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Bab-el-Oued le 23 mars 1962 au petit matin
Qui aurait pressenti que cette journée n'allait pas être ordinaire.

Quiconque aurait, au contraire, parcouru les rues de Bab-el-Oued le 23 mars 1962 au petit matin, aurait pressenti que cette journée n'allait pas être ordinaire. Il y avait, malgré cet imperceptible frémissement de l'air encore frais et vivifiant de mars, dans l'atmosphère je ne sais quel malaise, sur tous les visages je ne sais quoi de trouble et d'indéfinissable qui fait que Ton se dit parfois : ce sera pour aujourd'hui. Mais nul ne pouvait encore imaginer qu'il allait assister ou participer à la « Bataille de Bab-el-Oued ».
Déjà de l'huile et de l'eau savonneuse ont été déversées sur toutes les grandes artères. La chaussée est encombrée de clous généreusement répandus qui rendent la circulation difficile et délicate, voire même impossible pour tous les véhicules.
Et dès 7 heures c'est le premier incident. A la limite Est de Bab-el-Oued, dans le quartier Nelson, rue Eugène-Robes, tout près de la Caserne Pélissier et du Lycée Bugeaud qui se font face, un commando O.A.S. entre en action, surprend une patrouille de la Coloniale et la désarme. Pas un seul coup de feu n'a été tiré. C'est un succès.
La seconde tentative va être moins heureuse. A 9 heures, sur les hauteurs de Bab-el-Oued, entre le cinéma « Plaza » et les usines de cigarettes Bastos, rue Livingstone, un camion des Transmissions est intercepté à son tour par un commando. Le scénario est identique. Mais parmi les hommes que transporte le véhicule, il y a des appelés musulmans. L'un d'entre eux fait mine de tirer. La riposte des gens de l'O.A.S. est immédiate. Il y a plusieurs morts et plusieurs blessés. L'incident est grave et porte en germe tous les événements à venir. L'épreuve de force est maintenant inévitable.
Vers 10 heures, le quartier est bouclé. Les forces de l'ordre et les commandos s'affrontent mais l'engagement est encore bien localisé, bien limité. Le reste de Bab-el-Oued demeure dans l'expectative, tendu, nerveux. Une patrouille de zouaves qui déversent du sable sur la chaussée est prise à partie, à l'angle du Boulevard de Champagne et de la rue Cardinal-Verdier. Mais on crie des ordres ; le tir cesse immédiatement. Là l'erreur a pu être évitée.
A midi, il semble que tout soit terminé. A Guillemin, le bouclage a été levé. Chacun rentre chez soi pour déjeuner. Des patrouilles O.A.S. sillonnent tout le secteur. | Lire la suite |