ayant de contacts restreints qu’auprès de quelques littérateurs et journalistes, ou de rares politiciens bien dans le

« Système » – plumitifs et discoureurs sans audience réelle –, le rôle du « chef d’État-Major de l’organisation armée secrète métropolitaine » se trouva réduit à s’opposer d’abord au colonel Antoine Argoud, puis à André Canal, responsable de la Mission III, tout en voulant ignorer les réseaux déjà constitués, les plus nombreux, les plus motivés, les plus actifs.


La priorité était donnée à l’envoi postal de « messages aux parlementaires » pour leur faire savoir que le but de l’OAS était plutôt de contraindre De Gaulle à reculer ou à se retirer légalement, sans avoir recours en Métropole à des actes « révolutionnaires ». D’où le rejet par voie de presse de toute responsabilité dans l’attentat raté de justesse contre De Gaulle, à Pont- sur-Seine, dans l’Aube, le 8 septembre 1961, dont l’organisateur était déjà le colonel Bastien- Thiry, sous le pseudonyme de « Germain », exécuté par des éléments ignorés de l’embryon de hiérarchie OAS « respectable » mise en place en Métropole.


À ce sujet, il est très important de noter que délibérément aucune initiative ne fut jamais prise par l’OAS sous la coupe de Jean-Jacques Susini pouvant aboutir à une disparition provoquée de De Gaulle, ce qui aurait tout changé.


Tous les attentats tentés contre celui-ci furent l’œuvre de patriotes exacerbés par l’impunité de sa politique algérienne ; ils ne reçurent jamais ni instructions, ni subsides, ni moyens techniques, ni approbations en ce sens.


Précédemment, du 9 au 13 décembre 1960, dix mois après les « Barricades » et quatre mois avant le « Putsch », De Gaulle avait parcouru une nouvelle fois l’Algérie, sans la moindre tentative contre sa personne, alors que la conservation des départements algériens et du Sahara français était à cette condition, avant d’autres.


P1528#yIS1 Michel Leroy

La rencontre de Jean-Jacques Susini avec les représentants du FLN algérien, dès le mois de mai 1962, la mansuétude dont il a bénéficié extraordinairement de la part des autorités judiciaires gaullistes, notamment après l’assassinat du colonel Gorel, ancien trésorier de l’OAS, explique son silence obligé depuis. La dérive de l’OAS et son échec sont à mettre à son compte, sans oublier la responsabilité de ceux qui l’ont laissé faire ou aidé à mal faire. L’assassinat de mon ami du mouvement Jeune nation Michel Leroy, chef du Front nationaliste, ainsi que de son adjoint René Villard le 19 janvier 1962 à Alger, lui sont directement imputable. Le crime contre la nation que fut la neutralisation voulue de l’OAS métropolitaine « officielle » est principalement à sa charge. L’Histoire de l’OAS parue sous sa signature en 1963, rédigée et publiée au sein de l’équipe journalistique regroupée, après la bataille qu’elle n’avait pas faite, autour de la revue L’Esprit public, n’a comporté qu’un seul tome sans valeur et sans suite. C’est tout ce que pouvait produire des non-combattants pour un faux combattant, dans le même temps où les vrais combattants étaient pourchassés, arrêtés, condamnés.


Sur hier, pour aujourd’hui et demain.


De l’histoire de l’Algérie, à celle de l’OAS, par rapport à la France d’aujourd’hui, en rappel d’événements datant d’une génération, il faut dire ce que fut le combat exemplaire des militants nationalistes issus du mouvement Jeune nation à cette époque. Ils furent de loin les plus conscients, les plus clairvoyants, les plus conséquents. Les premiers, en 1954, pour refuser le renouvellement en Algérie des erreurs de la crucifiante guerre d’Indochine, ils dirent qu’il fallait renoncer à l’illusion de faire de chaque musulman algérien un Français de France et ainsi pour d’autres habitants de l’Algérie non-Français de souche, ils répétèrent que l’assimilation ne pouvait intéresser que des individus en particulier et que l’intégration devait tendre à mieux unir la province d’Algérie aux autres provinces du territoire national proprement dit, afin de mettre en commun les espaces stratégiques et les ressources énergétiques. Toujours les premiers, en 1958, ils furent parmi les seuls à ne pas se réjouir du retour imposé de De Gaulle au pouvoir, par connaissance de ses prises de positions publiques antérieures et privées plus récentes quant au sort qu’il envisageait pour l’Algérie ; ils l’exprimèrent bien haut par l’écrit, la parole, la manifestation, préconisant le « Non » au référendum du mois d’octobre de cette année-là. Encore les premiers, dès le début de 1960, ils entrèrent pour partie, hommes et moyens, dans la clandestinité, sachant très bien la suite inéluctable que prendrait la détermination de De Gaulle d’imposer par la force sa solution, qui devait se révéler comme la pire des solutions: celle de la décadence, de l’imposture et de la tragédie. Et à partir de ce moment, ils ne cessèrent de tenter de convaincre des militaires de haut rang qu’aucune action d’envergure en Algérie n’avait de chances sérieuses de succès final si elle n’était pas accompagnée simultanément d’une action en Métropole, dans un ensemble civil et militaire, menée résolument en opposition au régime et pas du tout en se réclamant des mêmes références que celui-ci.

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Pierre Sidos à 29 ans. Automne 1958, campagne pour le « NON » à De Gaulle lors du 1er référendum d’institution de la Cinquième République.


Bien qu’ayant pendant des mois, à Paris, pris une part importante et active à la préparation du soulèvement d’avril 1962 en collaboration principalement avec des dirigeants militaires, si les cadres issus du mouvement Jeune nation furent tenus au courant du report de la date initialement convenue, ils ne furent pas, volontairement, informés de la fixation de la nouvelle date. Néanmoins, leurs correspondants algérois prirent la décision de s’emparer de toute l’armurerie du commissariat central d’Alger, qui au lendemain du 22 avril constitua le premier armement des nouveaux clandestins de l’OAS. Quelques jours après, le 8 mai, les responsables parisiens de la même mouvance organisèrent à l’occasion de la fête de Jeanne d’Arc à Orléans, la première manifestation publique de soutien au mouvement d’Alger, faisant déployer par les militants nationalistes devant André Malraux, ministre de De Gaulle, une banderole indiquant : « Aujourd’hui, Orléans c’est Alger ».


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Réunion du mouvement Jeune nation à la fin des années 1950 à Orléans, sur le thème : Aujourd’hui, Orléans, c’est Alger.


Pour conclure, je crois qu’il n’est pas encore opportun de révéler toutes les actions auxquelles furent liés les éléments provenant du mouvement Jeune nation, efficacement et très discrètement, en Métropole particulièrement, des événements d’avril 1961 jusqu’en juillet 1962, et un peu au-delà. Cependant, j’estime utile maintenant de ne plus cacher mes liaisons

personnelles privilégiées avec le colonel Bastien-Thiry et aussi avec le soldat jusqu’alors inconnu de ce combat pour l’honneur et la nation, le patriote d’ascendance gaulliste qui par patriotisme national opta enfin pour la tendance nationaliste de l’OAS, le précieux informateur non identifié séjournant au Palais de l’Élysée de par l’importance de ses fonctions, celui que recherchent encore le commissaire anti-OAS Jacques Delarue et l’académicien-historien Alain Decaux, avouant leur ignorance sur les antennes de la télévision quant à son identité, lui reconnaissant un rôle certain dans l’affaire de l’attentat du Petit- Clamart à l’encontre du bradeur de l’Algérie française, même pas au profit à terme de ce qu’il nommait « l’Algérie algérienne ».

Hier, par deux fois, en 1945 et 1962, les activités politiques de De Gaulle, empreintes par- dessus tout de suffisance et de rancœur, ont très profondément traumatisé la société française dans sa morale et son physique. Aujourd’hui, à la simple vue de la situation en France et en Algérie, il est clair que les conséquences de son double passage au pouvoir, avec le maintien de sa constitution et la permanence de son parti, sont là: un immense gâchis des deux côtés de la Méditerranée. Demain, il faudra beaucoup d’intelligence, un sacré caractère, une solide nature pour en arriver à bout, si possible, c’est-à-dire si la providence le veut.


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